Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Patrick Sapin

Patrick Sapin

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L'artiste et les commissaires :
de Yves Michaud

L'art n'est plus fait par ceux qui avaient l'habitude de le faire, mais par ceux qui le montrent : gens de musée, fonctionnaires de l'art, collectionneurs, communicateurs et mécènes. Aux artistes se substituent les commissaires : commissaires d'exposition, commissaires à la circulation, commissaires priseurs. C'est le monde de l'art qui fait l'art. L'ouvrage d'Yves Michaud n'use pas de ce constat pour dresser un procès contre l'art contemporain, pas plus qu'il n'y voit le couronnement d'une approche seulement sociologique de l'art. C'est plutôt pour lui la condition actuelle de l'art, l'horizon dont il faut partir pour en parler. Ce qui n'implique pourtant pas un relativisme total. Sans mettre en avant d'a priori esthétique ou moral, ce livre montre que l'art contemporain peut exister tout en s'affranchissant de toute référence à l'œuvre et au public.
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PATRICK SAPIN : NECESSAIRE ELOGE DE L'INUTILE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 


Il y a dans les objets sans objets de Patrick Sapin des arrêts, des écarts, parfois même des éclatements. Au lieu de suivre bêtement le réel, de l'épouser dans le seul souci de l'utilité ils restent célibataires car recomposés selon les hybridation de l'imaginaire de l’artiste et les matériaux inadéquats qui les métamorphosent en sculptures ou marionnette sans pour autant que celle-ci aient un quelconque vocation autre que de témoigner de leur splendide et ironique vacuité.

 Patrick Sapin démonte le sens non pour que "ça" ne marche plus mais afin que cela fonctionne autrement. Du coup bien des questions se posent. Mais jamais les bonnres. Uniquement les plus vaines donc les plus intéressantes. Plus question de savoir "A quoi ça sert ? " ou "Comment ça marche ?" il y a mieux à faire. Outillage, colles, vis, boulons, clous, fil de fer et ficelles en tous genres sont les filières de choix pour la levée d'un monde où  rien ne se conjugue et où tout enraye les standardisations aussi bien d'usage que de représentation

Altruiste autant que clown l'artiste (dont le nom  est d'un bois dont on ne fait plus les cercueils mais  les mises en boîtes) ouvre sa création et la prolonge par des ateliers qui " s’adressent aux enfants de 4 à 104 ans". Sapin les encadre pour mieux les décadrer et afin que l'utilitaire ne possède pour eux plus de salut. Il leur enseigne comment les matières dressent un pal  pour rien ou crée une forme qui pend pour le plaisir de pendre en un suprême non-sens.

L'objet  créé devient un médium égaré mais qui dérive vers ce qui s'ignore mais dont l'artiste crée l'anatomie qui n'existe pas. Mais contrairement à ce qui se passe dans la post-modernité le saut du réel à l'imaginaire n'est pas produit par des images virtuelles mais par des assemblages physiques qui détournent un état physique mais en y demeurant.  C’est ainsi qu’à la rationalité et au matérialiste physique Patrick Sapin offre une nécessaire impossibilité et d’indispensables vices de formes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.