Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Nancy Rubins

Mirondella,  
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Nancy Rubins

Née en 1952 à Naples (Texas, USA)
Vit et travaille actuellement en Californie.




NANCY RUBINS DYNAMISME DU CHAOS

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Installation (Josie Robertson Plaza, Lincoln Center, New York)

Monumentales et aériennes les sculptures de la Texane Nancy Rubins sont constituées de débris d'avions, d'appareils ménagers ou de matelas. Plus que l'ingéniosité il faut souligner l'errance que suscitent ses assemblages. Fragmentation, glissement, coulée qu'importe. Surgit une étrange géométrie de l'espace. Elle jouxte le chaoset délivre unsecret catastrophique du monde par le mouvement que chaque structure crée.  Reste notre émotion ou plutôt l'émotion créée par Nancy Rubins. Il faut ainsi passer par la perte dont elle signale le lieu, la perte irréductible qui différencie son travail aussi bien du deuil que de la mélancolie.

Mais les œuvres de l'artiste peuvent-ils nous sauver ? Nous ne pouvons répondre tant de tels travaux deviennent les témoins muets de nos déchets, bref de ce qui fut et ne fut pas, de ce qui est mais n'est plus vraiment. A savoir une absence - une présence in absentia  L'oeuvre appelle donc à la présence au moment même où  elle devient chaos ou ruine. C'est pourquoi les restes assemblés par l'artiste  prennent une valeur ajoutée inaltérable.

Surgissent par endroits des sortes un abcès de fixation dans les conglomérats. Là où le mal est fait, l'artiste nous montre de quoi il retourne. Ce travail de retrait et d’attrait, de fermeture  mais aussi d’ouverture  distribue  des traces "en souffrance" de  l'infinie distance qui nous sépare de ce que nous croyons posséder et qui nous fait jouir au sein de notre matérialisme Nancy Rubins prend le nécessaire recul pour envisager ce que celui-ci cache d'ombres.

Plus l'œuvre s'étend plus elle retient. Il faut accepter sa mesure et sa démesure. Sa force primitive aussi. Elle élargit le chaos mais demande un effort de réflexion. Une tension apparaît. Elle échappe à un code symbolique. La créatrice américaine invente des espaces qui atteignent une puissance supérieure car tout échappe. Non seulement "on passe entre les choses" (Bacon) mais entre les lignes et les surfaces loin d'une codification que nous appellerons d'"usage". On se trouve alors  proche de la "catastrophe" (Blanchot),  dans sa proximité absolue  là où l'homme découvre soudain s'il accepte le deal imposé par l'artiste ce qu'elle nomme "son rythme de croisière".

Dans cet univers étrange, intérieur et extérieur, dehors et dedans ne veulent plus rien dire. Et c'est là peut-être la plus grande découverte de  ce travail. Nancy Rubins crée des tensions par reconversion des objets. L'horizon plastique se nourrit d'une  sorte de retour au "sol" en une distorsion capitale. Une telle recherche ne se contente pas de libérer un espace optique.  L’oeuvre  remplace l'horizon et ses feintes par un "sol" au coeur même de la verticalité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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