Artistes de référence

Pierre Gangloff


Pierre Gangloff

Pierre Gangloff, né en 1955, vit et travaille à Vienne en Isère (France).

Pierre Gangloff pratique le dessin, la peinture et la gravure. S'inspirant de références qui constituent les fondements de la civilisation occidentale, Pierre Gangloff met en scène des récits historiques, mythologiques et sacrés. Il se sert de ces thèmes pour communiquer quelque chose d'universel.

La gravure, sa technique de prédilection, lui offre la possibilité d'un corps à corps avec la matière. Le résultat est un travail très graphique, à la limite entre figuration et abstraction : les figures se mêlent au fond, les lignes et les couleurs sont intriquées dans une superposition de marques.

En confondant différentes temporalités, Pierre Gangloff relie le passé au présent, autant par sa façon de travailler que par les thèmes abordés.

Pierre Gangloff : le site

 

Dehors
de Pierre Gangloff

Ça va aller ? Un pauvre oui de la tête, un sourire crispé par dessus son épaule, elle frissonne, se fige dans la pose que l'on a finalement trouvée, je m'étonne d'être en colère. Des litres de bière, rentré très tard, et là, sonnette insistante de la porte, elle est sur le palier, statue immobile et lasse, son bonnet de laine étincelant de fines gouttelettes d'eau, le brouillard froid de ce matin de novembre. Elle s'est assise du bout des fesses sur la chaise du chat dans la cuisine, un peu inquiète devant mon activité inutile de célibataire, où sont rangés le café, les cuillères, je n'ai plus de sucre en morceaux, le sucre en poudre ça va ? L'atelier est glacial, je lui bredouille quelques mots d'excuses, vite le chauffage à fond, elle me tourne le dos, les mains sur le radiateur.

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Pierre Gangloff : effet d'optique et transport amoureux.

par Jean-Paul Gavard-Perret

gangloffIl faut se méfier du double jeu que propose Pierre Gangloff : double jeu de l'image et de l'écriture mais aussi de la figuration et de l'abstractif (ou de l'abrasion), de dehors et du temps le tout conduisant à une quintessence et une condensation particulières. On connaît bien de l'artiste ses peintures (souvent aux couleurs sépia ou châtaigne) estampes, monotypes, plaques photographiques de verre, clichés radiographiques, cartes postales, peintures et pastels qui sont souvent les supports et les matières d'exprimer sa quête du passé, son désir de le prolonger, de le confronter à l'actualité de son interprétation par des élans, des jeu de traces et de mises en scène. Il n'existe pourtant jamais dans un tel travail de reprise un effet de nostalgie ou de mélancolie. Et ce qu'annonce l'effet sépia est toujours dissipé par l'attrait d'un temps à investir par la plastique et d'un espace à libérer par les mots.

Le livre de l'artiste intitulé " Dehors" (voir ci-contre, colonne de droite) prend un caractère particulier. Ici ce n'est plus un artiste qui commente son œuvre (comme l'avait fait par exemple Villeglé) ou un poète qui donne en contrepoint à une œuvre plastique. Gangloff prend le taureau par les cornes jusqu'à devenir Minautore. L'image du taureau, quoique un peu violente, ne correspondrait-elle par comme ligne du fond, comme substrat d'inconscient de celui qui dans le dehors développe pourtant ce qu'on pourrait caricaturer en silhouette gracile ? Forcer ainsi le trait à propos de l'enjeu de l'œuvre permet de mieux comprendre ce que l'artiste engage.

Tout se passe ici comme s'il avait au départ choisi de garder le silence, mais que les mots enfouis celle qui devient plus sujet qu'objet de la prise les avait fait remonter de tous les jours, par son étrange visite. La femme regarde la "machine célibataire". Mais l'homme aussi pour mieux voir. Oui Gangloff la regarde pour mieux voir et pour pouvoir parler. Et soudain comme s'il ne craignait plus la peur ( puisque sa visiteuse n'a rien d'une Jocaste terrorisante) il cherche les traces, les indices peut-être de la rencontre impossible, le seuil infranchissable. Le désir, le partage. Le nécessaire écart. Il compte ainsi sur les gouffres, sur l'innommable (de lui-même ou de la femme) mais c'est sans doute à elle de leur donner un nom. Quelqu'un parle à travers elle. Quelqu'un dit a l'artiste-poète : "je saurai tout de toi".
Ainsi en dépit de ce que tout rapport amoureux engage de débâcles, "Dehors" rapporte à sa manière dans une feinte de douceur qui permet de penser que même si rien ne recommence, jamais n'est fini le début, jamais n'est close l'histoire. Mais vers quel abîme, vers quelle faille ?

Là est tout le débat et c'est pourquoi Gangloff a besoin de cette double approche pour voir l'innommable et parler (ou eu moins tenter de le faire) l'invisible. Dans ce théâtre d'ombre d'une certaine manière l'artiste est à la femme (et vice versa) mais rien ne peut s’échanger si ce n'est cet aveu, ce face à face où sans doute au fond (mais quel fond ?) ils sont d'accord, à demi-mot, forcément. Mais pour combien de temps encore ? Par tout ce qui est dit en aporie et tout ce qui est montré dans son saisissement et sa précarité d'assise la femme semble dire trop longtemps tu m'as laissée seule avec mon désir. Alors écrire, la montrer devient pour Gangloff une sorte d'aveu afin de se faire pardonner, et "forcer" le passage sans savoir s'il s'agit de celui qui conduit au glacis de sa chair cassante comme un rameau de silence ou simplement aux environs d'un psaume athée grâce auquel à la nuit tombée l'artiste peut suivre encore certaines courbes, sillage au moment où grâce à ce qui est dit et montré l'extase est ronde mais où la femme demeure intacte au sein de l'absolue nudité.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Docteur en littérature, J.P. Gavard-Perret enseigne la communication à l’Université de Savoie (Chambéry).
Membre du Centre de Recherche Imaginaire et Création, il est spécialiste de l’Image au XXe siècle et de l’œuvre de Samuel Beckett.
J.P Paul Gavard-Perret poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

La jeune femme qui descend l'escalier
de Jean-Paul GAVARD-PERRET

Sur le modèle de la Lettre à jeune poète de Rilke, ce livre s’appréhende comme une rencontre différée, une mutuelle invention plutôt qu’un soliloque – sinon à deux voix... Et une visée rédemptrice de celle à qui ce texte est adressé surgit. Par effet retour, elle glisse celui qui parle hors du rien. D’où ce paradoxal corps à corps dans le jeu des espaces d’un côté, et, de l’autre, la vulnérabilité paradoxale des mots au sein d’un « pas de deux » dans ces textes marqués par la danse donc par le corps. Le recours à l’éloignement n’est pas là pour offrir une version nouvelle du fétichisme de celui-là. L’écart créé éloigne des rapports humains contemporains qui s’évanouissent dans la consommation d’une chair provisoirement offerte. Il peut donc exister un goût clinique de l’amour bien fait, un goût du lisse qui forge une relation au sein de la distance. Elle n’est que la conscience aiguë d’un respect essentiel, un point de vie par effet d’empreintes des blessures afin que ces dernières s’effacent.

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