Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Georgia Russell

Georgia Russell

georgia russell
courtoisie : England & Co Gallery

Née en 1974 à Elgin en Ecosse (UK), Geogia Russell a fait ses études au Royal College of Art (Aberdeen University). Plasticienne de renom, elle intervient dans plusieurs écoles d'art et universités de Grande Bretagne.



Cent énigmes de la peinture
de Gérard-Julien Salvy

Depuis des siècles, le langage de la peinture est riche en énigmes ou équivoques mystères du modèle ou de la main à laquelle on doit l'oeuvre, incertitude quant à l'identité du sujet, incohérence de sa représentation, contradiction troublante entre le titre du tableau et ce qui est montré, jeux illusionnistes liés aux vertiges du regard et au contenu crypté. Ce livre dévoile cent de ces secrets. Au terme de sa lecture, vous ne regarderez plus les tableaux comme avant!

»  Amazon


GEORGIA RUSSELL : BOOKS OF MOTION ( LE LIVRE CINETIQUE)

par Jean-Paul Gavard-Perret

L'Amour Fou (Andre Breton) 2009
Cut and painted book in oval bell jar - England & Co Gallery

Georgia Russel
L’artiste écossaise Georgia Russell propose une étrange spéculation livresque. Utilisant comme outil de son travail le scalpel elle ouvre l’art à une poésie fascinante et particulière. Comment ne pas prendre, pour parler de son œuvre, le titre d’un autre britannique (Peter Greenaway) : « books of motion ». L’œuvre plastique dans son rapport au support papier, à ses empilements et ses structures devient le moyen de créer ce que l’artiste nomme des « Livres anémones de mer, livres vulves solaires, livres hirsutes, livres masques primitifs, livres dentelles ». La plasticienne poursuit une série de livres extraordinaires qui prolonge des recherches antérieures. Après le livre de chair d’Artur Barrio et le livre peau de Greenaway, l’Ecossaise dissèque minutieusement les feuilles empilées pour en faire des structures à la géométrie complexe et cinétique façonnée de lanières et de fibrilles. Georgia Russell répond à la question "Que pouvez-vous tirer d’un livre ?" par son extraction au sens propre de son contenu et de son contenant. Elle les fait parler et se tenir autrement. Ils sortent de leur supposée sagesse et de leur platitude de surface par ébouriffage stimulant et sauvage.

Cette action n’a rien d’anarchique. Elle « dramatise » le livre pour qu’il sorte de sa thématique discursive. Il se transforme en un ballet. A son système prétexte à la spéculation et à la spécularisation se superpose une autre dimension. Il devient un livre non d’images mais un livre image, un livre statue (d’où les titres cités plus haut que l’artiste donne à ses œuvres). Pour Georgia Russell il ne s'agit pas de se servir du livre ou de l’asservir. Elle l’ouvre autrement afin qu’en gicle bien plus que la simple magie verbale. Et si ce type de sculpture peut être entendu comme l'art de l'illusion et de l'artifice, il peut être envisagé comme le plus cinétique des arts. Structuré selon une autre perspective, le livre devient de la manière la plus matérielle ce qu’en espérait Shakespeare : « l’étoffe dont sont tissés les rêves ».

Surgit une beauté inédite de l’espace livresque. Elle représente un enrichissement du sens par l’effet visuel. Georgia Russell recrée une magnificence de la matière et invite à une « lecture » des jeux de lignes, de leurs mouvements de circonvolution, d’inclusions de superpositions. Elle crée donc une seconde révolution du livre après celle initiée par Gutenberg. De « maquette » le livre devient bâtiment onirique construit sur divers types d’illusions d’optique. Il s’ouvre à un nouveau « point de vue ». L’artiste tient ainsi de la magicienne. Telle la Méduse elle nous fascine par un illusionnisme. Parlons plutôt d’une technique et d’une expérience intellectuelles, physiques et sensorielles. Une utopie est en marche. C’est plutôt rare de nos jours.
A sa manière l’artiste renoue avec le concept de la Renaissance créé par Thomas More. Elle n’invente par le livre idéal mais une alternative à ce qu’il est. Au moment où il est concurrencé par de nouvelles technologies Georgia Russell lui propose une alternative et un dispostif inédits. Son œuvre modifie les perspectives de l’objet qui lui sert de support. L’artiste lutte contre le caractère sacré de lu livre en le fétichisant. La sculpture crée - comme le texte lui-même mais selon d’autres codes - une ouverture sur le réel. L'illusion russellienne est donc une illusion nécessaire, elle répond à celle du sens par les sens.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

Fnac_expos2_728.gif