Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Martine Quès

Martine Quès

 

Plasticienne, graveur et photographe, Martine Quès vit et travaille en Provence.


Martine Quès : le site - la page Mirondella


Pourquoi ces chefs-d'oeuvre
sont-ils des chefs-d'oeuvre ?

de Alexandra Favre et Jean-Pierre Winter

Pourquoi Guernica de Picasso et La Laitière de Vermeer sont-ils célèbres au point d'être immédiatement identifiables par tous ? Outre leur valeur artistique, de nombreux facteurs jouent dans la popularité des chefs-d'oeuvre de l'art occidental. Au-delà de l'histoire et des faits ce sont aussi des chefs-d'oeuvre parce qu'ils exercent sur nous une fascination inconsciente.

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LA PROVENCE DE MARTINE QUES

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

martine ques

Martine QUES - Le ciel en embuscade

martine ques

Martine QUES - L'ombre du ciel

 

 

Au fond, ce que désire Martine Ques revient à produire des lieux qui seraient l'expérience d'un équilibre entre deux abîmes : celui du ciel et celui de la terre. Entre le vide et la densité. L'équilibre entre ces deux "masses" provoque une expérience rare. Un temps paradoxal où le rien laisse place à une surface faite de presque rien  où la lumière apparaît sur les choses afin de surgir autrement : de manière tactile. L'artiste crée des lieux qui conjuguent l'extériorité d'un pan lumineux et le repli. Elle lie sans cesse l'ouvert et le retrait.

Ce caractère duplice est constant dans l'œuvre. Il évoque le pouvoir de la photographie comme de la gravure de se déployer en incorporant des lieux afin d'ouvrir des contrées inaperçues. L'acte de délimiter l'espace revient à l'ouvrir et porter à découvert ce que le lieu, en ses objets, ne contient pas. Se rejoignent l’infime et la libre vastitude. Alors on se souvient qu'être sur terre veut dire être sous le ciel. Et il n'est plus besoin de diviniser les astres pour éprouver en nous cette contrainte à notre station terrestre, nos démarches, nos désastres, notre sentiment de l'espace que constitue la voûte céleste.

Le ciel embrase et embrasse tout : il n'existe ni lieu, ni vide, ni temps hors de lui. Le ciel nous a vu naître, il nous verra mourir : il englobe les choses et le temps. Le temps surtout qui à l'inverse des choses est inengendré, inaltérable, incorruptible. Et lorsque nous regardons la Provence de l'artiste le bleu du ciel, ce bleu est le lieu du lieu. Un bleu qui n'a jamais viré ou vieilli. Mais cette couleur n'est pas simple pour autant. En se portant en "bas", au "fond", elle vit sa vie, respire mais épouses d'autres lois physiques, d'autres couleurs.

Ces œuvres semblent créées  inconsciemment afin de se constituer en réceptacles de cette couleur non maîtrisable du ciel. Elles nous obligent à renverser certaines conditions habituelles du regard porté tant sur la nature que sur ce que l'on nomme œuvre d'art. Ce que nous regardons en une plongée, n'est plus ce que nous surplombons manifestement, mais ce qui se trouve à une distance énorme.

Le détail des pierres, l'intimité de leur texture explosent : ce que nous regardons nous regarde et le temps se dilate. Cette dilatation n'est pas de notre fait, ni celui de l'artiste : le ciel en décide lui-même à sa manière. Il n'est plus le fond neutre des choses à voir mais le champ actif d'une imprévisible expérience visuelle. Le ciel n'est plus seulement "au dessus" mais là, exactement, présent parce que changeant sur le fond où il porte. Il nous oblige à l'habiter, à monter à sa rencontre. Ce n'est plus le cadre des choses à voir en tant que cerne ambiant : il est là exactement, central, par le réceptacle que Martine Ques a choisi pour lui.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.