Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Sylvie Maurice

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Sylvie Maurice

Vit et travaille à Civrieux en Dombe
Née en 1952 à Champagne-au-Mont-d’Or

Voir le travail de Sylvie Maurice à l'espace Martiningo


Portrait de Sylvie Maurice en Yadwigha Rediviva

par Jean-Paul Gavard-Perret

Sylvie Maurice - Graines allongées n°1 et 2
courtoisie espace Martiningo

sylvie maurice Sylvie Maurice donne au rêve prétexte et nourriture. Au rêve mais aussi à la réalité. Son regard demeure fixée sur ses graines, toupies lointaines qu’elle seule entend vrombir tandis que son bras les fouette - mais pour les caresser. Sylvie - notre Yadwigha - règne en maîtresse sur le domaines des ombres rasantes puisque c’est là que ses oeuvres trouvent toute leur ampleur. Elles entretiennent alors avec l’ombre de « coupables » rapports. Des présences secrètes ne s’y révèlent que par les clartés furtives. Elles s’accrochent à la saillie ou à la nervure des ailes d’acier qui prennent les lueurs d’étain de l’aube ou les accents cuivrés du crépuscule.

Entre chien et loup, entre la lèvre et le baiser (tous deux pudiques)  Sylvie Maurice déploie leurs ailes à l’heure où s’engourdissent les sens communs. Pourtant l’artiste n’ignore rien de ce qui - fuyant les duretés du jour -  va connaître dans un paradoxal abandon une intense existence. C’est le moment entre tous favorable à l’enchanteresse : se relâchent les mailles de la vigilance obtuse . La peur se redresse dans les jardins. Dans leur verdure éteinte elle plante ses graines tels des fantômes aussi durables que réels. Puis, rentrant dans sa demeure, elle va regarder un film d’Ozu (Crépuscule à Tokyo) sur son canapé rouge.

 

Dès lors l'acier germine sous forme de graines de vie comme tombées sur le sol pénétrant l’épaisseur du ciel du fluide de la terre. Si ces graines ne peuvent tenir dans le creux de la main, on  doit les caresser des yeux. Ouvertes et fermées il est facile de les parcourir sans bouger même si elles appellent à la mobilité afin d’en savourer la chair et sa fermeté. Ce qu’on voit d’un côté semble de l’autre côté identique, pareil. Pourtant par le détour, le décor change : ce qu’elles reflètent de l’espace-champ n’est plus du même.

D’où l’impression qu’elles laissent échapper leurs orbites afin que le jardin où elles s’abandonnent lascivement soit soumis à la pression de leur glande. D’une certaine manière il éjacule là où la graine déploie ses ailettes pour faire entrer la lumière et aspirer l’obscurité. Peu importe l’heure. Nuit tombée, il suffit d’un blanc de lune ou de néon publique pour qu’elles enflamment le lieu et lui propose une germination perpétuelle. Graines  sexes. Semences yeux. Pour un regard particulier puisque c’est de lui que jaillit la lumière jusqu’à ce que le projection de nos yeux s’en imprègne afin que l’univers entier soit vu par cet embryon oblong et à demi-couché sur la terre matricielle qui ne peut l’engouffrer - sinon à risquer l’interdit de l’inceste, ce à quoi la terre a de toujours renoncé.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.