exposition

Sylvie Réno et Sarah Jérôme



Marché de l'art et Gestion de Patrimoine
de Henri Mahe de Boislandelle

Ce livre a pour but : de préciser les concepts d'art, d'antiquité et de collection ; de montrer l'importance économique et sociale des marchés de l'art ; d'étudier la rentabilité des placements en objets culturels comparativement à celle des investissements financiers ; de fournir des outils d'aide au placement en objets d'art ; d'analyser les stratégies des intermédiaires (galeristes, antiquaires, courtiers, commissaires-priseurs, sociétés de vente aux enchères publiques, sociétés de courtage en ligne...) et des artistes ; de comprendre les logiques d'achat individuelles et institutionnelles ; de souligner le poids du différentiel d'information et de connaissance entre vendeurs, intermédiaires et acquéreurs ; de donner les bases juridiques (protectrices) et fiscales (incitatrices) qui régissent les transactions et les gestions patrimoniales artistiques tant privées que publiques. Alternant analyses rigoureuses et conseils pratiques, cet ouvrage devrait intéresser : les amateurs d'art, d'antiquité et de collection ; les professionnels du marché des arts plastiques et des antiquités ; les conseillers en gestion du patrimoine (compagnies d'assurance, banques, investisseurs, fiscalistes, notaires...) ainsi que leurs clients (particuliers, entreprises...) soucieux de diversifier les placements, d'échapper à l'impôt (ISF) ou de le réduire (dation, mécénat, fondation...) ; les étudiants et chercheurs concernés par le commerce de l'art, le marketing, le management culturel ou événementiel.
>> disponible chez Amazon



LES HYBRIDES DE SYLVIE RENO ET SARAH JEROME

par Jean-Paul Gavard-Perret




Sylvie Réno et Sarah Jérôme, Exposition, espace Martiningo, Chambéry, Septembre-Octobre 2011.


Quoique très différentes les œuvres de Sylvie Réno et Sarah Jérôme prennent en compte l'écart qui existe entre le réel et l'art. Chacune ouvre des interstices et crée du « monstre » par leur pratique. Elle crée une zone où le « non-savoir » de leur propre expérience les éloigne radicalement les codes. Etres ou objets entrent en « inavouable communauté » (Blanchot) de formes (S. Jérôme) ou de matières (S. Réno).

Le compact admis se décompose et une poésie renaît. Sylvie Réno se voit peseuse de traces, faiseuse d'envol au moment même où elle « décartonne ». Sarah Jérôme devient perceuse et greffeuse de peaux à travers ses « freaks » : êtres doubles, mi-hommes mi bêtes, mi femmes mi végétaux. L'une offre à l'autre et réciproquement la dynamique capable de créer des gravitations sans centre.

Une dissidence se nourrit d'une autre dissidence. Dans les deux surgit une poésie à et de l'état paradoxalement élémentaire. La confrontation des oeuvres intensifie et renouvelle l'imaginaire de la relation. Sylvie Réno et Sarah Jérôme branchent des formes sur d'autres formes, des matières sur d'autres matières pour deux types de vertiges différents mais qui s'articulent bien ensemble.

Corps et/ou objets se démembrent, se réconcilient, vaquent. Ils élaborent des expressions inattendues de divers dédoublements. La « statuaire » et l'image deviennent des espaces décentrés dans un jeu qui appelle l'hétérogénéité. Fortification et destruction forment le nécessaire "renvoi" de flux d'intensité irradiée.

Il arrive que le carré se dissocie du tableau comme l'objet de sa fonction d'usage et la présentation de la représentation. S'affirment dans les deux cas l'écart et l'errance des dessins et des matériaux par rapport au graphisme, aux objets et leur fonctionnalité. Loin de la simple anecdote les deux artistes offrent donc des narrations drôles et distanciées. Se touchent l'ouvert et le vide éclaté.

L'art par son propre espace et son langage fait véritablement l'épreuve d'un rendu de la matière comme de l'apparence dans un déplacement et une réappropriation inventifs. Sylvie Réno comme Sarah Jérôme plongent dans leur « chaomorphisme » soigneusement organisé. Tout un entremêlement décalé de matériaux et de langes joue. De telles « divagations » sont tout sauf des « erreurs ». Elles restent des opérations de filtrage dans leur système de rapprochement et d'éloignement.

Attentives, drôles et imaginatives les deux artistes restent radicales. Sensibles aussi et surtout au bouleversement du et des sens. Elles mettent en présence du corps, du désir mais en les détournant. Elles forcent à regarder d'une manière nouvelle l'être et le monde. Emerge une collision retentissante destinée à créer le monde second plein d'ivresse dionysiaque.

Les deux œuvres sont donc des réservoirs de potentialités toujours renouvelées dans les possibilités qu'elles engagent. Un véritable travail de laboratoire y prend forme afin de sortir du fini, du stable et d'élever vers ce que Jacques Dupin nomme "des temps et des lieux mobiles". A ce titre ces deux œuvres sont bien plus que des rêves ou des cauchemars. Ce sont des certitudes qui galopent toujours devant nous et nous échappent.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.