Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Katherine Roumanoff

Katherine Roumanoff


Katherine Roumanoff :
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Cent énigmes de la peinture
de Gérard-Julien Salvy

Depuis des siècles, le langage de la peinture est riche en énigmes ou équivoques mystères du modèle ou de la main à laquelle on doit l'oeuvre, incertitude quant à l'identité du sujet, incohérence de sa représentation, contradiction troublante entre le titre du tableau et ce qui est montré, jeux illusionnistes liés aux vertiges du regard et au contenu crypté. Ce livre dévoile cent de ces secrets. Au terme de sa lecture, vous ne regarderez plus les tableaux comme avant!

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KATHERINE ROUMANOFF : POUPEES DE RUSSIE ET D’AILLEURS

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Qui parle ici ? Qui ment ? Certainement les titres des œuvres. « Mis à nu », « Limpidité », « Devenir soi malgré tout » : surtout ne vous y fiez pas ! Les œuvres font ce que leurs titres volontairement ne font pas.

Par découpes, superpositions, par théâtralisations faussement pittoresques l ‘artiste et ses poupées se moquent perversement des pauvres hères qui les regardent.  Voyez leur fausse candeur ! Voyez leur sérieux - elles sont obligées de se pincer hors champ pour feindre la gravité !  L'une est attachée à son néant au moment même où l’autre remet en jeu le change du destin. Mais bien malin celui qui pourra dire qui est cette une, qui est cette autre.

Tout tient à un fil : celui de la précarité malignement organisée par une couseuse ironique. Elle aime se jouer de celui qui du regard caresse les poupées afin d’y assouvir (inconsciemment on lui accordera) ses fantasmes.

Katherine Roumanoff est ravie de lui jouer des tours à coups d’icônes perturbés et perturbants.  Une fausse ibérique joue des cils pour faire le coup du charme avec sur lèvres le rouge du mirage. C’est donc ainsi que dans le temps de la femme comme en celui de l’attente (c’est le même au fond) l’artiste veut nous fondre et nous confondre. 

Plus question de lui opposer une résistance "active". La créatrice nous bloque en ses jeux de matières et de pans. Non, elle ne soulève pas le voile. La seule mise à nu en acte est celle du voyeur dont l’artiste se moque. Restent dans chaque pièce les traces de la matérialité de noces qui demeureront blanches…

Les représentations d’extases sont des chausse-trappes. Nul copulatio à l’horizon. Et nul besoin de transformer les femmes en Sainte Thérèse de l’enfant Jésus. Même pas en Marie Madeleine. Elles se suffisent à elles-mêmes dans une innocence mâtinée de cruauté. Oui tous les portraits de Katherine Roumanoff sont ceux de diverses « Cruella » en herbe ou en maturité.

Elles jouent les filles de l’air mais sont les musiciennes d’une étrange rhapsodie visuelle. Sous leur fausse naïveté pas question pour elles de s’abandonner à ce qui les exalte et encore moins à ce (ceux) qui pourrait les blesser. Elles ont mieux à faire.

Désirables sous les plans des voiles qui deviennent leur complexion, dans la proximité du nu et du vêtu, du convulsé et du révulsé, elles font du regardeur leur crucifié.  N’attendons pas pour autant qu’elles fassent le pied de grue sous la croix où elles nous ont cloués.  Même si leur vision d’extase et de béatitude relève d’un esprit ludique.

Simplement les poupées de l’artiste voient avec d’autres yeux (même lorsqu’elles les ferment) que les nôtres. Il faut les prendre comme Katherine Roumanoff les souhaite :  fausses myopes mais visionnaires de notre petitesse, déesses des métaphores généralisées d’un art aussi primitif que baroque. Elles se contentent de montrer de face leur visage devenu soudain la porosité fuyante de notre propre abîme insondable.
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Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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