Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Victor Sloan


Guide juridique et fiscal de l'artiste :
s'installer et choisir son statut,
promouvoir et protéger son oeuvre

de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création. Cette 4e édition, entièrement actualisée, apporte des réponses claires et documentées aux questions juridiques, fiscales ou sociales que se posent les artistes pour : s'installer (statut juridique, choix d'un atelier, aides, obligations, statut social, impositions) ; vendre (détermination du prix, facturation, recours en cas d'impayé, vente en galeries, en salles des ventes, sur lnternet) ; tirer parti de la législation en matière d'oeuvres d'art (mécénat d'entreprise, dation, exonérations fiscales, TVA) ; s'entourer de professionnels (contrats avec les galeries, agents d'art, attachés de presse, relations avec les commissaires-priseurs) ; se protéger (droits de l'artiste, assurances, protection des oeuvres).

»  disponible sur Amazon

VICTOR SLOAN : SURFACES DE REPARATION

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Tout le travail de Victor Sloan illustre la difficulté de se battre contre sa propre appartenance et de mettre à l’œuvre dans son art les propres tensions héritées de celles de son pays d’origine : l’Irlande. Dans ses interventions plastiques consacrées aux célébrations protestantes de Londonderry le geste de l’artiste révèle sa difficulté à se défaire de ses origines religieuses au sein d’images qui ressemblent à des champs de bataille.

En surchargeant les images de presse de signes graphiques personnels Sloan produit toute une réflexion sur les mécanismes de l’identité. Il travaille souvent  à la frontière de la photographie et de la peinture. Il gratte la surface de négatifs avec des instruments coupant et appose des touches de gouache ou de solvant sur ses tirages. Son geste profanateur fait d’ailleurs écho aux graffiti et autres cris graphiques qui en Irlande plus qu’ailleurs permettaient à la haine et à la colère de s’étaler. Témoin de scènes vues il en possède donc une expérience directe.

Toutefois Sloan ne se veut en aucun cas reporter. Son travail se fomente à l’épreuve du temps dans lequel l’altération devient la manifestation plastique du travail du souvenir et de ses déformations. Les traces laissées par l’artiste de manière non aléatoire rendent la lecture volontairement malaisée et introduisent le doute là où habituellement l’image possède une valeur contestable de « vérité ». 

La photographie quitte sa fonction d’indice au sein d’effacements partiels. Dans « Waving Flags » de la série « Drumming »  des taches et des « écharpes » de drapeaux font disparaître la silhouette de fillettes. Dans la série « Belfast » les pastellisations à l’huile sur des épreuves argentiques créent une tension entre l’abstraction et la figuration. Elle accentue  le mensonge des effets de réel et multiplier la violence des défilés. La neutralisation apparente du support documentaire  se trouve rehaussée plus que parasitée d’interférences qui rappellent divers types d’oblitérations idéologiques  que de retours du refoulé.

Un invisible latent devient alors perceptible de manière bien plus pertinente que dans tout type de réalisme. L’ajout, l’éraflure, la biffure matérialisent non une censure mais soulignent par irruption ou lacération une réalité et sa lecture avec tous les doutes qu’une telle vision suscite loin de parti pris politiques et religieux partisans. A la profanation iconoclaste du monde l’artiste oppose donc sa propre défiguration.

Victor Sloan non sans un certain courage pour se dédouaner de son « camp » fait parti des artistes qui imposent au leurre leur propre feinte. Il livre une lecture par superposition du réel qu’il renforce parfois au sein même de son travail de diverses superpositions de négatifs. Dans « The Birches » par exemple un négatif qui représente un orangiste et un autre qui figure un paysage de marais proposent l’union impossible de l’autorité anglaise et de la nature irlandaise tout comme le bourbier dans lequel une telle politique s’enfonce.

L’œuvre de Sloan est l’exemple parfait d’un travail symptôme capable de monter comment se fabrique la vision de l’histoire et le rapport que nous entretenons avec elle. Celui qui semble brouiller les pistes inscrit donc une vision plus juste par altération. Chacune de ses œuvres devient une altercation de divers éléments tirés de l’histoire. Aux parades consensuelles ou partisanes l’artiste propose son propre barrage. Il pousse à un questionnement qui n’est plus simplement « de surface ».

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.