Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Rong Rong

Rong Rong
(Lii Zhirong)

Né en  1968 à  Zhangzhon dans la province de Fujian, en Chine.

 

Rong Rong et Inri, sa femme.
courtoisie : ALEXANDER OCHS GALLERIES

 


Trois faces du nom
de Jean-Paul Gavard-Perret

Les images osent à peine se poser à la surface. On distingue les traits, les faits demeurent presque imperceptibles avant de s'amasser peu à peu à travers les destins croisés de deux peintres (Gauguin, Hooper) afin qu'un troisième apparaisse. Il y aura donc juste ces images qui découvrent mais ne montrent pas, qui lancent, par la bande, une sarabande.

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Rong Rong : esthète des chaos

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Né en 1968 et photographe avant-gardiste, Rong Rong n'hésite pas à se mettre en scène dans des situations qui revendiquent une précarité concernant le quotidien Chinois. Néanmoins, l'aspect social n'est pas clairement exprimé dans ses photographies et ses performances à la fois sophistiquées et « border-line ». Installé à partir de 1994 dans une maison du quartier de Pékin Rong Rong photographia sans relâche sa propre vie de bohême. Depuis 2000 il travaille avec sa femme japonaise Inri également photographe. En 2002 les grands tirages noir et blanc montrent les amants unis une dernière fois dans leur maison avant qu’elle ne soit démolie et ils accompagnent la destruction du lieu comme on le fait pour des funérailles dans une immense « action» qui joint l’imagination à la nécessité. Pour certain Rong Rong serait la Chine à lui tout seul dans la mesure où il extrapole les contradiction de la société post socialiste à travers des photographie à fort potentiel symbolique. Mais il doit sans doute cette approche théâtralisée sans doute à sa femme où souvent l’art est raffiné et sauvage ou raffiné parce que sauvage.

Rong Rong déteste le communisme et s'il envisage toute expression comme politique celle-ci ne se conclut ou ne se clôt pas dans un prêt à voir directement assimilable. Rong Rong est profondément "esthète esthétisant" mais c'est là la force de son travail. Il fait de "L'Empire des restes", une sorte d'Empire des sens. Entre l’impérialisme du maoïsme et le miracle économique, ses photographies léchées ne connaisse pas la réputation flatteuse d'œuvres plus évidentes mais tout compte fait vite lassantes. N'hésitant pas à s'identifier à des loubards extrême orientaux façon petites frappes, il vomit sur le miracle économique de la reconstruction comme sur les crimes du passé. Son style peut rappeler certains photographes américains (Paul Strand en premier lieu) qui ont puisé dans le Bronx et autres ghettos la beauté du tragique quotidien. Comme eux, l'artiste chinois crée une œuvre paradoxalement d’amour et d’espoir même si elle se teinte souvent de noir.

Certains lui reprochent de rester encore stylistiquement prisonnier des canons esthétiques occidentaux. Mais de fait il s'en est débarrasser en cherchant à faire simple dans ses sortes de contes visuels cruels qui deviennent l'œuvre la plus poltique de tous ceux qu'on nomme les avant-gardistes chinois. Simplement chez lui le message se fait plus cérémoniel et plus dissidente car en surgit, ce qui est relativement rares chez les artistes chinois, les plaisirs de la chair même si là encore tout est montré par aporie.. Certes il est difficile de cerner un artiste aussi complexe que Rang Rang. Celui qui a commencé sa carrière sans trop y croire et sans rien connaître à l'art reste le plus "délinquant" de tous ceux qu'on nomma dissident. Cette "délinquance" , est l’expression d’une critique immédiate de la société ainsi que la seule possibilité de communiquer offerte à l’individu. Cela donne à son œuvre sa puissance et sa valeur d'extra territorialité.

La Chine saisie par Rong Rong est une chine occidentalisée. Les femmes portent des ballerines et des mini-jupes, les voyous des Ray Ban et des blousons. Les manifestations étudiantes grondent dans les rues même si les vieillards évoquent feu l’empire maoïste. Mais cette Chine est traversée de pluies noires, il est pris dans les nuages d’une nuit en plein jour dont il ne sort pas. La jeunesse pleine de vie et de désir, voyant ses aspirations condamnées, ne trouve que la violence pour s’exprimer à moins de sombrer quand elle le peut dans le consumérisme.
Elle peut presque verse le sang pour de l’argent facile et elle semble en passe de perdre toute conscience de l’humanité d’autrui. Et pourtant (répétons le) il y a un espoir, et un amour. Le symbole en est par exemple ces oiseaux qui parviennent toujours à s’échapper. de plus quelques lueurs vivotent dans le noir et blanc. Et si la déchéance semble une fatalité programmée elle ne peut empêcher que demeurent immanquablement des restes de pureté. Rang Rang ne cesse donc pas d’explorer l’aspect caché, sombre des rapports humains et de la société qui fait offre à une culture de masse une autre qui ne lui vaut guère mieux : celle de la solitude et de l'individualisme exacerbés où le sexe et la mort ont déjà partie liée même si en cette introduction au nouveau néant émerge le bruit de succion d'autres amours qui rappellent l'être à la vie et non plus à ses fers d'avant. Le jeu en vaut sans doute la chandelle.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr


Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.