Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Charles Pollock

Mirondella,  
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Cent énigmes de la peinture
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L'AUTRE POLLOCK ET L'AUTRE VIDE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Charles Pollock -
Sans titre(rouge), 1964 Huilesur Toile, 127 x 127 cm

Charles Pollock, Espace d'Art Contemporain Fernet Branca, Saint Louis, jusqu'àu 23 mai 2009.
 


Si Jackson Pollock a repris par les lignes et les signes l'histoire de la peinture, son frère aîné Charles professeur dans le Michigan et qui vint finir sa vie à Paris en 1988, tenta d'en montrer la chair. Certes l'œuvre de l'aîné n'est pas comparable à celle de son cadet. Et un révolutionnaire par famille et par siècle peut suffire… Toutefois la première rétrospective consacré au peintre en Alsace à l'Espace Rernet Branca de Saint Louis permet de faire le tour des différents aspects d'une œuvre qui n'a cessé de se chercher. Figurative, impressionniste, abstraite son chemin se termine dans une sorte de calligraphisme comme en hommage  au frère décédé dans un accident d'automobile près de trente ans avant son aîné.

On ne sait ce qui tient du conscient dans une œuvre qui pâtis forcément de le comparaison avec celle de son cadet. Les œuvres exposées à Saint Louis reste pourtant plus qu'intéressantes dans leur fragilité. Peu à peu se retire le joug de la « science » apprise et l’oeuvre dans ses errances se dégage de sa gangue et c’est ce qui surprend dans cette exposition. Surgit en effet une sorte de fission progressive par l’épure qui donne à la violence un velouté, qui donne à la douceur "américainde" une sorte de perversité. 

Demeurent à travers les jeux de couleurs - jeux savamment orchestrés - des sortes de bruissements visuels. Ils sont de l’ordre de l’écharpe, du secret.  Les oeuvres  de Charles se lisent alors sur plusieurs pans. Elles demeurent comme en campagne. Il n'existe pas de terme à leur mouvement. On est loin des traces, des "gribouillis" de Jackson mais quelque chose existe et qu'on aperçoitdans les lettres échangés entre Leray le père et ses enfants entre 1927 et 1947 ( "Lettres Américains", Grasset, paris, 2009).

Aux moments les plus fort de sa maîtrise, Charles glisse de l'autre côté du miroir par l'entrebâillement des couleurs et dans leur complexité. Mais comme chez son frère tout ce qu'il y a à voir semble surgir en un vide programmé, souligné. C'est pourquoi l'oeuvre reste d'une certaine manière peu malléable et réfractaire au discours. L'artiste  crée   une sorte de disjonction capitale. La performance catalyse des montées à l'invisible rendu visible par une création  qui donne un effet de chaos au désir de prendre l’image.

L’oeuvre fonctionne, « laisse à désirer » de manière originale. La castration, le manque s'offrent au voyeur, déçu, puisque les images n'enclenchent plus les processus primaires. Celui mis en place par  Charles Pollock déclenche, à l'inverse, une soustraction là où dans toute une série de dissonances l'oeuvre parle avec la plus grande précision. Toute une machinerie de flux intensifs fonctionnent  par aporie plutôt que par arrogance . La puissance, la force de l'image tient à cela. C’est ainsi qu’elle piège le regard là où quelque chose d'inépuisable transparaît : le vide et l'énigme de l'être, l'absence de signification, comme si le sens et les sens soudain ne pouvaient appartenir au langage ou à l'image. 

Le regard devient alors abyssal face à une oeuvre qui ose  une surface de moins en moins enrobante. Elle dérobe et se dérobe. Elle devient la surface d'interposition entre le sensible et le sens.  Ce que le voyeur croyait investir, devient principe d'une autre et double séparation. Le spectateur est donc  enrobé, possédé et dépossédé. La lisibilité annoncée  n'est que feinte par cette exhibition  de couleurs puis de traits.  L’oeuvre devient rupture et vide où le regard chavire. Elle n'est donc pas si loin de celle de Jackson même si bien sûr la puissance de cette dernière ne souffre pratiquement pas de comparaison.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.