Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Françoise Tchartiloglou


Françoise Tchartiloglou

Françoise Tchartiloglou
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FRANÇOISE TCHARTILOGLOU : DEBORDEMENTS, EXILS

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

« La réalité n’est que la douleur et la représentation est née de là » écrivait Nietzsche. Afin d'en sortir il faut sans doute que l’art soit féerique, magnétique mais pas n’importe comment. C'est pourquoi Françoise Tchartiloglou devient l'instigatrice particulière de vibrations viscérales de la couleur. Ni abstractive ni figurative son oeuvre est à la jonction de l'onirisme et de la réalité. Peignant surtout à l'huile l'artiste trouve la structure de ses toiles à l'instinct. A mesure qu'elle y avance la couleur induit l'ordre, le rythme, la tonalité ainsi que la tournure que va prendre chaque tableau.  En lui, il ne faut  pas que l’homme redevienne enfant au sens d’un être puéril rêvant dans l’image d’un attrait maternel, d’un retour maternant. L’art doit faire sortir la tête hors du bain amniotique pour plonger dans un autre bain par accouchement de formes aussi tragiques que merveilleuses. Avec Françoise Tchartiloglou elles débordent de leurs abris, de leur feintes symboliques.

La peinture demeure sourde aux appels du pathos et aux échos de la détresse intérieure. Cependant elle n’est pas qu’une belle surface sans profondeur effrayante. La voie est donc étroite. La propulsion, l’émergence toujours problématiques doivent tout autant à la réflexion qu’à la folie agissante, intensifiante de l'artiste. Dans son impressionnisme elle explore la plasticité du devenir. Les couleurs "enregistrent" les émotions qu'elles dévoilent au sein d'une lumière qui semble surgir des profondeurs. L'émergence est donc le fruit d'un travail géologique : restent des érosions capitales. Elles tiennent lieu de présence d'un  invisible et d'un innommable sans quoi la peinture est lettre morte, pur artefact. Françoise  Tchartiloglou  ne laisse jamais s’évanouir la complexité de la peinture. Elle la condense afin de mettre à nu des suites de métamorphoses, de renaissances. Preuve qu'une telle artiste n'oublie rien. Elle sait que toutes les formes qui ont été produites une fois se répètent. Mais dans son œuvre elle retient leurs pures impressions à travers ses nouvelles synthèses. Il ne s’agit donc pas, au fil des toiles, de multiplier les apparences mais de les intensifier. En émerge ce qu'elles gardent en elle de primitif, de sourd et de vibratoire.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.