Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Lili Reynaud-Dewar

Mirondella
galerie d’art en ligne

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Exposition permanente

Expositions thématiques

candidature : info@arts-up.info


DVD
Lignes, Formes, Couleurs
par Alain Jaubert

Une série documentaire pour comprendre l'histoire des techniques de la peinture par Alain Jaubert, auteur de Palettes. Mettant à profit toutes les possibilités offertes par les nouvelles technologies, la série Lignes formes couleurs revendique une approche encyclopédique de l'histoire des techniques de la peinture. Chacun des films de Marie-José et Alain Jaubert explore les plus grands chefs-d'oeuvre de la peinture sous des angles méconnus. L'occasion de regarder autrement de célèbres tableaux de maîtres analysés dans leurs moindres détails.

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LILi REYNAUD-DEWAR ET LA SOCIETE DU SPECTACLE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Lili Reynaud-Dewar - FRAC Champagne Ardennes (2010)
Dans ses performances Lili Reynaud-Dewar ne cesse de créer des dispositifs « scéniques » qui sont des critiques du spectacle et de ses « divertissements ». « Structures de pouvoir, rituels et sexualité chez les dactylos européennes » (Galerie Kamel Mennour) et sa participation à « Morality / remember Humanity and Others Fables » du Witte de Wit de Rotterdam le prouvent. Se voulant dissidente de la logique dominante de l’industrie du spectacle l’artiste dénonce moins l’art en tant qu’objet et produit qu’en tant qu’événement, information et divertissement de la société dont il découle.

Lili Reynaud-Dewar dans des projets très formels affirme « n’avoir pas vraiment quelque chose à dire ». Néanmoins sont univers est complexe : personnages (dont l’un est « interprétée » par son « actrice » fétiche Mary Knox), mobiliers, textes, vidéos, costumes, affiches forment des ensembles délibérément « incomplets » et évolutifs qui montrent comment dans le système qu’elle dénonce tout s’enchaîne et se court-circuitent.  L’artiste reprend une vieille idée : elle utilise des arts marginaux pour tourner en dérisoires des arts dominants. Et cela jusque dans les détails. Lors de « Antiteater » de la Frac Champagne-Ardennes et au moment du passage obligé que représente la conférence offoicielle de  présentation de l’exposition  elle détourne la règle institutionnelle de ce type de communication et de relais pour y « jouer l’artiste » puis récupérer sa conférence-performance afin d’en faire la vidéo centrale de l’exposition.

La force de ses événement-performance tient à ce qu’elle déconstruit la sacro-sainte postulation actuelle de la participation communicationnelle à une œuvre sans quoi l’art ne serait plus rien. L’événement est pour Lili Reynaud-Dewar l’inverse de ce qu’en avait fait les actionnistes – car les temps ont changé. Il ne s’agit plus de surenchères plus ou moins spectaculaires et « gores » mais de réintroduire (sans le dire) une sorte de beauté donc ce que généralement la performance tend à fustiger. Une exposition récente encore non citée « Interpretation » à la Kunsthalle de Bâle le prouve. L’objectif de la performance est aussi (voire surtout) de faire parler la forme elle-même. C’est pourquoi il ne se passe rien, dans les performances de l’artiste. L’action pour l’action n’est plus son propos et c’est bien là l’essentiel. Comme elle le dit, il s’agit de « déformer la performance ». L’art devient un artifice « monté » et montré comme tel. On peut trouver cela ésotérique et formaliste. On peut en contraire être séduit et c’est notre cas.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.