Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre SOULAGES


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SOULAGES : L'ŒUVRE AU NOIR, LA PEINTURE AU CARRÉ

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Soulages, Retrospective, Centre Pompidou, Paris.

 

Tout commence. Se souvenir des premières "oeuvres" du peintre. Soulages enfant incisant de grandes "balafres" noires sur des feuilles blanches. Lorsqu'on lui demandait ce qu'il dessinait, le futur peintre répondait : "je peins la neige".

Se souvenir aussi de la première image qui le fascina : le lavis de Rembrandt intitulé la femme couchée. Là la première expérience de la peinture. Soulages, cachant le visage de cette femme, comprend que dans un tel lavis le noir et le blanc fonctionnent tout seuls. Ainsi la vie des lignes - rien que des lignes - le guérit de l'image. Il ne s'agit plus de chercher des analogies, de l'analogie avec la réalité, avec l'apparence.

Avec l'année 1972 s'imposent les bandes souples, ce qu'on a appelé les "grands calligrammes" (P. Encrevé). Mais Soulages voit là trop d'émotion. Et soudain il renonce au blanc. Le fond redevient ocre mais aussi gris jusqu'à ce fameux "un jour de 79", jusqu'au jour de La Révélation. 

Recouvrant totalement sa toile de noir jusqu'à "l'épuisement", le peintre découvre un autre fonctionnement de la peinture. Avec le noir - rien que le noir - il touche à une région secrète, essentielle. Il touche à la "lumière du noir" (Éliane Burnet). Lui seul permet de voir la couleur, de voir le blanc.

Après des recherches interrompues pour d'autres travaux (vitraux de l'abbatiale de Conques - 1992-1994), en 1996 surgit une nouveauté. Soulages joue sur les bandes de noir. Une bande centrale (fond acrylovynilique à l'état brut qui absorbe la lumière) entourée de bandes travaillées qui jouent avec la lumière  mettent une nouvelle fois, mais de manière différente, en évidence que le noir n'est pas une simple couleur (ou une absence de couleur) mais qu'il  est à lui seul  la couleur, toute la couleur.

Le noir est un tout avec une multitude de possibilité. Le noir n'est pas le charbon d'un bûcher éteint, il est un charbon ardent qui résonne. Le noir devient cette dynamique féconde qui n'immobilise plus le tableau.

Se souvenir enfin de ce que Soulages nomme "la révélation". Sur un mûr le peintre découvre une tache de goudron, oblongue et rebondie. D'emblée l'artiste en gestation est séduit par la matérialité, la viscosité, "la transparence liée à la cohérence" de cette tache de goudron. Il découvre ainsi "l'autorité du noir" et la force de sa pesanteur.

Peindre la neige, percevoir le fonctionnement autonome des lignes et de la matière. Contre l'apparence, l'apparition. Tout commence.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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