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Olivier Roller

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Artistes : 1001 conseils
pour mieux vendre vos oeuvres
de Céline Bogaert

Produire un travail artistique de qualité ne suffit pas pour en vivre. Vendre son art est un véritable métier et les démarches à accomplir sont nombreuses. Il faut notamment : se faire connaître, trouver des financements, des partenaires, des clients, les fidéliser, choisir une structure juridique, établir les déclarations légales, gérer ses ventes.
A travers ce guide, vous trouverez des astuces et des réponses à vos questions concernant : les formations, les subventions, le mécénat et le sponsoring, les outils efficaces pour développer votre notoriété, les relations avec vos différents publics et clients, les déclarations obligatoires, la facturation, la protection de vos oeuvres.
Les textes de ce guide sont illustrés par de nombreux exemples et modèles (demande de subvention, communiqué et dossier de presse, fichier clients, dossier de diffusion, contrats, facture…) et assortis d'un précieux carnet d'adresses (contacts administratifs, organismes délivrant des aides et subventions, associations de promotion et d'accompagnement des artistes...).

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OLIVIER ROLLER : HOMMES DE TOUT, HOMMES DE RIEN
par Jean-Paul Gavard-Perret

Les portraits d'Olivier Roller peuvent séduire d'emblée pour deux mauvaises raisons : leur sujet et leur forme. Choisissant dans sa série la plus célèbre « des hommes sous influences » - à savoir des personnages de pouvoir - le photographe joue forcément sur le processus de la reconnaissance médiatique. Par ailleurs il accentue ses portraits d'une théâtralité quelque peu appuyée tant par les angles de prises de vues, les types de plans choisis que le retraitement de ses photographies.
Mais derrière ce côté spectaculaire se cachent deux raisons plus « nobles » d'apprécier son travail. La théâtralité est montée en exergue afin de souligner le spectacle et la vanité des pouvoirs et de prouver que derrière l'icône se cache une autre réalité. D'autre part, à côté des figures connues, existent des prises plus anonymes mais plus intéressantes encore. Dans ce cas la photo est libérée de ses ambiguïtés « people ». A coté de ceux qui à force d'entendre parler d'eux se prennent pour le centre du monde, se découvre un monde plus quotidien transformé en spectacle saisissant. Le référent réel s'impose soudain implicitement dans le champ de notre mémoire. Par infiltration s'établit une dialectique avec notre environnement immédiat. En émergent des décalages, des suites métaphoriques et parfois oniriques.
Sous les images des êtres « sans qualité » la nature humaine prend un sens particulier et participe au caractère énigmatique de l'œuvre. Ces portraits donnent de fait et par réverbération une autre force à ceux des « hommes sous influences ». Surgit une confrontation qui s'articule à la fois sur de l'artifice et sur du concret. Le premier devient l'architecture du second et vice versa au sein d'une approche qu'on définira comme exacte, rigoureuse, infime et catastrophique propre à donner l'image d'une vaste et dérisoire comédie humaine. S'y engouffre tout l'inconscient de l'individu et du collectif.
Toujours intéressé dans son travail par les oppositions, par les prises décalées Olivier Roller révèle une certaine beauté par l'enregistrement de divers types d'effondrements qui amusent et intriguent. Il existe dans ce jeu quelque chose d'essentiel : à savoir qu'une idée d'un individu ne peut exister sans son contraire. De la sorte tout le poids dans chaque portrait image acquiert un sens détourné afin de reconstruire une nouvelle iconologie.
S'éloignant de toute visée documentariste Olivier Roller joue de la légèreté comme de la pesanteur, de la notoriété comme du ridicule. Le tout au sein d'une puissance d'évidence à rebours d'un ordre médiatique établi. Le photographe définit sa transformation du quotidien en spectacle, du spectacle en frime par manipulation et expérimentation. Un tel travail ne se construit pas exclusivement avec un référent réel mais aussi avec un référent déjà imagé qui occupe notre regard et lui impose plus ou moins implicitement un champ imaginaire frelaté.
A travers son œuvre Olivier Roller pose comme préalable un doute quant au champ de la représentation pour y chercher ce qui résiste du réel et ce qui à l'inverse appartient au simulacre. Le photographe ne cherche pas à mettre une aura supplémentaire ou surestimée à l'objet de sa prise surtout lorsque cet objet est célèbre ou célébré. Et si le plasticien y trouve le combustible de son imaginaire il aime que ses photographies deviennent des scènes dont les scénarios sont à déchiffrer dans des prises qu'on nommera d'oppositions ou de formes contradictoires. Dès lors si chaque portrait révèle une certaine beauté il enregistre aussi une sorte d'effondrement qui amuse et intrigue.
Olivier Roller en dit plus sur le pouvoir que bien les traités verbeux. Il frappe là où sinon ça fait mal, du moins où ça démange. Il franchit la paroi des convenances sans les violer, mais juste en accusant leurs aspérités. "Regarde qui tu es" semble dire le photographe aux "grands" en exhibant le cadavre ou l'ombre qu'ils traînent derrière eux. Quant à ses « anonymes » ils permettent de toucher à l'impossible de la présence. Des lignes de déterritorialisation offrent en conséquence de nouvelles polyvocités. Des devenirs clandestins s'imposent. Parcourir les portraits ouvre non à la méprise mais à la déprise. Par ce mystère du montrage surgit le passage de la première à la seconde. La photographie creuse cette métamorphose. Elle fait passer de l'endroit où tout se cache à celui ou tout (ou presque) se laisse découvrir.

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Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.