Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Stello Bonhomme

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


stello bonhomme

Stello Bonhomme

...et l’art possède en effet la puissance de ne rien dire, de laisser de larges marges blanches en poésie, des intervalles de silence en musique,. et partout ailleurs, rien d’autre que de l’absurdité.

» site web de Stello Bonhomme


La jeune femme qui descend l'escalier

de Jean-Paul GAVARD-PERRET

Sur le modèle de la Lettre à jeune poète de Rilke, ce livre s’appréhende comme une rencontre différée, une mutuelle invention plutôt qu’un soliloque – sinon à deux voix... Et une visée rédemptrice de celle à qui ce texte est adressé surgit. Par effet retour, elle glisse celui qui parle hors du rien. D’où ce paradoxal corps à corps dans le jeu des espaces d’un côté, et, de l’autre, la vulnérabilité paradoxale des mots au sein d’un « pas de deux » dans ces textes marqués par la danse donc par le corps. Le recours à l’éloignement n’est pas là pour offrir une version nouvelle du fétichisme de celui-là. L’écart créé éloigne des rapports humains contemporains qui s’évanouissent dans la consommation d’une chair provisoirement offerte. Il peut donc exister un goût clinique de l’amour bien fait, un goût du lisse qui forge une relation au sein de la distance. Elle n’est que la conscience aiguë d’un respect essentiel, un point de vie par effet d’empreintes des blessures afin que ces dernières s’effacent.

» Bon de commande ( prix : 10,00 €)
» Editions du Cygne


Stello Bonhomme ou la mise en demeure.

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Stello Bonhomme - Sans titre - 61x81cm
peinture à la bombe et acrylique sur toile
stello bonhommeS
tello Bonhomme est un jeune artiste dont la maturité est surprenante. Sa peinture et ses encres sont tout sauf décoratives : elles deviennent une mise en question, une mise en symptôme de "La" peinture elle même. Plus abstraite que figurative, plus impressive qu’expressive l'œuvre est le lieu de seuil par excllence en tant, elle-même, que lieu et seuil mais aussi comme mise en question de toute méthode pour arpenter l'espace du tableau. L’approche du peintre est donc un travail de suspens confronté à une inaccessibilité et à une fiction quant à un au-delà du visible qui pourrait bien ne pas se révéler comme trop souvent uniquement de l'ordre de la perte et de la peur là où les pans de couleur se mettent à vibrer dans leur simplicité d'apparence.

Stello Bonhomme affirme avec brio son "je peins donc je suis" mais nous ne savons pas si ce donc  détermine la conclusion de tout un mouvement passé de l'art (par effet d'une généalogie) ou  signale le commencement d'un mouvement à venir (l'appel à une nouvelle généalogie en gestation).  Son donc reste suspendu entre deux temporalités au moment où sa peinture devient un moyen de poser cette question cruciale de l'engendrement (ce qu'il en est de l'art, de son passé, de son devenir).  Un tel travail apprend la peur mais aussi la joie inhérentes à tout acte de création. Celui-ci  revient à pousser une porte, à arpenter un lieu dont le plan n'est pas donné d’emblée.  Stello Bonhomme descend donc jusqu'au fond de la peinture, émet son coup de dés sans se préoccuper des mouvements de mode..

La couleur en ses moires est au centre de son interrogation. De cette manière il relève le défi de la peinture en ce qui constitue toute sa valeur. Travaillée jusqu'à l'épure et abstraite le plus souvent en toutes ses composantes l’approche ainsi générée crée une anatomie étrange : elle devient crypte à ciel ouvert et on ne peut s’en « abstraire ». A la fois close et ouvertes chaque œuvre montre un non-lieu qui n’est pas ce que trop de peintres tripatouillent dans tous les sens, à savoir le vide. Sans aucun effet de perspective et dans l'abandon de la figuration, Stello Bonhomme crée d’étranges trouées de lumière en affrontant le sombre comme la blancheur.

Chez lui il n’existe plus de fond mais un front. Mais pourtant l'artiste crée paradoxalement en de telles constructions une perte de vue, une vision à perte de vue. Chacun de ses tableaux en ses découpes horizontales ou verticales traduit une inscription dont la découpe (acte élémentaire du dessin) ne se veut plus contour indiciaire d'un en-dehors face à un en-dedans. Dès lors  les à-plats de couleurs (acrylique ou encre) produisent une sorte de transparence : si bien que sur les toiles-seuils, des frontières visuelles sont franchies. Il existe un dépassement de la vision habituelle, une possibilité de voir "hors-champ" tout en restant dans un champ à la fois précisément délimité mais dont les couches de couleurs n'ont cesse de vibrer, de créer ce que G. Didi-Hubermann nomme "une vacuité vibratile".

La toile n'est plus le moyen d'entrer dans le labyrinthe, elle est elle même le labyrinthe. L'abstraction nous tire par effet d'osmose et d'intrusion vers le fond du sans fond ou le front de l’à front. Ce que la peinture "reconstruit" reste donc le contraire de ce qu'on pourrait y voir au premier regard. Elle ouvre sur une clarté aveuglante qui interroge autant la destruction que la construction. Surgit, de manière étonnante chez un jeune peintre,  une mémoire du lieu et un pas au-delà, une récession et une rédemption. Cette habitation et cette dés-habitation du tableau créent le plus souvent une nouvelle découpe qui arrache la peinture à ce qu'elle possédait d'évènementiel ou de référentiel.  La théâtralité du tableau prend de la sorte une autre tournure. Elle n'est plus tendue vers le "même" mais conduit à l'altérité, au registre de l'étrangement.  Quelque chose s'érige quelque chose s'écroule.  Pour « rejouer » ses enjeux, l’œuvre transfigure, dé-figure. Elle clôt et déplace  pour  faire surgir des sortes virtualités visuelles.

On comprend que Stello Bonhomme a d’abord éprouvé son travail comme la question posée à la picturalité interrogée dans son histoire la plus ancienne et la plus exotique (au bon sens du terme). L’art japonais par exemple est sous jacent à ce travail  de déposition. De la sorte l’œuvre dialectise de manière nouvelle son rapport avec le monde. Elle est mise en demeure afin  de frapper le regard autrement, de l’ouvrir à d'autres seuils. Elle permet aussi des raccourcis fulgurants dans une simplicité recherchée mais qui passe parfois par tout un effort de dilution et de moirure. Le fils d’une des importantes poétesses du temps a peut être trouvé dans l’approche littéraire de sa mère le resserrement médité de l'archaïque le plus élémentaire et la protension vers l'avenir. C'est pourquoi ses toiles n'ont cesse de bouger : fermées elles continuent sourdement leur travail de creusement d'un temps enfant, d'un temps à naître des cendres de ceux qui l'ont passé en slen extraire. Leur repli frileux est l'inverse du courage de l'abstraction façon Bonhomme. Son édification  de strates de couleurs même au sein de la monochromie fait de la peinture une image nettoyée, "simplifiée" mais qui déborde encore la vue - ou l'idée qu'on s'en fait.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.