Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Hanna Sidorowicz

Hanna Sidorowicz

sidorowicz

représentée en permanence à
la galerie ARTE VIVA depuis 1998



Guide juridique et fiscal de l'artiste :
s'installer et choisir son statut,
promouvoir et protéger son oeuvre
de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création. Cette 4e édition, entièrement actualisée, apporte des réponses claires et documentées aux questions juridiques, fiscales ou sociales que se posent les artistes pour : s'installer (statut juridique, choix d'un atelier, aides, obligations, statut social, impositions) ; vendre (détermination du prix, facturation, recours en cas d'impayé, vente en galeries, en salles des ventes, sur lnternet) ; tirer parti de la législation en matière d'oeuvres d'art (mécénat d'entreprise, dation, exonérations fiscales, TVA) ; s'entourer de professionnels (contrats avec les galeries, agents d'art, attachés de presse, relations avec les commissaires-priseurs) ; se protéger (droits de l'artiste, assurances, protection des oeuvres).

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ANNA SIDOROWICZ : EPREUVE DES SOLITUDES

par Jean-Paul Gavard-Perret

sidorowiczHanna Sidorowicz, « Œuvres récentes », Levallois-Perret, Octobre 2010..

Isolées ou en groupes, richement vêtues ou plus humblement affichées les femmes d’Hanna Sidorowicz semblent parfois des êtres calcinés qui forment pourtant le seul aperçu sur le monde et son futur. C'est justement parce que le nôtre est de plus en plus provisoire et dérisoire que le travail de l’artiste fascine dans une série d'échange entre le plein et l’épure au cœur d’une formalisation qui devient opératrice afin de questionner le réel. Aux seins de références implicites à de grands anciens (de Seurat à Giacometti) les femmes deviennent des spectres qui rendent compte de la "spectralité" du monde. Surgit une vision grave, taciturne mais pourtant ardente aussi violente que paradoxalement apaisée tant par le choix du «noir et du blanc » que de la ponctuation ça et là et parfois de rouge.

De telles silhouettes insolentes et dérisoires, parfois éperdues mais le plus souvent perdues, procurent des émotions lancinantes et complexes voire une forme de sidération par les interrogations qu'elles suscitent. Elles dépassent le pur plaisir esthétique. Hanna Sidorowicz les  rend obsédante.  Ses visions marquent une hantise de l'entrave dont la créatrice veut libérer ses oeuvres comme si elle voulait réparer le trauma d'une époque qui croule sous les images aussi répulsives qu'attirantes mais qui entraînent vers un lieu d'enfermement, d'impossible séparation entre le réel et sa représentation. Ici l’enfermement et la séparation ouvrent sur quelque chose de plus profond : la solitude et l’errance. D’où leur hantise et leur prégnance d’où émerge une sensation quasi tactile de l'espace dans lequel les femmes errent souvent sans visage.

Hanna Sidorowicz crée un parcours initiatique qui provoque un ravissement mais aussi - car il faut bien appeler par son nom - le tragique de situation où l'être semble perdu en une sorte de non-lieu que la créatrice souligne par la perfection de son travail. Celui-ci possède quelque chose d'harmonieux et d'accompli. Jamais loin de la perte d’existence l'artiste atteint une forme d'essence de clarté par ce dépouillement majeur où l'art semble se dérober mais résiste.  Feinte d'incarnation, la peinture devient le lieu où l’être est livré au vertige sans pouvoir s’appuyer sur la moindre diégèse d’un décor (sinon sobrement esquissé). Franchir le seuil de tels lieux « infigurables » crée un étrange effet de miroir. Il devient une mise en abîme. C’est la manière de nous sortir de la psyché qui n'est rien d'autre qu'un tombeau pour nous porter vers d’autres abysses.

L'artiste nous situe autant devant le corps que devant son fantôme, au seuil de l'obscur et de la clarté, du dehors et de dedans. Opaques par leur densité, comme translucides par leur traitement de surfaces, les peintures sont à la fois des fenêtres et des murs. Elles nous enferment dans notre antre funéraire mais elles flambent de ce qui n'est pas la lumière exactement mais la lueur du vivant même lorsque ce qui est montré reste plutôt cruel. L'exercice de la cruauté fait d'ailleurs l'essence même d'une œuvre qui toutefois ne se contente pas de la monter en évidence. Cette cruauté est plus subtile. On peut ainsi parler d'un "réalisme" particulier qui inclut une angoisse mais aussi une jouissance : car elle nous confronte à notre propre désert.

Par l’épure de la matière même  se crée une forme d'abstraction. Elle retient l'essence de l'être et du peu qu'il est en une conjonction de l'universel et du singulier, de l'émotion et de la pensée. Hanna Sidorowicz impose le pouvoir d'une  ontologie visuelle. Elle lutte contre le processus des saturations des images où trônent l’ostentatoire purement ornemental. Elle le « détourne » pour lui donner une autre puissance. Et à travers ses femmes elle pose la double question : “ qui nous ? ” et  “ Sommes-nous ? ”. Ses silhouettes deviennent des métaphores agissantes et situent la question du rapport au monde en question de survie.  La beauté plonge dans l’obscur mais n’a rien à prouver sinon elle-même. Hanna Sidorowicz propose donc  une autre manière de voir, de sentir nos états de victime et peut-être de toucher cet arpent de vérité et de liberté qu’on a oublié de réclamer. Cela ne veut pas dire que l’artiste veut changer le monde mais soudain quelque chose bouge.  Créer revient à se livrer à une confrontation avec un art privé de parole mais qui obsède dans sa volonté à la fois de “ ruiner ” le falbala des formes tout en préservant des fragments sublimés capables de toucher à la parole impossible, à l’impossible de la parole plus qu’à l’impossibilité de parler.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.