Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Paul Rebeyrolle

Guide juridique et fiscal de l'artiste :
de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création. Cette 4e édition, entièrement actualisée, apporte des réponses claires et documentées aux questions juridiques, fiscales ou sociales que se posent les artistes pour : s'installer (statut juridique, choix d'un atelier, aides, obligations, statut social, impositions) ; vendre (détermination du prix, facturation, recours en cas d'impayé, vente en galeries, en salles des ventes, sur lnternet) ; tirer parti de la législation en matière d'oeuvres d'art (mécénat d'entreprise, dation, exonérations fiscales, TVA) ; s'entourer de professionnels (contrats avec les galeries, agents d'art, attachés de presse, relations avec les commissaires-priseurs) ; se protéger (droits de l'artiste, assurances, protection des oeuvres).
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Contrats du monde de l'art
de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière : contrat d'exposition, de commande, de projet artistique, accord de dépôt-vente, bail d'atelier, mandat d'agent d'art, cession de droits de reproduction, etc.
Pour chaque contrat, l'auteur étudie le contexte légal et jurisprudentiel, donne un commentaire pratique sur les différentes clauses proposées et fournit un mémo de négociation, pour savoir le négocier et pouvoir l'adapter.
A la fois théorique et pratique, l'ouvrage offre aux artistes, aux professionnels du marché de l'art et à leurs conseils un support de réflexion et une aide à la rédaction des contrats indispensables à la sécurisation des relations sur le marché de l'art et la défense des créations artistiques.
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REBEYROLLE FACE A L’INTOLERABLE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

paul rebeyrollePaul Rebeyrolle, Fondation Salomon, Alex, du 6.7 au 6.11 2011.

Du 9 juillet au 6 novembre 2011, la fondation Salomon rend hommage à Paul Rebeyrolle (1926-2005) . Il demeure un des plus grands artistes français du XXe siècle. Né dans le Limousin, Paul Rebeyrolle est atteint dans son plus jeune âge d’une maladie osseuse qui l’oblige à l’immobilité, et passe son enfance et son adolescence à dessiner. En 1944 il part pour Paris par « le premier train de la Libération ». Il sait déjà qu’il veut devenir peintre : il prend des cours à la Grande Chaumière et se lance à la découverte de la peinture contemporaine (Soutine, Picasso, mais également des classiques du Louvre, notamment Rubens, Rembrandt et les peintres vénitiens, qui le marquent profondément. Homme de liberté et d’indépendance, Rebeyrolle se forme seul, en s’imprégnant de l’art des anciens, loin de toute école. A l’époque où triomphe l’abstraction géométrique, puis lyrique, le peintre se concentre sur une peinture figurative expressionniste, d’un réalisme cru. Sa première exposition personnelle a lieu en 1951. Paul Rebeyrolle s'éteint le 7 février à l'atelier de Boudreville, en Bourgogne, à l'âge de 78 ans. Ses cendres ont été dispersées à Eymoutiers, dans le ruisseau de "Planchemouton".
A l'image du sanglier qu'il a souvent dépeint, son travail creuse  la matière grasse et colorée pour faire surgir les personnages et de puissantes évocations de la nature. Profondément engagé dans la vie politique de son temps, l’artiste laisse une oeuvre figurative, un regard à la fois révolté et tendre sur la tragédie de la condition humaine. Il dénonce dans ses toiles toutes les formes d’oppression, de violences, de souillures avec une puissance picturale impressionnante. Chaque œuvre illustre son combat de toujours au service de l’être humain, de la nature face aux multiples dérives de la société et des pouvoirs. Pour un tel artiste la peinture demeure un art sans limite. Elle fut le seul but de sa vie, de sa violence voire de sa rage  face à l'oppression. Ses tableaux animaliers et paysagers comme ses œuvres qui utilisent des matières collées sur la toile (terre, crin, ferraille...) restent fondamentales au nom même de ce que Rebeyrolle lui-même écrivait en 1984 dans la revue Opus International : « On ne peut pas peindre sans avoir un amour profond des gens, des choses et de la nature. Sinon, on fait un article ou on écrit un livre. Le peintre, pour moi, doit avoir un contact physique avec la nature » Paul Rebeyrolle, Opus International, n°92, 1984

Par exemple, en 1971 il réalise une série de nus. De toiles en toiles, il se livre à un corps à corps avec la matière picturale qui permet aux formes d’être à la fois violemment concrètes et formidablement anonymes. De ce magma primitif qui gicle, coule, charrie de la boue, les corps tentent de s’extraire et cherchent à être. Il, en va de même avec sa série des Sangliers qui  constituent de mystérieuses parties de chasse. Le sanglier surgit de la toile avec le corps massif et vigoureux de la bête sauvage. Quant à la série des« Prisonniers » exposée à la Galerie Maeght en 1973 -préfacé par  Michel Foucault  pour le catalogue sous le titre « La force de fuir » - l’artiste précise : « À ce moment, j’avais des chiens de chasse qui ne demandaient qu’une chose : courir partout. Et mon problème, c’était qu’ils ne se fassent pas écraser sur la route par les voitures. Je construisais donc des espèces d’enclos pour les laisser en semi-liberté. Ces chiens et leurs cabanes m’ont servi d’emblèmes pour les prisons. »   Avec la série « Natures mortes et pouvoir », Rebeyrolle montre les conséquences et les effets du pouvoir. Ce dernier est évoqué  par un empilement de caisses en carton. Ils deviennent des cellules dérisoires. Lorsqu’elles ne sont pas fermées elles laissent entrevoir des têtes de mouton. Ces têtes sont réalisées au moyen de larges flaques de couleur rouge dégoulinant sur une matière triturée et trouée symbole de l’impasse morale et intellectuelle dans laquelle chaque jour la société s’engage un peu plus. Quant à la série  « Les évasions manquées » elle se développe en trois parties. L’une est relative à des prisonniers qui n’arrivent pas à sortir et qui sont plus ou moins torturés. L’autre réinterprète des toiles célèbres au sujet religieux en les accompagnant d’un corps maltraité. La  troisième concerne les suicides. A ce propos le peintre évoque le rapprochement que l’on faisait parfois avec sa peinture : « C’est maintenant que je commence à être d’accord avec ce rapprochement. Par la connaissance qu’il avait des verts, de la lumière, de la structure intime de ce que le réalisme facile ne voit et ne traite que de l’extérieur ».
L'exposition  ne se veut pas une simple rétrospective. Elle se développe selon une organisation rassemblant d'une salle à l'autre les œuvres en fonction d'une approche tant thématique que plastique. Un sanglier, en bronze, métaphore du caractère entier et fonceur de l'artiste, et une vache, image d'un animal domestiqué dont la couleur rouge n'est pas sans évoquer l'engagement rebelle et politique de Rebeyrolle. D’autres œuvres rassemblées traitent  des rapports de l'homme au monde économique, qu'il soit manipulé ou confronté aux débordements de la société de consommation. La nature, de l'homme et de la société restent donc les trois thèmes qui Implosent dans cette exposition qui met parfaitement en évidence  la mesure tragique et existentielle de l'être dans une mise à nu du corps mais aussi l’idée de révolte et nous ouvrant les yeux sur notre condition d’humain.
L’exposition permet de comprendre comment l’artiste par la force de sa peinture a mis à nu ce qui brouille la perception de la réalité. Une telle œuvre fait  monter le sang à la tête. Elle prouve qu’il ne faut pas s'entêter à croire que notre perception est le monde c'est-à-dire qu’elle existe identique en chacun de nous.  Le monde n’est qu’effet de représentation et de volonté. Seule la volonté de la peinture permet de modifier la représentation du réel. L’œuvre affronte donc  l'avenir avec le passé que l’artiste transforme par sa technique même. Il n’hésite pas à « gâcher », à  « rater » ce qui est ou que l’on prend comme tel. Et ce afin de ne plus voir disparaître les sentiments et les certitudes qui le poussent à créer loin d’une simple visée humaniste. Rebeyrolle en effet gratte plus profond.
Il ne faut pas considérer sa peinture comme un simple engagement politique. Son œuvre est trop complexe pour cela – et c’est pourquoi parfois ses compagnons de route politiques s’en sont détournés même s’il a gardé de solides appuis (Foucault ou Sartre). Face à l’intolérable le peintre a su faire œuvre plus de violence que de tendresse et de compromission. Et ce afin de demeurer au cœur de sa vie. Jamais il n’a cessé d’imaginer plus loin et plus profond sans la moindre compromission.  Sa peinture prend donc toujours le risque de blesser dans un acte de suprême liberté.  En cela elle reste une flamme au sein de la colère qui la fait bouger encore. Plus le temps passe plus elle demeure vivante. Comme si  la souffrance qui y demeure présente aiguise la sensation d'exister.  Ses œuvres font toujours l’effet  de gros coups de poing que l’on reçoit en pleine gueule figure. Elles déchirent les images dans lesquelles on se blottit et font bien plus que simplement froisser les idées reçues.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.