Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Ramette,

Philippe Ramette

l'expo au CRAC de Sète


Guide juridique et fiscal de l'artiste :
de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création. Cette 4e édition, entièrement actualisée, apporte des réponses claires et documentées aux questions juridiques, fiscales ou sociales que se posent les artistes pour : s'installer (statut juridique, choix d'un atelier, aides, obligations, statut social, impositions) ; vendre (détermination du prix, facturation, recours en cas d'impayé, vente en galeries, en salles des ventes, sur lnternet) ; tirer parti de la législation en matière d'oeuvres d'art (mécénat d'entreprise, dation, exonérations fiscales, TVA) ; s'entourer de professionnels (contrats avec les galeries, agents d'art, attachés de presse, relations avec les commissaires-priseurs) ; se protéger (droits de l'artiste, assurances, protection des oeuvres).
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PHILIPPE RAMETTE CHASSEUR DE TEMPS

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Philippe Ramette, La Traversée du Miroir
Photographe : Marc Domage © Philippe Ramette. 

Philippe Ramette, 8 juillet – 2 octobre 2011, Centre régional d’Art Contemporain de Sète.

Après avoir « crucifié » sa mobylette à la villa Arson à Nice Philippe Ramette met fin à ses années consacrées à la  peinture-peinture. Il s’engage alors dans un long parcours de plasticien.  Sculpteur il invente des objets particuliers. Leur justification n’est pas l’utilisation qu’ils peuvent générer mais la réflexion qu’ils proposent. Dès l’installation  « Point de vue (1989) le but est  d'« imaginer ce qu'on pourrait voir ». Progressivement le créateur pousse plus loin ce processus. Il décide de scénographier et de photographier ses sculptures en les insérant en des situations bizarres. Pour autant l’absurde n’est pas le but recherché. Il s’agit de produire du non-sens visuel  capable de prolonger les interrogations initiales du travail plastique. Par exemple ; revêtu d’un costume austère l’artiste se met en scène au sein de compositions renversantes au sens premier du terme. En compagnie du photographe Marc Domage il crée des œuvres hybrides et devient une sorte de rêveur insomniaque. Les jeux de reflets se créent dans des séries de mise en abîme où l’ombre de l’être devient -  par exemple - plus réel que le costume qui la génère.
Second acte de l’exposition « Gardons nos illusions » présentée en 2008 au MAMCO (Genève), le projet du Centre Régional d’Art Contemporain à Sète associe un ensemble d’oeuvres créées spécialement pour le lieu à un choix d’oeuvres préalablement conçues. Ramette explore de nouvelles approches accompagné par l’artiste suisse Denis Savary. Ce dernier, tel un facteur d’orgue,  transforme l’ensemble du bâtiment en une caisse de résonance capable de donner un écho aux propositions de Ramette. Il intervient sur la perception physique et sensorielle des oeuvres et des espaces. Quant à Ramette, en jouant sur sa propre re-présentation, il  multiplie de nouvelles versions de l’Autoportrait au miroir de l'artiste belge Léon Spilliaert. Contre la menace du temps il  use de divers effets de plans (contre plongées par exemple)  pour accentuer le caractère inquiétant que peut revêtir son propre reflet. Comme dans Le Horla de Maupassant, le Moi semble habité par une entité étrangère. Mais ce n'est pas uniquement lorsqu'il se met en scène lui-même que Ramette est inquiétant : Intérieurs hantés, espaces presque déserts  semblent habités d'une présence invisible,  hallucinée. Entre présence et absence, existe une énigme. Si bien que l’œuvre qui prolonge le surréalisme mais de manière particulière.

Mauvais interprète des rêves des autres parce qu’il en a trop lui-même Ramette multiplie les occasions de nous familiariser avec le climat onirique, parfois oppressant parfois drolatique mais toujours empreint de mystère. L’artiste y « transparaît »  tel qu’il est : discret,  insolite et visionnaire. Chantre de la solitude et de l’absence, il explore et dévoile ce que cache la réalité apparemment anodine selon des perspectives infinies et des silhouettes (la sienne plus particulièrement) énigmatiques. L'originalité de sa vision laisse parfois sourdre quelques remugles revisités) du  "M le maudit" de Murnau. Si bien qu’on peut parfois se demander si une telle œuvre n’incite pas  les alcooliques et même ceux qui ne le sont pas  à boire sans jamais atteindre l'ivresse de l'oubli. Elle pousse aussi peut-être les filles perdues dans les bras ces derniers  pour qu'ensemble, ils ravivent leurs plaies…

 
Ramette affectionne en ses mises en scène les présences solitaires qu’il tourmente avec une joie évidente. De l’oeuvre semble émerger un rire particulier, sardonique et grave. Celui-ci réveille les morts qui se tordent dans leurs tombes. La parodie peut sembler proche mais pour autant l’artiste ne tombe jamais dans cette facticité et cette facilité. Sous la complexité émane de fait une simplicité aussi expressionniste que symboliste. Elle reste propre à créer ce vertige particulier, mélange d’inquiétude, d'humour, d'intimité faussement désinvolte. Le Centre régional d’Art Contemporain de Sète permet de rendre justice à cette recherche rare où l’introspection se mêle à la vision. Ramette ne triche pas et rend perceptible l'âme mystérieuse du quotidien comme de l’être au fil du temps qui passe. Magicien du silence il dévoile avec des moyens divers ce qui brouille l'espace entre le rêve et la réalité. De réel au reflet tout est sans cesse remis en question. Se produit une sorte d'écoute. Mais d'écoute active et intérieure. En ce sens et quoiqu’on ait dit plus haut Ramette ne rêve pas :  il secoue, entre en contact  avec la quintessence de la réalité. Soudain les êtres n'ont pas  de lieu, pas d'ombre à eux, mais  ils durent dans les yeux  de ceux qui les regardent afin de vivre une seconde fois.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.