Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Sylvia Rouffet-Véronique

Sylvia Rouffet-Véronique

la page Mirondella


Guide juridique et fiscal de l'artiste :
s'installer et choisir son statut,
promouvoir et protéger son oeuvre

de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création. Cette 4e édition, entièrement actualisée, apporte des réponses claires et documentées aux questions juridiques, fiscales ou sociales que se posent les artistes pour : s'installer (statut juridique, choix d'un atelier, aides, obligations, statut social, impositions) ; vendre (détermination du prix, facturation, recours en cas d'impayé, vente en galeries, en salles des ventes, sur lnternet) ; tirer parti de la législation en matière d'oeuvres d'art (mécénat d'entreprise, dation, exonérations fiscales, TVA) ; s'entourer de professionnels (contrats avec les galeries, agents d'art, attachés de presse, relations avec les commissaires-priseurs) ; se protéger (droits de l'artiste, assurances, protection des oeuvres).

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SYLVIA ROUFFET-VERONIQUE : FACES-INTERS ET POMPE FUNEBRE.

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sylvia Rouffet-Véronique : ALONE 136 X 108
Sylvia Rouffet-Véronique joue avec les portraits comme autant de partitions musicales. Mais il s'agit sinon d' infiltrer la surface du moins de la transgresser. Plus ou moins objets d'idolâtrie, les personnages choisis par l'artiste sombrent sobrement et ironiquement dans une caricature ouatée. Pas d'excès sinon dans les couleurs violentes et les poses. A travers les unes et les autres l'artiste se joue des stéréotypes de la monstration marketing comme pour leur accorder une parcelle humoristique d’éternité.

C'est de surcroît une manière de mettre du postiche de la rétine. Mais l'inverse aussi. Toute une carnation particulière et capitonnée surgit par jeux de rehaussements et de reprises afin de travailler le plus là où notre imagination morte peut imaginer encore. Ce que de telles oeuvres montrent est à la fois proche et étrange. Le portrait est une surface lisse mais pas pour autant rassurante.  Et pour cela Sylvia Rouffet-Véronique n'a pas à en retourner le derme. Sa stratégie est plus subtile : elle s’impose à la fois parce qu'elle montre et "travestit" par tout ce que l'artiste insémine et dissémine. Au "classique"  seuil de visibilité se substitue ce qui bloque le passage au  fantasme, au  reflet " imité".

L’image ne fait plus - sous son côté apparemment sucré - une douceur. Sa surface dérape mais de la manière la plus "clean" qui soit, sans coulées ni coulures.  Elle devient une peau étrangement "fardée" dont l'aspect anthropomorphique est aussi proche (d'une sorte d'original) qu'étrange.  Elle est l’autre de l'autre qui d'ailleurs n'a plus de nom. Il prend un titre plus anonyme. Reste un sourire, un regard, une attitude forcés. L'ensemble porte les stigmates d'une inadéquation de l'être et de sa représentation. Le premier est neutralisé par l'outrance d'un subtil caviardage.

A l'image de type publicitaire et de magazines se superpose un autre processus que les manipulations "Photo-shop" renieraient sans doute. Mais l'objectif n'est pas d'embellir. Ni d'ailleurs d'enlaidir. Par des glissements warholiens une image plus naïve et sourde surgit en ce qui n'est plus  un espace de recouvrement ou d'un placebo iconographique qui viendrait nous faire du bien. Tout passe donc par les décalages que Sylvia Rouffet-Véronique ouvre avec subtilité.

Celui ou celle qui regarde est contraint de se demander que faire à faire avec de telles images qui ne "collent" plus. Restent devant ses yeux leurs mises en abîme par effet de projection et de "chute". Nous sommes donc jetés là devant, comme devant des cadavres grimés et qu'on n'a pas encore pris le temps de désosser mais que l'on a déjà embaumés. L'artiste devient l'esthéticienne cruelle mais élégante d'une pompe quasi funèbre qui à la torsion préfère le glacis où nous venons glisser.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.