Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Martine Salendre

Martine Salendre


Martine Salendre :
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Cent énigmes de la peinture
de Gérard-Julien Salvy

Depuis des siècles, le langage de la peinture est riche en énigmes ou équivoques mystères du modèle ou de la main à laquelle on doit l'oeuvre, incertitude quant à l'identité du sujet, incohérence de sa représentation, contradiction troublante entre le titre du tableau et ce qui est montré, jeux illusionnistes liés aux vertiges du regard et au contenu crypté. Ce livre dévoile cent de ces secrets. Au terme de sa lecture, vous ne regarderez plus les tableaux comme avant!

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MARTINE SALENDRE : LA GLACE ET LE FEU

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Il y eut le Rouge et le Noir en littérature, le blanc et le noir au cinéma. Il y a le rouge et le bleu dans la peinture et les pastels de Martine Salendre. On peut bien sûr interpréter ses couleurs par la symbolique et la psychologisation. Mais cela n’épuise pas tout leur mystère. Il faut plutôt les prendre pour des équivalents de la prière et de la sexualité sans pour autant accorder le bleu à l’un, le rouge à l’autre (ou l’inverse). La couleur lorsqu’elle fait sens n’a pas de traduction basique. Elle est ce qu’elle produit sans équivalence.
Chez Martine Salendre il n’y a donc pas que la couleur dans les pastels et les peintures. La couleur devient forme et résurgence, devient parfois une étrange femme phallique ou une forêt du même acabit . Elle provoque de subtiles assomptions ou volutes. La couleur possède donc un dessein, un destin. Une invective et un appel. Elle montre quelque chose (pas n'importe quoi) à quelqu'un (pas n'importe qui) où moment où elle naît et où elle devient elle-même afin que disparaisse les trop simples réflexes parasites d’interprétation. La couleur est en acte pour une prise de vue, une prise par le ventre, la matrice.
Le bleu et le rouge répondent à la nécessité de montrer en poussant la sexualité à son extrémité où existe un passage de l’âme à la tombée de l'inhibition capitale. Ce bleu et ce rouge oranger fomentent figuration et substance. Car si le Verbe put être de Chair, chez Martine Salendre la couleur prend le relais. Elle devient la conduite forcée à l’œuvre dans l’oeuvre. Son retour sans l'aller. Elle demeure aussi un fond, un bruit, un fluide, un flux. Elle est lumière et non éclairage. Elle représente l'imminence et l'impossibilité des contacts. L'union - l'exclusion. Où tout se joue entre l'ellipse - tournée vers le silence - et l'énoncé complexe - tourné vers l’image sans qu’elle reste pieuse pourtant.
D’où la nécessité du secret du bleu et l'impératif de la monstration du rouge orange. Entre le corps de la déesse-femme et le corps de l’image-mère surgit la bipolarité troublante  de  l’aigu et de la gravité, de la solitude et le silence. Surgissent la Femme érigée et l’érigeante. Avec le rouge et le bleu se sont soudain deux mondes qui se croisent et ne se chevauchent pas. « Pourquoi m’as-tu abandonné » dit l’un. « Que cherches-tu? » dit l’autre. Mais « Qui es-tu » dit l’artiste  aux êtres pour qui elle crée non une porte de sortie mais une montée au ciel.   Martine Salendre ne les plaque donc pas dans leur défaillance, dans leur panique.  Elle crée pour eux  plus que la possibilité de voir : l’impossibilité de ne pas voir.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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