BONJOUR MONSIEUR LE FACTEUR
par Jean-Paul Gavard-Perret
"La Poste vue par... l'école Camondo", Musée de la Poste, Paris XVème,
du 25 janvier au 14 avril 2010
On se moque suffisamment de La Poste pour saluer son audace. Sinon La Poste elle-même du moins son Musée qui accorde bon an mal an plusieurs expositions des plus originales. Son conservateur fait preuve d'audace que d'autres organismes artistiques officiels osent trop rarement.
En témoigne l'exposition "La Poste vue par l'école Camondo". Après les écoles Duperré et Estienne c'est d'ailleurs la troisième à profiter d'une telle opportunité. Les étudiants de dernière année ont donc eu la liberté d'investir différents types d'écritures contemporaines générées par le numérique. En retour les jeunes créateurs ont confronté La Poste au défi des nouvelles formes d'écriture et de la scruter autrement que par le trou de la boîte aux lettres.
Se posent par cette exposition diverses questions. Elles s'adressent aux préposés et autres receveurs comme aux clients. Pour les premiers il s'agit de voir s'ils seront capables de profiter du regain de l'écriture. Pour les clients il s'agit de savoir si les nouveaux types de messages conserveront une charge affective et l'émotion que suscitaient les lettres espérées en faisant battre le coeur.
L'art reste en effet souvent, par l'utopie qu'il charrie, le meilleur moyen de trouver des voies même (ou parce que) il ne propose pas de solutions cadrées. En détournant les codes, les étudiants offrent leurs "réflexions" en actes à travers divers supports (vidéos, drops, livres, détournements, etc.) souvent avec humour. Le fameux calendrier des Postes est par exemple remplacé par une Pin-up qui trouve son lupanar sur un clavier.
Certains étudiants réunis dans les sections de l'exposition intitulées "Emoticônes, Une langue étrang R, Traces Ephémères, Pseudo" poussent plus loin la réflexion sur le langage numérique. D'autres jouent sur l'abondance et la spontanéité de la nouvelle communication dans "Dis3mots et Hyperliens". L'ensemble demeure inscrit sous le signe de la folie des mots et des addictions aux messages écrits comme le souligne "je rêve dons j'écris".
L’exposition fait bouger les lignes et pas forcément téléphoniques. Elle rappelle que si le facteur ne sonne plus toujours deux fois en quittant son traditionnel vélo il peut en trouver un qui tourne dans nos têtes.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
QUELQUES MOTS SUR L'ÉCOLE CAMONDO |
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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