Artistes de référence

Pierre Bettencourt


Pierre Bettencourt
1917 - 2006

pierre bettencourt

 

Pierre Bettencourt est une figure majeure
de la littérature française, grâce à des textes où le grinçant côtoie l’extrême fantaisie et le fantastique.
Proche de Dubuffet, Pierre Bettencourt est aussi peintre. Il a réalisé de nombreux tableaux, très souvent en relief, à partir de matériaux composites : coquilles d’œufs, ailes de papillon, café, pommes de pin…

 

 


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Le sadisme de Bettencourt.

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

pierre bettencourt"J'ai vu très tôt que la vie sans humour n'était pas possible. J'avais seulement sept ans quand j'ai perdu ma mère. C'était comme si le ciel avait disparu, plus rien n'existait. Elle allait faire des cures à Davos et, une année, elle n'est pas revenue. Cela a été pour moi un drame absolu qui, d'une certaine façon, me poursuit et continuera à me poursuivre jusqu'à la mort". Ce drame n'a pas quitté celui qui né en 1917 est mort en 2006 dans l’indifférence. Pourtant, comment oublier, depuis ses "fables fraîches",  le poète et l’artiste dont les femmes ont compté tellement mais tard et au nom de la première d’entre elle et à partir de l'"intouchable" (titre prémonitoire et qui annonçait tout) ? Les femmes pour lui c'est surtout une femme dont il parlait en ces termes : "C'était une femme dont la beauté me transportait. Nous nous voyons depuis cinquante ans et nous sommes restés sur ce pied d'intimité. Elle était un peu étonnée de l'intérêt que je lui marquais. Elle-même adorait un garçon qu'elle a finalement épousé". Cependant le sexe, sous toute ses formes, sont à la base de son oeuvre. L'hermaphrodisme y est quelque chose de prégnant et découvert à l'origine à travers une photographie Witkin.

Pour Bettencort  la vie s'exerce à force d'organismes et de sexes qui se confondent avec la nature transfigurée et le surnaturel dans une sorte de splendeur convulsive. L'art eut donc pour le créateur un caractère sacré dont il s'expliqua. On peut parler à son propos d'érotisme et de cruauté sans que cela ne prenne en son oeuvre une figuration morbide ou artificielle. Il n'existe pas dans son gtravail de perversion des valeurs même au sein d'un humour étrange qui confirme la force de cette quête. L'œuvre plastique s'appuie sur une sorte de voyance profonde et une illumination mystique qui reconduisent le monde vers une virginité idéale où paradoxalement le sexe se dresse comme un pilier ou un pal.  Ce dernier reste l'axe essentiel dans une approche dont les éclats tragiques ne sont pas sans rappeler ceux que l'on retrouve chez Bataille.

Emane de l’œuvre iconographique un érotisme spirituel omniprésent  au sein de ce qui ressemble à un rêve ou un cauchemar incarné matériellement dans toutes les productions de l'artiste. Usant d'un humour noir proche du sanglant, du sanglot et du vomissement Bettencourt ose les figures sadiques pour exprimer les déchirures de tout être au prise avec la tyrannie du sexe. C'est pourquoi dans ses livres comme dans ses oeuvres picturales il donne l'image d'une humanité serve, quasi animale mais où le sadique devient un protestataire et un insurgé car à l'inverse du masochiste il ne s'isole pas dans sa souffrance et ne se contente pas de regarder le monde.

En ce sens la vision de Bettencourt sera demeurée optimiste. Certes le sexe est pour lui plus un élément de séparation que de communication. C'est aussi un appareil de torture auquel sont soumis les amants. Ils y sont enchaînés, broyés, détruits. Et les figures lubriques deviennent des divinités hétérogènes et complexes (romaine, nègre, indienne, que sais-je encore...) ou encore de pauvres ères plus proches du singe que de l'humain. De fait et par ce biais, l'oeuvre demeure marquée - malgré son apologie apparente - d'un mépris de la chair qui plonge non vers le puritanisme mais l'ascétisme sauvé (faute d’amour) par la distance de l’humour. Les "hauts-releifs" de l'artiste annonçaient déjà à leur manière une sorte de fin de règne. Ils demeurent une part non négligente de l'art postmoderne même si l'oeuvre n'a pas tout le retentissement mérité. A quand une rétrospective, plus que souhaitable, nécessaire ?

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Docteur en littérature, J.P. Gavard-Perret enseigne la communication à l’Université de Savoie (Chambéry).
Membre du Centre de Recherche Imaginaire et Création, il est spécialiste de l’Image au XXe siècle et de l’œuvre de Samuel Beckett.
J.P Paul Gavard-Perret poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.