Artistes de référence

Stephen Shanabrook

Stephen Shanabrook
le site


Mirondella
galerie d’art en ligne

;

Exposition permanente

Expositions trimestrielles

Candidature : info@arts-up.info



Collection Palettes , l'intégrale - Coffret collector 18 DVD
par Alain Jaubert

Palettes: une série de films consacrés aux grands tableaux de l'histoire de la peinture.Grâce aux plus récentes techniques de l'animation vidéo , les secrets des images sont racontés comme autant d'aventures dans le plaisir et la découverte. Cette intégrale présente une collection de 50 films , une exploration de 50 tableaux de maître par Alain Jaubert. Disponibles pour la première fois: 4 dvd inédits(Le Caravage , Véronèse, Kandinsky , Bacon...) ainsi qu'un entretien exclusif avec Alain Jaubert sur l'histoire de Palettes. 

» Amazon


SHANABROOK : LA MEMOIRE MOUVEMENT
par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Courtoisie : Stephen Shanabrook
On the roas to heaven the highway to hell
remnants of the suicide bomber - cast in dark chocolate

Né à Cleveland en 1965 , Shanabrook  et travaille à New York City et Moscou.  Fils d’un obstétricien et d’un officier de police judiciaire il a travaillé dès son enfance pour une chocolaterie dans une petite ville de l’Ohio. Réunissant ses influences antagonistes, l’artiste a développé une vision singulière de la beauté à la frontière de la mort, de la douleur et de la ruine. Il donne un sens souvent dérangeant à des matières et des formes associées au confort, au bonheur ( chocolat,  jouets en plastique, sculpture classique).

Il s’est d’ailleurs fait connaître  pour ses chocolats moulés au départ de corps blessés, dans des morgues russes et américaines. Ces signes mortifères reprennent temporairement place parmi le monde des vivants. Ils participent au plaisir de vivre, avant de disparaître à nouveau à travers l’ingestion et la  digestion.  De ce projet célèbre intitulé « Morgue Chocolates » l’artiste a tiré « On the road to heaven the highway to hell » sculpture en chocolat du moulage des restes d’un kamikaze. Paradoxalement, le traitement classique de l’œuvre donne à voir sous un aspect paisible cette forme dans d’autodestruction consentie. Cette sculpture a déjà fait polémique outre atlantique en raison de cette combinaison parfaite entre forme classique intemporelle et annihilation contemporaine. Une controverse similaire a surgi lorsque le créateur a inventé un processus d’assemblage puis de compression d’objets en plastique. Utilisant ces matériaux, déchets de la société actuelle, Shanabrook modèle des images aussi pétrifiées que vivantes de la culture contemporaine.  A travers ce travail il traite de deux peurs qui fascine et traumatise la société du temps. La célébrité d’un côté, la mort de l’autre.

En observant la manière dont nos sociétés traitent la mort qui doit devenir invisibles et comme interdite l’artiste montre combien celle-ci devient un tabou plus fort que celui du sexe. Que souvent des parents ne permettent pas aux enfants d'assister à des enterrements afin de les protéger contre la nature traumatique de la mort et de l’image de la mort n’est pour lui pas innocent.  Ce qui est interdit est donc nié. Mais cela provoque des retours traumatiques d’un refoulé. Et c’est toujours la nature traumatique de la mort que l’auteur explore. En la liant à la culture de la célébrité, en tant que nouveau type d’obsession il en accentue la puissance du trauma. Les célébrités sont en effet devenues les modèles identitaires de chacun. A leur aune tout le monde peut espérer devenir célèbre puisqu’il s’agit de savoir bien vendre et mettre en scène son image. Cela permet de croire aussi que chacun peut devenir séduisant et éternellement jeune, si seulement un travail est pratiqué sur son image. Dans ce monde  « people »  il semble n'y avoir aucune place pour la mort et la déliquescence. Or Shanabrook brûle des poupées de célébrités de sorte que le plastique dont elles sont faites fonde en d’effrayants objets écrasés. Par cet actionnisme  l’artiste prouve comment un objet de fascination peut  se transformer :en néant. A la sublimation, à l’objet inaccessible d'admiration ou de désir reste un rebut, une cendre qui  provoquent le malaise et l'inquiétude. De l'objet du désir il ne reste plus rien.

Mais quand Shanabrook associe de nouvelles célébrités comme Zidane, Bruce Willis  à de vieilles figures mythologiques un autre pas est franchi : il illustre  de manière ludique la mystification de la postmodernité qui comme toute société  tente d'offrir une solution aux problèmes du sujet avec la mort et le désir à travers le culte d’images « pieuses » plus perverses que les anciennes car elles avancent masques. Quant au projet « Mémoire Confetti » il est basé sur la notion de la mémoire humaine et ses chemins chaotiques. L’artiste montre combien il est impossible de diviser nos propres mémoires. Nous sommes en effet enserrés dans une avalanche d’images. Face à cela l’artiste  a collecté puis refabriqué des images en diapositives de 35mm. Elles sont ensuite découpées dans un robot de cuisine pour créer un  « état de « chaos ». Les pièces sont alors filmées au moment om elles flottent sur un bain d’huile. En résulte ce qu’il nomme  « « une mémoire mouvante ». L’image du film, se transforme en représentation kaléidoscopique de la mémoire collective parcellisée. « Quand la colère chantera les débris voleront » est l’une des œuvres majeures de cette série image d’un suicide collectif annoncé et d’un espoir désaffecté.

Un  nouveau corps mémoriel s’inscrit littérairement. Il est le fruit d’une démarche complexe et lente que certains peuvent vivre comme une spoliation iconoclaste de mauvais goûts. C’est peut-être à eux que s’adressent en premier lieu de tels oeuvres. L’image y possède soudain un statut inconnu qu’ils préfèrent rejeter à l’horizon – car par définition il est inaccessible...  Ils oublient que cette mémoire  en raison aussi de son agrandissement fantasmé, devient objet de crainte qui a de quoi les « pères-turber » . Toujours est-il qu’une archéologie de l’être et de la société est reconstruite par l’artiste américain. Il s’agit d’expérimenter une autre approche pour accéder au plus profond des êtres au delà des « genres » et des « images »  tels qu’ils restent habituellement  gravées dans notre mémoire. Il convient d’atteindre ce qui échappe à notre construction mentale et  nous spolie  de notre identité.  Et si Shanabrook n’est pas en ce domaine un pionnier son rôle n’est pas pour autant secondaire.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.