Artistes de référence

Pépé Smit

Pépé Smit

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Contrats du monde de l'art de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière : contrat d'exposition, de commande, de projet artistique, accord de dépôt-vente, bail d'atelier, mandat d'agent d'art, cession de droits de reproduction, etc. Après avoir précisé le cadre juridique des droits de l'artiste sur ses œuvres, les règles de rédaction et négociation des contrats du monde de l'art, il propose 25 modèles de contrats expliqués et adaptés aux exigences actuelles du marché de l'art.
Pour chaque contrat, l'auteur étudie le contexte légal et jurisprudentiel, donne un commentaire pratique sur les différentes clauses proposées et fournit un mémo de négociation, pour savoir le négocier et pouvoir l'adapter.
A la fois théorique et pratique, l'ouvrage offre aux artistes, aux professionnels du marché de l'art et à leurs conseils un support de réflexion et une aide à la rédaction des contrats indispensables à la sécurisation des relations sur le marché de l'art et la défense des créations artistiques.
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PEPE SMIT : « SOPHISTICATED LADY"
par Jean-Paul Gavard-Perret


Pépé Smit -Vagina Dentata #2, 2008
Paysages des dessous, part d'ombre, clarté aussi, clarté de céramique, ombre portée, comme l'on porte un vêtement. Pepe Smit en soulève le voile. Il y a dévoilement. Pour sortir la femme de l'ombre, la révéler au sens photographique, cinématographique à partir du noir vers le blanc

L'artiste joua d'abord de l'opacité, de l'étendue, de l'horizontalité mais s'approprie de nouveaux « calques » par jeux de transparences, de superpositions, de verticalité, de reflets. Semi-ombre et demi clarté sont deux notions qui tissent et traversent toutes ses représentations. La pénombre - mémoire en creux - révèle l'exemple constant d'une topographie variable des perceptions et des expériences : c'est pourquoi il faut se perdre dans ce creux. Pour ressentir en une semi-clarté l'ampleur d'une vacuité, d'une absence, le poids de l'ombre, sa forme, sa couleur, son étrangeté, une réponse en négatif à l'œil solaire ».

Dans ce qu 'on peut appeler un pari ou un geste de remise symbolique l'artiste replace le féminin au centre et déplace les débordements de puissance masculins. Soudain il n'existe plus de planche de salut pour sa mise en ordre du monde. Pepe Smit offre un nécessaire désordre parfois drôle et de plus en plus classe. Depuis des années l'artiste par une approche successive d'approximations demande au spectateur une disponibilité et un relâchement de ses réflexes acquis.

L'indifférence est impossible puisque l'artiste nous fait entrer dans un travail de reconstruction là où notre regard n'est plus ajusté à ce qu'il voit par rapport à ce qu'il a appris à voir dans la femme et sa nudité.. L'artiste hollandaise donne à contempler ce qui va au delà du " réel dénudé " dont parlait Bukovski. Il s'agit de le dépasser en se réappropriant des codés féminins - interprétés jusque par les hommes - de manière personnelle et subjective.

Au sein même de la nudité et d'une certaine forme d'érotisme surgit quelque chose de plus profond. Parfois de violent. Parfois de drôle et de provocant. Une vision apparemment "naïve" mais afin de faire sourde ce qui ne sert plus dans la femme uniquement à faire carburer du fantasme. Le fondamental ici reste d'arracher le statut de l'image féminine d'une économie libidinale frelatée et qui par sa « myopie » remet en cause les sensations, les émotions et les associations les plus profondes au profit d'une pelure plus que d'un fruit.

L'esthétique de Pepe Smit fut d'abord très chirurgicale. Elle jouait de l'obscénité contre une forme d'exhibition pornographique. Mais de plus en plus l'artiste s'oriente vers une forme de sophistication qui ne se perd pas dans les falbalas kitsch mais une forme de minimalisme. La créatrice obtient ce que Marguerite Duras avait rêvé : « l'image où l'Autrefois rencontre le Maintenant, en une fulguration, pour former une constellation neuve ».

L'artiste réinvente le nu, la femme, le portrait, l'autoportrait à sa « main » afin d'en faire une activité de l'Imaginaire, mais d'un imaginaire particulier : celui qui repousse les images toutes faites afin de faire germer non des représentations de cire mais des re-présentations de circonstances à coup de stances, d'expériences perceptives particulièrement rares puisqu'il s'agit à la fois d'expériences élémentaires au sens " watsonien " du terme (" Bon sang, mais c'est, bien sûr ! ") et des expériences les plus complexes.

La créatrice en conséquence pose les problèmes fondamentaux du voir une femme. Renonçant au corps joué, s'éloignant parfois du visage - même si l'artiste avoue avoir du mal à se détacher de la figure - l'artiste batave entretient une relation double avec l'image puisque celle-ci représente du corps mais aussi sa métaphore en partant toujours d'un témoignage direct et quotidien (vécu ou emprunté mais dans la mesure où elle peut le faire sien).

Dès lors, et même si le spectateur est inséré dans une situation perceptive dont il connaît le « jeu », les transformations procédées par l'artiste (le décadrage par exemple) font que la boucle n'est jamais bouclée. L'image est directe mais dans le différé. C'est au spectateur d'effectuer un travail de transformation, de transcription à l'image du processus que la créatrice a tramé dans des couleurs de plus en plus douces, apaisées.

Pour autant ce qui est donné à voir n'est pas simple, n'a rien d'une évidence. Tout est subtil dans de telles images plus « phos » que « neos ». Pepe Smit ne cesse de demande au spectateur une disponibilité et un abandon de ses réflexes acquis même s'il elle joue (en habile traîtresse !) parfois avec.

L'image (comme la femme) n'est plus la fleur ou la propriété de l'homme. Elle retrouve son identité, son intimité et divers types de sexualités. Si bien que l'oeuvre renvoie le spectateur non à sa propre image narcissique mais à ce qu'il a fait des autres. Et à lui de se débrouiller avec cette motricité et cette charge dynamique.

Et si pour les mâles il semble parfois que les femmes (comme les enfants…) sont coupées du monde et qu'elle rêvent, 'artiste rappellent à ces farceurs qu'ils y a loin de leurs fantasmes aux lèvres. Elle leur rappelle qu'ils vivent comme le reste d'une peuplade perdue dans leur tête. L'artiste leur apprend à sortir de leur histoire afin d'atteindre un peu plus de réalité.

Et l'artiste apprend ainsi que l'amour est non seulement le philtre mystérieux qui unit et sépare mais aussi le filtre contre la réceptivité organisée, à l'hospitalité sociale masculine, sélective, qui ne cesse de trier et ne peut accepter la passion qui dérange son ordre. La femme façon Smit s'inscrit toujours en faux contre la convention collective des pactes sociaux. Elles deviennent la fausse note qui vient perturber le choeur masculin antique de l'ordre et sa stupeur organisée.

Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.