CHERI SAMBA : L’ART AFRICAIN POST MODERNE
par Jean-Paul Gavard-Perret

L’art brut africain en particulier - via les surréalistes entre autres et Breton en particulier - a renouvelé profondément l’art du XXème siècle. Parfois non sans ambiguïtés. On considéra le continent comme un berceau des arts premiers en occultant les artistes de l’époque contemporaine. Peu à peu cependant les choses changent.
Pour preuves : André Magnin courtier d’art africain et commissaire d’expositions a réuni une collection de 12000 œuvres et Jonathan Zebina - à l’origine footballeur à la Juventus de Turin ! - est si passionné de cet art qu’il vient de créer à Milan la galerie « JZ Art » dont le but est de défendre les nouveaux artistes du continent. Autre preuve enfin : récemment lors d’une vente aux enchères chez Phillips à New-York un autoportrait de l’artiste prolixe Chéri Samba a été estimé à 60 000 dollars.
Il est vrai que Samba est devenu la coqueluche de l’art africain. Le peintre de Kinshasa a déjà fait l’objet d’une exposition à la Fondation Cartier en 2004. Il est le leader d’un genre qu’il nomme « peinture populaire ». Figurative et très forte en couleur celle-ci devient pour le créateur une occasion de se mettre en scène afin de dénoncer les scandales politiques qui gangrènent son pays et de montrer la société africaine victime du terrorisme, du Sida, etc.. Cela lui permet encore de reconsidérer les rapports hommes-femmes dans un monde en mutation.
L’autoportrait présenté à New-York s’intitule « J’aime la couleur » . L’artiste s’y représente avec le visage et le buste découpés et épluchés comme une peau d’orange. Il tient entre ses dents un pinceau qui goutte sur fond de ciel bleu mauve. Il y a là une sincérité et une authenticité remarquables. Se moquant des principes de l’art contemporain Samba peint compulsivement et son œuvre n’est pas sans rappeler celle d’un autre africain mort en 2005 : le Tanzanien Georges Lilanga même si ce dernier poussait beaucoup plus ses représentations vers la caricature qui le rapproche d’un Keith Haring lui-même très influencé par l’Afrique..
Samba montre clairement un monde écartelé avec plus d’innocence que d’impudeur. A l’abri des codes il va droit devant, ne cache rien, il avance. Il impose une place à l’art africain de son temps, une place qui jusque là lui a toujours manqué. Cet art ne bénéficie pas en effet de la promotion qu’ont connue les productions indienne et chinoise. Dans les dédales de sa peinture s’inscrit de manières franche des passages subreptices, méconnus.
Certains de ses personnages tel « Un candidat pas comme les autres » montre un politicien qui tel un pantin est pris dans les amarres qu’il a lui-même tissé. Le rêve et la réalité bouleversent la représentation et nous éveillent à une autre manière de concevoir ce que nous nommons trop vite la peinture figurative. Celle de Samba est plus complexe qu’il n’y paraît. Elle se charge d’une sorte de symbolique faite d’éléments anodins. Cela permet d’explorer un champ de virtualités spatiales, lumineuses, colorées.
Sous l'aspect plutôt cru il n'y a nulle cruauté mais plutôt une sorte de bienveillance. Elle oscille entre le narquois et le sarcastique. Avec toujours au centre une silhouette de vie venue des miroirs de l'artiste. Ce dernier brouille comme personne les pistes du pinceau. Ses clartés vont crescendo. Il faut s'abandonner à la convulsion de ses images et dans de l'azur de ses flammes. S'y éprouvent la chimie et l'alchimie de diverses poussées de volupté dans sa pénétration du monde. Il arrive que dans une telle œuvre l'homme se fasse femme. Son pubis devient un volcan de lave bleue.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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