Artistes de référence

Mary Sue


Guide juridique et fiscal de l'artiste :
s'installer et choisir son statut,
promouvoir et protéger son oeuvre
de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création. Cette 4e édition, entièrement actualisée, apporte des réponses claires et documentées aux questions juridiques, fiscales ou sociales que se posent les artistes pour : s'installer (statut juridique, choix d'un atelier, aides, obligations, statut social, impositions) ; vendre (détermination du prix, facturation, recours en cas d'impayé, vente en galeries, en salles des ventes, sur lnternet) ; tirer parti de la législation en matière d'oeuvres d'art (mécénat d'entreprise, dation, exonérations fiscales, TVA) ; s'entourer de professionnels (contrats avec les galeries, agents d'art, attachés de presse, relations avec les commissaires-priseurs) ; se protéger (droits de l'artiste, assurances, protection des oeuvres).

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MARY SUE : DELICES, MEPRISES, REPRISES
par Jean-Paul Gavard-Perret

15 OCTOBRE 2011 - 12 NOVEMBRE 2011 - MARY SUE - EXPOSITION "LA PERMANENCE (Galerie Rabouan Moussion)

Mary Sue s’amuse avec tous les stéréotypes. Elle nous offre des fictions de sa fiction. L'artiste répond ainsi par la bande à Barthes qui voyait dans une certaine peinture populaire une mise en scène de la communication iconographique sociale et une aliénation de la fable. Mary Sue transforme en fiction le romanesque le plus populaire et le fait aussi échapper à la honte qui s'attache à lui . Et si l'oeuvre a pour première matière le magma confus des stéréotypes féminins elle en devient la contradiction à coup de dessins, peintures ou sculptures en résine laquée qui mettent en avant la primauté du jeu. L'artiste déclenche le mécanisme inversé à celui qui alimente le robinet du subconscient et des sensations « vicaires » (J. Henric). Les pseudo-principes de réalité que feint de respecter l'artiste débouchent sur de bien étranges « romances » et sur une narration dégingandée.

Mais le nom même de l'artiste n'est pas innocent et ce même si la créatrice feint de jouer les nymphettes. Le nom de Mary Sue est à l'origine un terme négatif accordé donné à tout personnage de fiction représenté d'une manière idéalisée. Ce terme est habituellement utilisé dans les critiques de « fanfiction ». Mary Sue est caractérisée par la pureté de son caractère fantasmatique et la sur-identification de l'auteur avec son personnage. Une Mary Sue a toujours raison et est toujours appelée à un destin grandiose finissant de manière épique. Les Mary-Sue sont donc l'équivalent féminin des supermen. Elle est donc éminemment archétypale. Rappelons que ce nom vient d'un personnage de Paula Smith : le lieutenant Mary Sue, la plus jeune lieutenant de Starfleet âgée de seulement quinze ans et immortalisée dans la parodie "A Trekkie's Tale" publié en 1974. La Mary Sue  de Mary Sue, contrairement à ses modèles, ne se montre pas d'une haute moralité. Elle est plus proche d'une Lolita qui ne fait pas œuvre de pouvoirs surnaturels, d'une puissance extravagante mais qui joue de son sex-appeal. L'artiste le souligne souvent en laissant voir une coquine petite culotte. Sa beauté juvénile et scabreuse reste donc son arme plus que dans l'original objet ou animal exotique et/ou magique

 

La créatrice qui s'empare de son nom l'insère dans un univers à cheval entre l'imaginaire et le réel. A sa manière Mary Sue appartient à une sorte de monde des mangas à l’occidentale. L’artiste plasticienne nommée ainsi a donc « revêtu » les codes qui constituent la Mary Sue au sens large pour mettre en avant un phénomène d'inversion. À défaut de placer dans son personnage de Mary Sue les idées et les éléments qui constitueraient des indices autobiographiques, elle gomme habilement tout ce qui a trait à l'identité, au personnel, incarnant sans détour les codes d'une Mary Sue. Elle en porte d'ailleurs le pseudonyme, détruisant par-là même ce qui constitue habituellement l'identité la plus forte d'un individu, le nom de famille, ses racines, son histoire... Il s'agit donc d'une critique du monde qui l'entoure en décrivant et mettant en scène la société de mass-média, la généralisation de la pensée globale, la destruction de l'identité d'une personne. Devenue personnage, laissant le concept de « Persona » l'artiste fabrique par le biais de la photographie, de l'installation et de la vidéo, de la sculpture, une histoire globale d'une jeune femme conditionnée par la publicité, la morale, la sexualité, l'éducation.

L'artiste dévoile les incohérences et les contresens inhérents à cette culture mondialisée à laquelle chacun se plie au quotidien. L'avatar supplante alors le réel dans son œuvre alliant l'aspect positif (le personnage parfait aux qualités héroïques) et une vision plus sombre qui surgit en filigrane. Objet de désir, le personnage de celle qui ne se veut que personnage, elle permet aux regardeurs de se projeter dans un fantasme. La jolie fille est autant un mannequin qu’une poupée de cire parfois en gros plan et en sous-vêtements. La créatrice anonyme et son personnage semblent n'avoir rien à prouver, rien à représenter sinon une fiction. Mais celle-ci devient une expérimentation de la langue plastique et de l'imaginaire commun. Quelque chose est cassé dans la mécanique fantasmatique même si rien ne transparaît.

Mise en scène et narration fomentent comme une pure vision mentale. Elle définit cet univers comme hypothèse de l'imaginaire. Il fait disjoncter le contrat habituel qui lie le regard au monde en manifestant dès l'abord l'absolue fiction non seulement du monde qui s'élabore mais aussi de la pratique narrative. La fiction se désigne donc comme pur effet d'image là où la distinction sartrienne entre auteur (celui qui invente) et narrateur (celui qui narre) est réduite à néant. Mary Sue est l'inventrice du personnage qui s'invente lui-même à travers elle. Comme Robert Pinget Mary Sue rappelle qu'il faut « ne pas nommer l'auteur du personnage ». A mesure qu'elle congédie toute objectivation de la fonction narrative et qu'elle multiplie des séquences de fabulation elle nous impose de nous interroger sur l'éventuelle nature hétérodoxe d'une image partagée entre régimes de fiction et de réalité.

Tout joue donc sur une déconstruction ironique du stéréotype là où le "Je origine" de l'artiste se cache sous ses mythomanies iconoclastes qui soulignent la coquille vide de Mary Sue. L'effet esthétique est une perturbation de l'illusion imageante. Une telle stratégie rappelle que le champ fictionnel n'est pas celui du réel. Si la créatrice peut apparaître comme un double parodique de son personnage,  l’expérience de l’art faite par le sujet est une expérience dans laquelle il disparaît en tant que sujet pour advenir en tant que production de son imaginaire. La feinte et le détour manifestent aussi un conflit propre à l'art par rapport au réel, un divorce pensée-forme dans lequel l'effort de l'image pour saisir l'objet qui lui échappe pousse à la contestation de ses productions. Le conflit de l'activité fabulatrice et de la fable dont les images sont le récit est l'expression d'une puissance négative à l'œuvre dans l'œuvre.

Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.