Artistes de référence

Pierre-Yves Freund

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Pierre-Yves Freund

Né en 1951, Pierre-Yves Freund travaille depuis les années 1990 sur les notions de trace, mémoire et empreinte en utilisant divers moyens d'expressions : installations, sculptures, photographies, etc.
Souvent ses oeuvres utilisent le procédé du moulage en plâtre et s'organisent en séries de pièces plus ou moins semblables, parfois issues du même moule, parfois générées par plusieurs moules déclinant le même type de forme mais selon diverses tailles.



Lucioles (2004/2008) 
Galerie du Larith



Encore ça
Galerie du Larith

Pierre-Yves Freund : le site

LIKE A VIRGIN
par Jean-Paul Gavard-Perret


Les compositions de P-Y Freund n'ont rien de connivence. Elles créent un débusquement original afin de crever le processus et l'étreinte du vide et de diffuser dans la hantise de l'air un tremblement de vie primitive. L'artiste nous mène aux aurores précaires, monte le cœur d'un cran et d'une dislocation. La légende suit. Et nous sommes les suivants de l'affluente fusion non d'un dernier paysage de rêves qui s'exile de la chair mais qui , à l’inverse, nous ramène où elle commence, où elle jouit. Le tout pourtant sous couleur de virginité.

L’artiste nous apprend qu'il n'existe pas de lieux sauf dans le mouvement de les reprendre à zéro au moment où ils se délitent. Il n’y a que des friches qui redeviennent lieux mais il faut réapprendre à les voir, à les soulever de leur tombeau et les examiner avant qu’ils soient minés par le noir du souvenir et la poussière blanche de leurs gravats. De la blancheur surgit l’effort de comprendre. Car sous le blanc se découvre le noir d’une anti-lumière . C’est elle qui fait parler et transforme ce qui est de l'ordre de l’horizontalité en verticalité ou plutôt ce qui est de l’ordre de l’étendue dans la profondeur au moment où, par la bande, l'artiste découvre l’espace de l’intimité, de l’intériorité pour un glissement jusqu’au cœur du temps.

Tout se passe alors comme si de telles images en disparition suffisaient à la vie, devenaient plus fortes qu’elle. Un mouvement se dessine et  nous glissons dans la nudité de l'être que plus rien ne peut recouvrir : celui de la subordination indépassable à un ordre féminin qui d’une certaine manière en ses dernières empreintes et traces lutte conte l’Apocalypse et l’enfermement de la mort. Au mot “ créer” se superpose en une telle œuvre le mot “ Viens ”, mot dont Blanchot parle en ces termes : “ Viens, viens, venez, vous ou tu, auquel ne saurait convenir l’injonction, la prière, l’attente ”. Dès lors, le “ viens ” n’est pas la réduction de l’ “ autre ” au même. Il ne s’agit pas non plus d’un “ j’aimerais te venir en aide ”. Ce “viens ” est plus un appel à sortir qu’à entrer. Et ne serait-ce pas la leçon (si leçon il y a) à tirer d'une telle œuvre ? Il est en effet urgent d’émerger de notre enfance pour ne plus ramper ou  baver en rétrospective. Il faut voir ce que le temps fait des lieux et de nous mêmes. Peut-être en effet que nous existons  si nous  savons  que la vie continue quelque part . C’est ce ce que P-Y Freund montre : son injonction picturale engage à passer des nuits à la belle étoile.
L’artiste efface le monde pour qu’il retrouve une nudité première. Son travail ne concerne que l’insigne faculté de dilution, d’émiettement et de fragmentation mais sans perte réelle de présence. Au contraire. Restent le passage, l’intervalle, le trou que l’esprit peut repousser mais le corps jamais. En conséquence, l’art ne s’exerce pas sur des images et des souvenirs extérieurs mais s’exerce à une sorte de dépeuplement qui paradoxalement tenter de combler ce qui était ou est sinon vide du moins inconnu afin de repérer des fragments étrangers ou les ruines de l’effigie organique dont tout être est façonné.

Il s’agit d’atteindre le sexe non comme vanité des vanités mais comme origine du monde. Courbet - au nom prédestiné en ce qu’il engageait de mouvement de recueillement nécessaire à une telle quête le savait déjà. Mais plus que chez lui, les œuvres de P-Y Freund sont en ce point ou ce centre de la seule image : celle du lieu qui engage et dégage pour ce pas de deux - à entendre dans tous les sens qu’une telle acception peut à la fois ouvrir mais aussi fermer. Toutefois, ici, de la prison de l’être à sa maison (alcôve comprise), une levée d’écrou, un renversement, un halètement (montrez ce sein...) ont lieu. Tirée de la soie et sous blanc seing surgit l’évidence de  la soif qui engendre la vie. Quoiqu’en disparition l’image n’a pas de fin.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.