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« En tant qu’artiste et compositeur, mon travail s’est toujours polarisé sur les concepts du beau et du sublime. Pour moi, la beauté est cristal ; rationalité, précision, simplicité, élégance, subtilité. Le sublime est infini ;infinitésimal, immense, indescriptible, indicible. Les mathématiques relèvent de la plus pure beauté. Nombres, valeurs et formes dans leur parfait assemblage nous résistent.
Aborder l’esthétique du sublime dans les mathématiques constitue une expérienceimpressionnante, comparable à celle éprouvée quand nous considérons l’immensité et l’ampleur de l’univers ; nous laissant bouche bée.
Ce projet, par l’amorce d’un dialogue avec le mathématicien Benedict Gross et d’autres théoriciens, tente de définir un langage esthétique commun. » |
Dans le cadre du Festival d'Automne à Paris et pour la première fois en Europe se tiendra une exposition de l'artiste japonais Ryoji Ikeda. Fest ival d’Automne à Paris A noter également les représentations exceptionnelles de Datamatics[ver.2.0] |
DE L’INFINI AVANT TOUTE CHOSE
par Jean-Paul Gavard-Perret
Partie de data.tron (courtoisie Ryoji Ikeda)
Associé avec un chercheur de Harvard, le mathématicien Benedict Gross, Ryoji Ikeda poursuit son exploration des connexions entre l’art et la science. Et si pour Gross « la beauté mathématique est un plaisir à contempler » (de quoi ravir nos collégiens…), c’est à travers ses murs de chiffres comme dans « Data.tron » que l’artiste nippon cherche ce qu’il nomme « le beau et le sublime », concept qui pourtant se font rare dans le domaine de l’esthétique – ce qui n’est pas le moindre paradoxe…
Loin des bricolages d’installations chaotiques, le créateur revendique, et selon ses propres termes, « rationalité, précision, simplicité, élégance, subtilité ». Pour lui le sublime est infini, à savoir l’infinitésimal mais tout aussi le grandiose, l’éloquent et à l’inverse l’indicible. Et afin de faire toucher à cette sensation d’infini, Ikeda crée des colonnes de chiffres alignés comme des murs de perles sur lesquels ces nombres défilent de haut en bas en un rythme hypnotique.Une telle avalanche symbolise malgré tout la confusion momentanée de la raison qui ne peut plus suivre ; elle impose le silence au mental et oblige l’esprit à traverser différents états de conscience vers une autre forme de perception. L’artiste invente ainsi, via les laboratoires de Boston, une nouvelle calligraphie grâce à la rencontre (avec Gross) de deux mondes intérieurs et mentaux différents où la méditation à la fois sur les nombres et les images crée une œuvre aussi animée que lisse, formée d’infimes transformations perpétuelles de nuances, de point de vue et de lumière en relation avec les théories mathématiques les plus avancées. Il ne faut pas pour autant placer une telle œuvre dans le cyber art. On peut le rapprocher, au mieux, de l’art cinétique et de l’art vidéo. Dans son principe même « Data.tron » reste en perpétuel mouvement et refuse iconographiquement parlant d'arrêter le temps qui avance..
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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Ryoji Ikeda