Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre-Marc de Biasi


de biasiPierre-Marc de Biasi

Né en 1950, vit et travaille à Paris.

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Lexique de l'actuel :
Quelques idées reçues de notre temps
de Pierre-Marc de Biasi

Dominé par les rythmes courts de la communication, notre monde s'asphyxie avec ses propres clichés : il multiplie les points de vue et les interprétations, mais semble de moins en moins apte à vérifier ses sources et à maîtriser son vocabulaire. Dans un tel contexte, les formules toutes faites naissent vite et meurent aussi prématurément. D'autres, pas plus enviables, ont la vie dure. Ce livre se veut une enquête sur l'esprit et la lettre de notre temps : comment les mots agissent-ils sur nos croyances ? Par quels processus naissent les formules qui frappent, et à quel prix ? Antisémitisme, art contemporain, clone, consensus, dette, deuil, flux, gouvernance, image, pornographie, proximité, service public, virus... tous ces mots, que l'on utilise sans trop y réfléchir, que veulent-ils dire ? A notre insu, ils fabriquent l'actuel, mais au passage certains se sont mis à penser à notre place. Alors, finalement, qui parle à travers nous ? Voici une première moisson de termes suspects et de formules à double fond. Chaque échantillon est examiné à la loupe : étymologie, genèse, histoire, usages actuels, arrière-pensées, sous-entendus idéologiques, effets pratiques. En prononçant tel mot, ou en faisant mine de l'admettre, voici en réalité ce que nous nous engageons à penser, à dire et à faire croire.

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Histoire de l'érotisme
De l'Olympe au cybersexe
de Pierre-Marc de Biasi

L'érotisme n'est pas la pulsion sexuelle, mais sa représentation, le symbole par lequel Eros, artiste et technicien, reformule siècle après siècle notre puissance à connaître physiquement la saveur de l'éternité. Le culte du plaisir a été trop souvent pris en otage par les sectateurs de l'effroi et de la souillure : après un millénaire et demi de répression, le désir sexuel garde un amour coupable pour ses tortionnaires, au point de se laisser aller parfois à la dérive. Mais cet érotisme-là ne peut nous faire oublier l'étendue infiniment plus vaste et, somme toute, plus enthousiasmante, d'un autre érotisme, affirmatif, joyeux et libérateur : celui qui a fondé le socle mythique des premières civilisations, qui œuvre à concilier le désir et les spiritualités, qui participe à tous les combats pour l'émancipation des corps et des esprits, celui enfin qui a fait notre modernité. C'est cette histoire bouleversante - la nôtre - que Pierre-Marc de Biasi nous conte avec émotion et en toute liberté.

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Le popland de Pierre-Marc de Biasi

par Jean-Paul Gavard-Perret
 

Artiste plasticien et chercheur, Pierre-Marc de Biasi est un ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de Saint Cloud. Agrégé de Lettres modernes il est directeur de recherche au CNRS et dirig l'Institut des Textes et Manuscrits modernes. Spécialiste de Flaubert, de l'histoire du papier, producteur à France Culture, il réalise de nombreuses émissions. Artiste plasticien, il présente depuis les années 70 ses travaux sur la matière, le signe, la mémoire, le corps, l'écriture dans de nombreuses expositions, en France et à l'étranger, en galeries et en musées. Son œuvre, inspirée par dans une certaine mesure par le minimalisme et l’art povvera (mais on verra ce qu’il faut en penser), explore plusieurs médiums - sculpture, peinture, dessin, photographie, vidéo, installations - avec une dominante pour les recherches sur le béton et le papier. Il a également réalisé plusieurs sculptures monumentales et installations, notamment dans le cadre de commandes publiques à Paris, Marne-la-vallée, Niort ou encore Grenoble.

Dans les années 80 du siècle dernier suite à ses travaux sur ce qu’il nomma « l’Amas Local » avec du lin blanc froissé (drap) il crée une de ses œuvres maîtresse : une sorte carte du temps et du tendre. Au moyen de la matière acrylique très liquide il imprime son espace (le signalant au besoin de signes balistiques et fléchages) en profitant des plis du drap où l’artiste coule préalablement la matière sur la transparence des corps. Il crée des signes de mémoires et des circuits marqués à la pierre noire et l’encre de Chine et invente une peinture aussi « grottesque » que chimérique. Elle est la conséquence d’un processus physique qui élabore la conflagration de mouvements réels et d’éléments psychiques. L’artiste laisse soudain la peinture fort éloignée de tout motif décoratif en un discours sans discours qui montre la distance entre la vision réaliste et l’interprétation que provoquait jusqu’à lui la peinture. Il projette sous forme d’ombre portée une formidable énigme en même temps qu’il éclaire (comme toujours dans ses œuvres) un territoire ou un sens.

Le destin du "signe" reste la pierre angulaire de toute ses entreprises d'interprétation car celui-là fait problème en lui-même, désigne mille conflits possibles dans l'ordre des théories et des pratiques. L’œuvre débouche sur des questions de fond : Y a-t-il spécifiquement une peinture ou une sculpture du signe? Dans ce domaine, qu'entend-on finalement par signe? Les questions sont évidemment considérables et De Biaisi reste à ce titre le créateur d’un merveilleux qui admet le jeu et le diversité de la norme. En filigrane demeure l’accréditation de corps posés comme persuasion de la forme . Toutefois son œuvre repose sur la puissance de sa fiction et sa virtuosité particulière qui répond à l’ « étonnement du beau mensonge que l’art oppose généralement au réel.

L’artiste institue aune nouvelle cohérence rhétorique dans la recherche tourmentée que la peinture recèle en elle-même. Ni portrait, ni tout à fait empreinte son œuvre recèle une qualité certaine d’anxiété comme de libération émotionnelle. Dans ce travail le corps est reconstruit intellectuellement en un mode d’être au monde. La « pureté » formelle n’est plus l’éloge d’une image précieuse. Elle carte, estampe en ton gris limpides et froids qui voilent autant qu’ils recouvrent. Ce qui est vu et pensé s’écoule de part et d’autre de l’évidence des choses. De Biaisi fait tourner le regard vers un « fini nouveau » qui prouve que la peinture est à la fois jeu linguistique et lieu d’interprétation. La « vérité » de l’art n’est plus un reflet du réel ou sa métaphore. Une vague de doute s’insinue dans ce qui devient selon le créateur une « anomalie précieuse » Intériorité de l’idée et extériorité de la forme permutent en quelque sorte dans une nouvelle synthèse là où la peinture à la fois clôt et dilue. Forme et antiforme deviennent les deux pôles d’une tension tourmentée et incertaine.

A la représentation positive De Biaisi confronte une autre expérience qui devient la distance tragique entre ce qui fut et qui ne sera plus. Existe toujours en une telle approche la sortie des « personnages » (éléments) d’abord acteurs et qui sont exclus par le peintre lui-même de la sphère émotive afin de ne laisser apparaître que des restes et des stigmate. Surgit une série de Terrae incognitae , des espaces vibrants d’une réalité qui pourtant se dérobe à tous les modes de connaissance dont le créateur dispose. La trace comme le signe semblent devoir rester réfractaire à toute procédure d'investigation, intuitive ou discursive, médiate ou immédiate, quel que soit le processus de mise en oeuvre, par expérience, conscience ou raisonnement. De cela Biaisi non seulement parle mais construit son approche aussi bien avec que sans la protection de la distance critique puisque. La question est posée par son travail et demeure celle du statut de l'inconnaissable. Autant dire qu'il ne cesse de transgresser divers interdis et modalités.

C’est pourquoi le rapprocher (cf. ci-dessus) du minimaliste ou de l’arte povvera reste très lacunaire. Et il se plaît souvent à rappeler la phrase de Matisse : "J'ai dit à mes jeunes étudiants : Vous voulez faire de la peinture? Avant tout, il vous faut vous couper la langue, parce que cette décision vous enlève le droit de vous exprimer autrement qu'avec des pinceaux". De Biaisi sait trop bien , ne serait-ce que par sa formation et son expérience, que si ce que l’artiste veut dire pouvait s'exprimer avec des mots, il serait romancier, poète ou philosophe, et nullement artiste. Mais ajoute-t-il : « il existe aujourd'hui une antinomie, et peut-être même une sorte de conflit ouvert, de tension permanente entre la peinture et l'écriture. C'est en partie sur ce conflit que porte ma recherche ». Cette dernière contient le projet d'apporter une réponse à ce que l'on ne sait pas dire au sujet de certains aspects de l'expérience immédiate du monde. Ceux qui restent informulables, voire incommunicables ou difficiles à percevoir : des expériences pour lesquelles les mots et la syntaxe paraissent faire défaut, et qui cependant, le plus souvent, ne renvoient nullement à des phénomènes exceptionnels ou rares.

L’art prête attention au théâtre de la réalité, de la nature et de la mémoire ainsi qu’à la profondeur ou le vide d'un regard et de la vie ou le luxe d'un feuillage et, à l’inverse, la nudité d’un arbre. L’artiste porte en conséquence une attention profonde à des artistes tels que Masson, Artaud, Michaux, Twombly (entre autres) et a considérablement avancé dans sa réflexion et sa création une fois oublié les « égarements » pseudo scientifiques et sémiologues d’un certain Barthes (celui de la « grande époque » Tel Quel et Cinéthique pour faire simple). De Biaisi dans son approche créatrice nous aide donc à comprendre que la vérité de l'art ne se situe ni dans ses messages, ni dans son système de transmission mais dans la main qui appuie, trace et conduit (sans savoir où) et construit (sans savoir quoi).

Il existe chez lui l’édification d’un art de l’illisible dans la mesure où il ne se pense pas sinon dans ce que Novarina nomme « un long, lent et studieux travail d’imbécillité ». Biaisi découvre, et il reste le seul jusqu'à présent à avoir défini cela avec autant de netteté, qu'il ne s'agit nullement d'une anomalie plastique, d'un divertissement accidentel d'artiste, mais au contraire d'une voie profonde de la peinture. Certes elle fut pratiquée par Klee, Ernst, Michaux, Masson, Picasso, Twombly ou par un écrivain tel que Walser en ses « écritures illisibles », mais le créateur pousse plus loin leur logique perturbante. Il met en évidence la nature paradoxalement désirante et érotique du travail de brouillage artistique qui, sous diverses modalités, ne déconstruit que pour mieux explorer l'immanence sensuelle du signe.

Dès lors l'art n'est plus fantasmatique :il devient scénario et exposition mais dit l’artiste « sans sujet ». L'opérateur et le spectateur ne peuvent plus se mettre dans une position conceptuelle. Du coup, c'est toute la critique qui tombe, car elle ne peut plus rien thématiser, interpréter : l’art se clôt au moment même où il n'y a plus d’art et que de la sorte il prend « en mains » sa propre théorie. L'idéologie s’en éloigne forcément même si certain ont trouvé dans cette approche une forme de castration… A l'inverse de l'art conceptuel, le travail de De Biaisi constitue un modèle pour penser la naissance de l’image en termes de séduction et de désir non leurré (de quoi ravir Lacan !). L’art devient l’imagerie de la pulsion en son désir de former une énigme offerte. L’œuvre est donc chez lui toujours d'une extrême précision tout en étant toujours charnelle et sensuelle au sein du mariage de l'abstrait et du concret. Cela nous enchante car l’art s’approche enfin d’une « mélodie charnelle » par le grain du trait, de la couleur, de la toile et du papier.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

La jeune femme qui descend l'escalier
de Jean-Paul GAVARD-PERRET

Sur le modèle de la Lettre à jeune poète de Rilke, ce livre s’appréhende comme une rencontre différée, une mutuelle invention plutôt qu’un soliloque – sinon à deux voix... Et une visée rédemptrice de celle à qui ce texte est adressé surgit. Par effet retour, elle glisse celui qui parle hors du rien. D’où ce paradoxal corps à corps dans le jeu des espaces d’un côté, et, de l’autre, la vulnérabilité paradoxale des mots au sein d’un « pas de deux » dans ces textes marqués par la danse donc par le corps. Le recours à l’éloignement n’est pas là pour offrir une version nouvelle du fétichisme de celui-là. L’écart créé éloigne des rapports humains contemporains qui s’évanouissent dans la consommation d’une chair provisoirement offerte. Il peut donc exister un goût clinique de l’amour bien fait, un goût du lisse qui forge une relation au sein de la distance. Elle n’est que la conscience aiguë d’un respect essentiel, un point de vie par effet d’empreintes des blessures afin que ces dernières s’effacent.

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