Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Emmanuelle Renard

Emmanuelle Renard
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Collection Palettes , l'intégrale - Coffret collector 18 DVD
par Alain Jaubert

Palettes: une série de films consacrés aux grands tableaux de l'histoire de la peinture.Grâce aux plus récentes techniques de l'animation vidéo , les secrets des images sont racontés comme autant d'aventures dans le plaisir et la découverte. Cette intégrale présente une collection de 50 films , une exploration de 50 tableaux de maître par Alain Jaubert. Disponibles pour la première fois: 4 dvd inédits(Le Caravage , Véronèse, Kandinsky , Bacon...) ainsi qu'un entretien exclusif avec Alain Jaubert sur l'histoire de Palettes. 

Biographie du réalisateur 
Avec Palettes , Alain Jaubert raconte l'histoire d'un tableau à la façon d'une investigation policière en offrant au spectateur une cascade de découverts et d'explications. 

Contenu du coffret: 
1 - Lascaux : Lascaux, préhistoire de l'art - La nuit des temps 
2 - Peindre dans l'Antiquité : Euphronios - Pompéï - Fayoum 
3 - Naissance de la pespective : Sassetta - Uccello - Piero della Francesca 
4 - Mystères sacrés : Van Eyck - Grünewald - Le Caravage - Véronèse 
5 - Le Temps des Titans : De Vinci - Titien - Raphaël 
6 - Le siècle d'or des Pays Bas : Rubens - Rembrandt - Vermeer 
7 - Le grand siècle français : La Tour - Le Lorrain - Poussin 
8 - Le siècle des Lumières : Watteau - Chardin - Fragonard 
9 - L'image en Orient : Shitao Hokusai - Miniatures persanes 
10 - Autour de 1800 : David Géricault - Goya 
11 - Du romantisme au réalisme : Delacroix - Ingres - Courbet 
12 - Naissance de l'impressionnisme : Manet - Renoir - Monet 
13 - Après l'impressionnisme : Seurat - Lautrec - Vuillard 
14 - La révolution Cézanne : Gauguin - Van Gogh - Cézanne 
15 - Les grands modernes : Picasso - Bonnard - Matisse 
16 - De Duchamp au Pop Art : Duchamp - Klein - Warhol 
17 - LES INEDITS : Bacon - La dame à la licorne - Kandinski 
18 - Palettes les compléments : Palettes, une histoire - Clin d'oeil - Livret 48 pages 

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EMMANUELLE RENARD : LES ABÎMONATIONS

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

EMMANUELLE RENARD : LA CUISINE DES NÉCESSITÉS
Galerie Polad-Hardouin

86, rue Quincampoix 75003 Paris 
Du 18 mars 2010 au 22 avril 2010.
mar à sam de 11h à 19h.

" Susciter la théorie des passions humaines ",
2010 huile sur toile 200 x 200 cm

emmanuelle renardArc du sexe, oeil de vie, grand terrain de nulle part, invisible respir d'une divinité lunaire et féminine jouissant entre terre et ciel du plain-chant des abîmes :  Emmanuelle Renard fait jaillir sans complaisance, avec violence soulignée de contours noirs leurs buissons ardents, leurs caresses de crépuscule et leur forme d'animalité humaine. Chaque œuvre devient une poche bosselée d'un contenu énigmatique. Seul compte la peur et l'audace des images à naître pour offrir d'autres nœuds à la réalité. Les toiles comme avec les gravures sur linoléum - où le carborundum est associé aux pigments -  permettent  la montée d’un expressionnisme sans complaisance et révèle la beauté cachée au cœur même de la souffrance subie ou acceptée.

De l’œuvre surgissent d’étranges grognements de joie au sein même de ce qui tient d’une vision critique du monde. Mais sans que l’artiste insiste sur un engagement fléché de matière précise. De fait vivre (comme créer) c’est s’engager, éprouver la déchirure.  Les œuvres créent l’interstice, le passage, la jetée sous les arches grises du temps. Et c'est soudain le secret qui à la fois précède et précise la vision. Le corps omni présent  semble à la conquête de sa source inconnaissable pour renaître de la douleur. Son secret est le jadis. Il précède le temps comme le temps l’a précédé forcément. Amont sans langage, amont animal de l’histoire. La surface se dérobe et pourtant surgit une sorte de prurit. A savoir tout ce l’artiste met douloureusement sur sa toile afin d’irriter le regard. Le tableau reste bien plat, c'est bien sûr une surface, rien qu'une surface. Néanmoins surgit son exaspération dans la limite entre horreur et séduction.  Il faut donc parler d'effraction du regard, d'accident de surface comme si derrière le miroitant émergeait le granuleux. Ce qui se refuse dans l'épaisseur de la chair n'est plus refoulé.

Emmanuelle Renard crée les signes de la poussée interne. Chaque toile désigne une zone liminale, un état tremblé qui recoupent l'encore et le déjà. D'où ce qui enflamme, hérisse en ces ressemblances qui grincent, crient en silence. C’était déjà le cas dans Les expositions en deux actes et aux titres révélateurs : « D'obscénité et de fureur »  (Passage de Retz, Paris) puis «  Appel à la résistance quotidienne ! » (Galerie Vecchio, Cannes ). L'animalité de l’être émerge toujours des corps et des pulsions pour montrer une forme de répulsion de l’artiste face à la violence du monde en une manière de traiter le mal par le mal.

Par cette exhibition (ou sa feinte car l’artiste ne joue pas sur la corde émotive mais sensible) il s’agit de refaire surface.  Les aspérités de présences disloquées, torturées surgissent d'éclats de textures, de coutures et de déchirures du lieu de la peinture comme celui de la réparation et de la séparation. D'espaces aussi superbement abîmés : abominations et abîmonatiosn.  Tout semble proche et lointain. Possibles et impossibles affleurent dans une peinture de fulguration. Un rayonnement perdure et efface les pensées de néant en introduisant soudain  non à l’origine mais dans l’origine même du mal et du lieu où les forces d’Eros sont en prises avec celle de Thanatos.

L’artiste rapproche toujours du flot, du tremblement au seuil de l’infranchissable. Et surgit paradoxalement cette joie à la fois pleine et douloureuse née de l’angoisse d’être en ce monde de violence et de déchirement. L’artiste nous confronte à l’obscur  mais en espérant que quelque chose en subsiste et que nos corps soient frappés de ressemblance par ce qui les unit à ceux qui subissent. Elle nous rapproche des victimes et non des bourreaux. Impasses, solitude, abandon, rencontre, forêt du corps, ombre, plaie mais aussi lumière et plaisir tout y est.

Emmanuelle Renard est la peintre du paroxysme. Charge et décharge  jouent dans son œuvre où des formes impossibles (mais a priori « réelles ») s’épanouissent. Voici le soleil noir, un soleil que par pudeur l’artiste cache  dans son voir. Il en va de la vie.  Succession de traces. A peine un horizon  au milieu des nuits trop  noires. Le monde mérite soudain une autre attention.  Tout semble en attente d’être reconnu autrement. C’est ainsi que tension et abandon, évidence et perte, vie et mort, réalité et rêve deviennent indissociables. Il faut se laisser envahir. Lorsque le pacte est accepté, soudain, la peinture entre en nous. Le monde palpite dans ses profondeurs.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.