Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Lucja Ramotowski-Brunet


Lucja Ramotowski-Brunet

Née en 1974 à Varsovie. Etudes supérieures d'art à Strasbourg et à Lyon.
Lucja Ramotowski-Brunet vit et travaille en Rhône-Alpes.

Lucja Ramotowski-Brunet : le site



LUCJA RAMOTOWSKI-BRUNET : ETRE FOUILLE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 



Lucja Ramotowski-Brunet"She still looks for him", Cité des Arts, Chambéry jusqu'au 30 janvier 2010.


Il existe dans les photographies de Lucja Ramotowski-Brunet la simplicité aussi aiguë que rare. Elle n’est possible que lorsqu’un artiste est saisi par l’acuité du monde même en son obscure clarté. Parcourant les routes en une sorte d’errance programmée, l’artiste fixe les paysages et les éléments industriels ou accidentels qui les habillent (pylônes EDF, éoliennes, feux de forêts). Elle communique avec eux comme, eux, se conjuguent dans l’espace et le temps. L’artiste oppose l’un à l’autre à l’autre et oppose deux façons d’être au monde, de rencontrer les paysages et les choses : être devant, être dedans.

Etre devant c’est prendre position en face d’objets que la créatrice découvre et fixe afin d’y déceler des traits qui dressent son catalogue du monde. A la fois pour montrer et dénoncer en ce que nous le réduisons mais aussi pour nous y inscrire comme dans notre foyer. C’est là notre univers concave et enveloppant. L’artiste en le montrant l’  « en-visage » avant qu’il ne se soit encore plus cristallisé d’objets dont la convexité de croûte se tourne contre nous. Lucja Ramotowski-Brunet en saisit le « phénomène », le tissu pré-objectif. Et la force de ses photographies est de faire lever en nous la surprise du monde qui a la force d’exister encore contre le peu où nous le réduisons.

La photographe assigne aux plans d’ensemble un équilibre, une unité « harmoniques » en une  lumière aussi diaphane que sombre et nette. Dans de telles « prises » rien n’est objet, tout est trajet. Barres métalliques, béton, macadam, fumées sont saisis dans un mouvement centrifuge. La mobilité n’est plus celle d’un mouvement venu du réel allusif, illusoire. Elle fait une avec sa genèse catastrophique et humaine. Elle participe à celle de l’art lorsqu’il est d’ici même. L’artiste sait que toute stabilité égare, qu’il faut laisser à l’image la liberté de conduire où elle va. C’est pourquoi il ne convient pas de la coincer dans une définition thématique. Les photographies deviennent des voies où s’immobilisent des structures provisoires. A l’univers univers rigide et qui « plante » (à tous les sens du terme) la photographe donne un suspens, une ouverture par la voix des rythmes lumières plus que des impressions matières. Elle n'a rien de mémorial.  Elle garde vivante la marque du sentir-vrai.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.