Artistes de référence

Antonio Sassu

Gruppo Sinestetico

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Gruppo Sinestetico : le site





ANTONIO SASSU ET L’ENGAGEMENT

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

courtoisie Gruppo Sinestetico : Take a number

Antonio Sassu est né en 1950. Il a créé le « Gruppo Sinestetico » avec Matteo Albertin, Massimo Perseghin, Takeshi Shimizu. Il en a écrit le manifeste en 1999 et il est à l’intiative d’un grand nombre d’expositions, performances et installations du groupe. On peut citer le MIART 2000 et 2001 à la Galerie Milan Art Center de Milan, « Terre del Delta In Margine Performance » (video) au  Centro S.Basilio Ariano de Rovigo, ou encore « From my hause project » à Londres. Ce ne sont là que quelques exemples ponctuels d’une activité internationale et pluri disciplinaire quant aux types d’art abordés : de la vidéo la plus sophistiquée au mail-art le plus simple.

La  force de l'analyse de Sassu n’a d’égal que sa propre créativité et  l’énergie qu’il met à l’animation de son groupe. Loin des glacis, des jeux délicats de reflets et de moires, loin aussi des harmonies subtiles,  l’artiste italien opte pour une approche critique et incisive. Le plus actif des membres du Gruppo Sinestetico  a toujours refusé l’art comme simple produit muséable et à forte valeur marchande ajoutée. L’art reste avant tout pour lui objet d’intervention critique en prise constante sur les problèmes esthétiques et politiques de son époque.  Son propre travail demeure en perpétuelle évolution vers une forme d'épure qui tente d’approcher l'essence même de l'objectif qu’il s’est fixé.

Dès ses premiers travaux (un peu à l’image d’un Ben en France) Sassu affronte la question de la figure et de l'abstrait pour la déplacer vers un art plus conceptuel en une sorte de rectitude ou de droiture formelle qui se moque des canons esthétiques qui ferment sur eux mêmes.  L'artiste a souvent multiplié ses propres commentaires ou précisions politiques sur son œuvre. Mais la partie réflexive reste moins convaincante que la pratique plastique même si elle a été jugée cependant non recevable au nom même du discours du peintre.

Il existe chez lui, en dépit de son caractère de chef de file,  une absence de didactisme et une forme de liberté créatrice. Rien n’y est plombé par la pesanteur d'un discours idéologique. Toutefois il convient de saluer la lucidité portée par l’artiste sur ses productions et l'analyse de la peinture par rapport au politique. Son œuvre garde la particularité de pousser l'art dans ses termes les plus essentiels.  Au moment où nos sociétés cherchent à se rassurer en accordant par exemple un « prix » à la  seule signature, Sassu demeure sourd à une telle conception. Son travail et son engagement font leur cours. Sourdement l’artiste italien fait lever de jeunes artistes qui continuent de chercher là où  il a lui même gratté jusqu’au point de rupture qui n’est pas pour autant une fin et une cassure. Il s'agit d'un mouvement qui attire les différents arts pour les jeter les uns vers les autres. Ce point de rupture est donc le contraire de la séparation et de la division.

De reprises en reprises, de segments en segments Sassu sème l'épars et l'homogène, le flux persistant, la dispersion insistante. Au sein de cette confrontation communicante il montre une unité secrète du monde. A nous d'en tirer les conséquences : aller au bout de la « maladie » de l’art et ce qu’il peut permettre de comprendre sans se soucier des lois du beau et de l’obéissance. Sassu veut que tout artiste ne se contente pas de  piétiner  ses propres labyrinthes : il leur demande de savoir de quoi ils sont faist et pourquoi ils les retiennent. Créer pour lui revient à avancer à tâtons et en luttes perpétuelles vers d’autres avènements.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.