Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Nadia Spahis

Mirondella
galerie d’art en ligne

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Exposition permanente

Expositions thématiques

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NADIA SPAHIS : CE QUI N'ARRIVE PAS

par Jean-Paul Gavard-Perret

nadi spahisNadia Spahis telle l'amazone d'Afrique du Nord donne par ses "érogènes", "icônes", "dolls", ses "femmes de pub" à  travers divers techniques souvent mixtes, des jeux de camouflages et d'hybridation une nouvelle figure à la modernité. La jeune artiste mixe à la fois des figurations à la Gilbert et Georges, un  paradoxal néo-réalisme onirique et une métamorphoses des images "pieuses" ( cf. sa "Madonna"…) des mythologies contemporaines. Se situant sur les traces des apparences elle pénètre leur mystère par la matière sensation, la matière émotion. 

Couleurs et vibrations s'inscrivent parfois avec violence pour créer une intimité inattendue née à la faveur des recoupements et des renversements. Car sa peinture ne recouvre pas : elle découpe et transfigure. Contre le noir la créatrice propose  un passage et un renversement par tractions, poussées, recompositions lumineuses. Des éléments hétérogènes sont introduits parfois afin de diffracter la clarté en un emmêlement de convergences au sein même des oppositions. Une brèche se produit à proximité du liant et du lien  par le bleu, le jaune, le rouge, le vert là où le terme de matrice reprend tout son sens.

Par la manipulation des simulacres Nadia Spahis sort donc du leurre. Elle le substitue à divers types de métamorphoses. Ses "érogènes"  et certaines de ses "dolls" en donnent parfois des étais naissants. Et ses portraits deviennent des temples où l'hybridation joue à fond par un frottement de pigmentations. Chacun d'eux devient une manière de prendre corps dans un état qui joue entre intériorité et extériorité par effet de surface. S'accomplit la mise en abîme des masques. Il arrive qu'il ne demeure personne dessous. Néanmoins l'œuvre devient la faculté de répondre à cette absence.

De fait Nadia Spahis ne cesse de creuser le déplacement. Elle aiguise le regard dans une maîtrise volontairement cassée. Car elle ne croit pas à la spontanéité du geste et travaille beaucoup pour détruire sa facilité. Toutefois elle conserve un côté Matisse dans son émerveillement. D’où la précarité et la splendeur de ses traces. Leurs solarité et leur gravité.

Se fichant des débats théoriques sur la représentation, l'artiste avant tout expérimente. Elle n'hésite pas d'ailleurs à donner divers états d'avancée de ses progressions. Cela demeure important. Se mêlent les fixités et les errances dans ce tutoiement vers l’inconnu et l'avancée vers l’accomplissement. La peinture reste aussi  "fraîche" que grave et significative avec tous ses ingrédients imprévus et ses chausse-trappes. Ils renforcent les labyrinthes là où une connotation parfois de théâtralité détruit la superficialité décorative. L'art pivote de la recherche d'une simple beauté "émotive" vers la saisie "émouvante" du mouvement et de la lumière.  Le portait (pictural ou photographique) reste donc tout sauf une "simple" image. Surgissent divers types de "dédoublements"  afin d'éliminer les impostures du  faire semblant.

Chaque photo de l'artiste devient un photogramme mais sans que soient visibles les césures et les hiatus.  La dissonance de l'image est "dans" l'image elle-même. La stratégie de prise de Nadia Spahis souligne le caractère de fausseté de tout effet de réel. Ses œuvres surgissent  hypnotiques autant que volontairement "défaillantes" dans leur feinte d'affaiblissement ou à l'inverse dans la monstration des masques. La créatrice opacifie la prétendue transparence pour mettre en exergue non "ce qui arrive" mais - à l'inverse - "ce qui n'arrive pas" en nous glissant dans une zone d'errance et en nous projetant au sein de "ratures" afin d'atteindre ce que nous ne regardons jamais ou ce que nous refusons de discerner dans les images qu'on nous jette comme des cacahuètes à des singes.

Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.