"BRAKING THE LINES" DE SYLVIE BONNOT
par Jean-Paul Gavard-Perret
Sylvie Bonnot, Braking the Lines, www.sylviebonnot.com
Que faire en photographie avec le paysage puisque celui-ci n'est pas de l'objectivation mais de la communication? Le paysage est regard de. Ce n'est pas, contrairement à ce qu'on pense, une enveloppe. Le paysage reste toujours l'en-face qui ne se laisse pas saisir (sauf pour les photographes qui ne comprennent pas l'enjeu de leur art). Sylvie Bonnot fait faire sauter ses apparences pour le désenclore. Il ne possède plus pour tout viatique que la structure géométrique ou cubique sur lequel il s'élève, s'assoit et parfois s'affaisse. La ligne devient la frange ou le socle à partir de laquelle il se recueille, se re-présente pour parler (et c'est un comble) dans la retraite de sa masse plus hallucinatoire que géométrique. Enfermé et ouvert dans ses propres structures il fait sécession : détaché du fond du monde par la prise photographique il n'a rien qu'à être.
Sylvie Bonnot en l'exhaussant et en l'isolant, l'ouvre à un champ de potentialités qui nous sont, à des degrés divers, ouverts. Le paysage (quelle qu'en soit la nature) apparaît de proche en proche, de loin en loin, semblable et dissemblable mais inassimilable, dans un affleurement qui nous ramène à une intimité originelle. Le fond du monde où il est isolé devient l'aire de projection de son ouverture. Surgit la totalité de l'étant et ce vers quoi nous transcendons l'étant. Bref il présente la manifestation monstrueuse du tout par l'horizon ouvert à son unique projection.
Les photographies de l'artiste sont donc celle de la nudité voir du désossement du paysage. Et de tels clichés sont fascinant parce que dans leur abrasion, leur abstraction ('le noir et blanc y joue parfois pour beaucoup): l'image du paysage se donne paradoxalement sous une étrange littéralité d'apparition. Mais cette apparition n'est pas une apparence. L'apparence n 'implique en effet aucune intentionnalité. Or, avec Sulvie Bonnot, il surgit debout ou penché, de face, en plongée ou (surtout) e,n contre plongée dans le " change " plus que la déformation que l'artiste propose. Image intégrale, unique, autre de l'autre et hôte de nous même, " aître " en quelque sorte : ce paysage devient notre maison anonyme et son foyer singulier qui nous hantent. Nous sommes pris dans le tout de sa manifestation. Et soudain l'artiste nous contraint à nous poser deux questions : " en quoi le paysage est un monde ? En quoi le payysage nous re_présente ?
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
|


Sylvie Bonnot