Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Estelle Reverchon

Estelle Reverchon

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Guide juridique et fiscal de l'artiste :
s'installer et choisir son statut,
promouvoir et protéger son oeuvre

de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création. Cette 4e édition, entièrement actualisée, apporte des réponses claires et documentées aux questions juridiques, fiscales ou sociales que se posent les artistes pour : s'installer (statut juridique, choix d'un atelier, aides, obligations, statut social, impositions) ; vendre (détermination du prix, facturation, recours en cas d'impayé, vente en galeries, en salles des ventes, sur lnternet) ; tirer parti de la législation en matière d'oeuvres d'art (mécénat d'entreprise, dation, exonérations fiscales, TVA) ; s'entourer de professionnels (contrats avec les galeries, agents d'art, attachés de presse, relations avec les commissaires-priseurs) ; se protéger (droits de l'artiste, assurances, protection des oeuvres).

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ESTELLE REVERCHON : ET L’ARTISTE CREA LA FEMME.

par Jean-Paul Gavard-Perret

estelle reverchonC’est presque toujours autour de la femme que tournent les sculptures d’Estelle Reverchon. Saurons-nous tout d’elle ? Non sans doute. Mais chaque silhouette féminine est mise à nu comme de l'intérieur dans un mouvement plastique rappelant parfois des "glissements" à la Bacon qui surgissent en trois dimensions. Par leur voix de fantômes, par leurs belles épaules les statues permettent de faire jaillir de la masse brute de la matière l’écume des sensations. On est « dans » la femme plus qu’autour par la présence du bronze tellurique puisque passé par le baptême du feu.

Estelle Reverchon sait qu’il n’y a pas d’avènement de la sculpture sans un certain sens du rite de la fusion. Celui qui par la magie des formes et de la matière non seulement immobilise du désir mais fait des formes le langage de l’âme. C’est sans doute pourquoi chez une telle artiste la nudité n’est jamais scabreuse et ne contient rien de frelaté.

Loin d’une pathologie sentimentale la créatrice offre une sensation vitale. Ses hommes souvent plaisamment et violemment caricaturaux frisent une satire de la masculinité et c’est plutôt vivifiant car sans fards – Daumier n’est pas loin !

Quant à ses femmes elles sont là pour le suggérer dans leur masse et même lorsque celles-là s’affaissent sous le poids de la vie des émotions plus complexes. Soit dans leurs postures aériennes (" Flamenco ") ou plus fermées (« Pudeur »). Soit dans leur nudité ou dans leurs manteaux de quasi pénitentes (« Cathédrale »).
Mais l’énergie vitale surgit aussi de son bestiaire : ses chats (« ronds » ou pas) sont empreints de légèreté vivace. Là où le feu a grondé pour leur donner naissance l’espièglerie n’est pas forcément mais elle prend une densité altière.

Le spectateur est soumis à une vision captivante. Lieu d’épaississement autant que d’éclaircissement la masse en sa concentration comme en ses élancements produit un renversement : ce qui est matière perd en densité, ce qui est de l'ordre de l'impalpable devient matière. On est là aux sources du langage plastique : la forme décompose le monde pour le recomposer autrement et dans l’espoir de la
“ chimérique
expatriation du feu intérieur ”
dont parle le poète Jacques Dupin.
Sans aucun didactisme mais avec un sens du plaisir Estelle Reverchon crée des femmes formes, des formes mondes. Il n'est plus question de psychologisme mais de séries de transferts afin que chaque silhouette féminine (surtout – on a vu ce qu’il en était des hommes…) dans son essence redevienne le "rempart de l'avenir" dont parlait Kandinsky.

La sculpture redevient un processus actif capable de laisser naître les sensations les plus diverses. L’artiste ne met pas son travail au service d'une idée, d'un projet conçu préalablement à l'oeuvre. Il n'y a pas à proprement parler chez elle de plan de création, si ce n'est l’appel à la liberté de la sensation et de l’imaginaire au sein de l'étreinte nécessaire de la tradition du buste pour amener chaque pièce à une forme de perfection.

De la sorte l’oeuvre acquiert une vibration spirituelle mais tout autant charnelle et quasi tactile. Il ne s'agit plus de la mettre au service de quelque chose. Il ne s'agit pas non plus de lui attribuer une simple grille de lecture symbolique. La forme se génère par elle-même à travers sa force"intérieure". Estelle Reverchon en parfaite liberté métamorphose le monde à sa manière en langage aussi ironique qu’empreint de volupté. Il y a là des rires et des soupirs. Dans les « sonorités » de la matière l’artiste les fait « entendre ».

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.