Artistes de référence

Thomas Léon 

Thomas Léon

Né en 1981 à Dijon, Thomas Léon vit et travaille actuellement à Paris

Thomas Léon: le site


Le Guide du Photographe professionnel
de Dominique Le Fouler

Faisant table rase du passé et des idées reçues, ce guide rassemble, classifie et analyse toutes les informations indispensables pour exercer aujourd'hui les nombreuses spécialités de photographe professionnel : Droits & Devoirs ; Statut et place du photographe dans la Cité ; Organisations professionnelles et institutionnelles contribuant à sa défense et à son rayonnement.

L'auteur
Dominique le Fouler connaît le métier de photographe professionnel sous tous ses aspects. Dipômé Cesa-Marketing HEC Management et en photographie, il a exercé cette profession avant de diriger pendant de longues années la prestigieuse marque photographique Ilford. Il a parallèlement géré de nombreuses actions au sein d'organisations représentatives des fournisseurs et du salon de la photo. Rédacteur en chef de magazines photo B to B et grand public, il a collaboré avec de nombreux photographes. Il assure des formations et du coaching personnalisé en marketing, contenu internet, communication, relations presse et publiques. Il est l'auteur de l'ouvrage La boîte à outils Communication.

» disponible chez Amazon

Thomas Léon, « Light Incident »
par Jean-Paul Gavard-Perret

Thomas Léon, « Light Incident », Exposition  juillet 2009, Installation vidéo – photographies. Galerie Isabelle Gounod. Paris.

Thomas Léon est un artiste de premier plan. Il insère des connotations sociales et politiques au sein de compositions critiques et entreprend un travail à la fois analytique et de création  qui englobe l'histoire de l'art, le social et le politique ainsi que l'évolution même des processus de création d'images et de leur transmission. Sa démarche  est complexe. Elle reprend entre autre à son compte  des données du Pop art, des engagements sociaux de l'époque, le tout en relation avec les réalisations des Rauschenberg mais surtout d'Andy Warhol et de Bill Viola incluant le médiatique jusqu’à la vidéo comme dans son superbe « The Time Machine » (2009). L’oeuvre donne une vision de l'évolution des relations esthétiques et sociales en  prouvant que la subversion à l'intérieur d'un système aussi bien huilé soit-il est toujours possible.

Les travaux de l’artiste se déploient principalement à travers la vidéo numérique. Ce sont des installations complexes et condensées à forte tension émotionnelle qui explorent un environnement urbain anti-romantique (habitats collectifs, urbanisme périphérique)  au travers d'images et de sons de synthèse. Ces productions entretiennent des relations avec le cinéma structurel et accordent une grande importance à la forme et au mode de construction de l'œuvre.  De telles installations vidéo permettent de rendre explicite le mode d'apparition de l'œuvre (le temps de déroulement du film) autant que l'action du spectateur (le temps passé à parcourir l'installation). Son exposition à la galerie Isabelle Gounod s'articule autour de l’œuvre précédemment citée :  "The Time Machine ». Elle est inspirée du roman éponyme d'Herbert George Wells (1895). Dans cette fiction, l'auteur livre un récit d'anticipation très influencé par les développements scientifiques et le contexte politique de son époque. Le roman est également contemporain de la construction des premiers métros et des réflexions sur les cités-jardins. Il met en résonance un ordre social bipolaire avec l’organisation urbanistique du début du 20ème siècle en faisant des conjectures sur leurs développements conjoints.
Reprenant les objectifs romanesques de Wells l'installation "The time machine" se focalise sur des lieux emblématiques (tunnels du métro en particuliers) envisagés comme décors possibles du récit de l’auteur. Ces images retraversent de tels territoires afin de révéler les fractures qui les animent.. Une série de tirages photographiques en noir et blanc, les "Lightmaps" (2009) répond à l'installation. Ces tirages constituent les représentations synthétiques d'espaces virtuels par les valeurs d'éclairement souvent nocturnes de leurs surfaces. La traduction de ces valeurs en niveaux de gris et leur organisation dans l'espace du tirage font se croiser les fondamentaux de la photographie avec l'imagerie informatique et la cartographie. Sont également proposées les deux vidéos "High Latency" (2007) et "Exposition automatique" (2008). Ces explorations d'habitats rationalisés sont  construites  autour d'un travelling continu. A partir de celui-là l'œuvre se déploie comme une aventure où se croisent des références à l'architecture et au modernisme.
Leon nous renvoie paradoxalement à une sorte de premier temps de la métaphore. Elle devient ce que Lacan en dit. A savoir "l’acte d’instauration du sujet" et fait du spectateur une sorte de "névrosé". Mais tandis que cette maladie mentale - selon sa définition classique - implique que le névrosé n’aborde la jouissance de l’Autre que comme objet, la névrose que propose Léon n’a plus rien de pathologique. Le névrosé que façonne l'artiste est mis " dans la conséquence de la perte"  (selon encore Lacan) à travers des images qui signalent l’inconsistance du monde. Mais cette vision de choses ou de lieux désamorcées de leur sens premier permet d'en jouir mentalement à défaut dans jouir dans la pratique.
Cette approche n’est jamais éloignée de quelque chose de l’ordre d’un maniement calculé.. L'image devient une reprise des rapports au monde à travers des trois termes vitaux : le réel, le désir et la jouissance. Les images virtuelles de Léon sont des signifiants de l’Altérité ou - pour paraphraser Mallarmé - des "images ôté à la langue ou de la langue ôtée aux images". L'artiste travaille à assembler les représentations du quotidien de telle sorte que l’ensemble constitué se soustrait à la signifiance habituelle et à la littéralité.  Ses oeuvres "absentent" le réel tel qu'il est donné à voir. Là où les images habituellement se collent imaginairement entre elles, l’artiste crée des espaces du manque générique de la jouissance. On peut donc parler à son propos d'un "imaginaire de lumière" capable de nouvelles conjonctions que le spectateur, névrosé d'un nouveau genre, peut construire à son profit.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.