Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Meredith Sparks

Meredith Sparks :
Née en 1974, vit et travaille à New-York


exposition Mirondella

Mirondella,  
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MEREDITH SPARKS : L’IMAGE ET SON DOUBLE


par Jean-Paul Gavard-Perret

Née en 1974, l’américains Meredith Sparks transforme à se manière l’art et plus particulièrement celui du portrait. Prenant par exemple une photo des Clash elle recompose l’image à travers tout un système de « lames » et de réajustements. La platitude de l’image trouve un nouveau fond ou plutôt engage une quête déterminée de ce dernier. L’existence comme la perception du réel prennent un nouveau visage, une nouvelle formation. La forme en émerge démultipliée et différée pour aboutir à des « relevés » étranges qui interrompent l’aspect de fétiche qu’on accorde à l’image.

Surgit un état d’union et de désunion. De rafistolage. Face à un tel travail artistique le commentaire devient lui-même errance. Emerge un désir pur, sous-tendu dans la photographie de base, d'un âge d'or qui anime toujours l'acte de saisir, de percevoir, de restituer la perception. La prise directe et celle qui est obtenue par le remodelage de Meredith  Sparks font que les traits  se multiplient, se  chevauchent jusqu'à quelquefois s’annuler. Il y a là autant une destruction et une abolition qu’une reprise.

Le savoir et l'emprise que prétend instituer le portrait sont pris dans un mouvement de dérive. Compléter la photographie par une telle stratégie met à mal la prétendue vérité de l’image. L’artiste nous mène du clos à l'ouvert. Chaque recomposition permet de trouver de nouvelles précisions non dans la continuité iconographique mais par ses « accidents » programmés dans ses renaissances. Elles contiennent forcément des abandons, une incomplétude et  deviennent l'indice d'une sorte de co-présence.

L’œuvre se signale par la  priorité donnée à l'intelligence sur la sensation. A savoir un esprit d'analyse et de synthèse avec la marque de la lucidité qui ne se satisfait pas d’elle-même et ne laisse rien aller de soi.  La photographie ne se contente plus d’être ressembler à un miroir. Ajourée, travaillée, elle donne à voir les lambeaux de l’idolâtrie qu’on lui accorde trop souvent. Surgit un reste et c’est celui-ci qui parle au détriment de l’objet de culte.

Meredith Sparks accepte les contradictions du discours photographique, les monte en évidence avec l'intention  de mettre en alerte le spectateur. La « valeur » d’une telle recherche réside dans le fait de  ne plus laisser en suspens des questions qui nécessairement concernent celui qui regarde. L’image  en fragments ne peut plus le subjuguer car  il n’existe plus de préhension unique. Il faut de la durée et de la  cassure pour que l’image reprenne non dans l’idéal mais le morcelé.

Comment pour tenter de mieux parler du travail de l’artiste ne pas citer le ver suivant de  « A une passante » de Baudelaire : « La douceur qui fascine et le plaisir qui tue » ? L'oeuvre par sa beauté sans fard, telle la passante et face à celui qui la regarde, oblige ce dernier à faire agir sa mémoire. Le miroir photographique en  devient un double soudainement chantourné. Ce travail éloigne de la fascination en créant le jeu d’une autre proximité. Il fait disparaître autant qu’apparaître ce qu’il montre.  Surgit le leurre dans le leurre. Il convient d'aller de l’un à l’autre pour renaître ou au moins éviter toute disparition.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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