Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Titi et Jean-Luc Parant


Titi Parant
Jean Dubuffet fut le premier à lui acheter ses "horloges d'amour". Depuis 1975, ses œuvres ont été montrées à la Fondation Maeght, à Paris à la galerie Baudoin-Lebon, au musée de Rodez, à l'Institut Français de Naples, àAnvers, à San Diego aux Etats-Unis, au Carroussel du Louvres "l'Empire du temps"... et ailleurs.

 Jean-Luc Parant
né en 1944 à Tunis, vit et travaille dans le sud de la France. Poète et artiste, il écrit des textes sur les yeux et il fabrique des boules. 

"J’écris des textes sur les yeux pour pouvoir entrer dans mes yeux et aller là où mon corps, ne va pas, où je ne suis jamais allé avec lui, où je ne me rappelle pas avoir été touchable. Pour aller là sur la page, dans ma tête, dans l’espace.

 Je fais des boules pour pouvoir entrer dans mes mains et aller là où mes yeux ne vont pas, où je ne suis jamais allé avec eux, où je ne me rappelle pas avoir été visible. Pour aller là dans la matière, dans mon corps sur la terre.

 J’ai rencontré ma femme qui avait alors quatorze ans et que j’ai tout de suite appelé Titi, elle m’écrivit tant de fois « je t’aime », dans des lettres, sur des cahiers, qu’elle finit par le tracer sur des feuilles de papier puis le peindre sur des toiles jusqu'à en faire une œuvre."

Titi et Jean-Luc Parant : le site


Palettes d'horloges
de Titi Parant (préface de Jean-Luc Parant) » disponible chez Amazon

Disponible également:

Titi et Jean-Luc Parant
Exposition, 1982, - Le Havre
Musée des beaux-arts André Malraux
(Le Bout des Bordes au Havre.)

Jean-Luc Parant,
Nos yeux, CD, Editions Ragage, Neuilly


Trois faces du nom
de Jean-Paul Gavard-Perret

Les images osent à peine se poser à la surface. On distingue les traits, les faits demeurent presque imperceptibles avant de s'amasser peu à peu à travers les destins croisés de deux peintres (Gauguin, Hooper) afin qu'un troisième apparaisse. Il y aura donc juste ces images qui découvrent mais ne montrent pas, qui lancent, par la bande, une sarabande.

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"L'origine du monde", toujours, nous échappe. Nous ne savons peu de son lieu et de ce qui s'y passe. Comment a-t-il prise sur nous? Comment l'atteignons-nous et comment nous touche-t-il? Nous ne résolvons jamais ces questions. C'est pourquoi il ne faut cesser d'en parler même si on ne fait que tourner autour.

Chaque texte devient ainsi un abcès de fixation sans devenir pour autant le lieu où les fantasmes poussent comme du chiendent. Simplement, toute littérature naît de là. Il convient de voir dans ce jeu de double bande, ce qui s'y passe et ce qui est si fragile. Ce qui s'y passe ou pas.

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Titi et Jean-Luc Parant : boules de vie.

par Jean-Paul Gavard-Perret

Titi et Jean-Luc Parant
La maison de l'art vivant la maison de l'art vivant -titi et Jean-luc Parant

Titi et Jean-Luc Parant aiment les chiffres : c’est pourquoi nous avons pour eux au moins 3 yeux et 67 peaux, 199 lieux où l'excitation peut prendre corps et notre oeil lui même est constitué de 325 surfaces En chacun de nous il y a grâce à eux une animalerie portable : combien de moutons, de gorets, de serpents ? Sans compter tout un bric à brac (torchons, godets, cochets et bien sûr les boules plus ou moins rondes. La fente étroite de notre œil, si tant est que nous avancions face contre terre, permet ainsi d'éprouver de grands instants de bonheur. Tout ce qui s'entasse au sol suffit à notre plaisir car Titi et Jean-Luc se veulent poètes. Mieux : ils sont fabricants "de boules et de textes sur les yeux". En dehors de cela point de salut : tout est physique, terrestre, visuel. Pas la peine de chercher plus loin. L'éphémère est tout ce qu'on possède. Et qu'on quitte les coteaux pour la ville, ses rues pour les chemins à chaque jour suffit sa peine. Ainsi lorsque le couple imagine encore des ruelles bardées de leurs enseignes flottant dans le vent, enseignes de la Toison d’or, du Rat Botté, des Lacs d’amour, du Renard Bardé, de la Harpe, du Bout du Monde, de la Croix d’Or ce qui compte ce sont les boules parfois sculpté dans un gros arbre de pierre équarri par des vents impétueux qui furent ce jour-là et qui le réduisirent en boule bien ronde comme des têtes décapitées. Jean-Luc est heureux parfois de garder ses boules pour les offrir à Titi qui le soir venu vient lui apporter ses propres découvertes comme des reliques rondes issues d'un Mont Calvaire. Jean-Luc comprend une fois de plus que sa femme reste la plus subtile des initiatrices. Impressionnés au plus intime d’eux-mêmes par un tel reliquaire d’amour ils entretiennent des relations qui n’ont rien d’ « effet-mère » .

On peut imaginer Titi telle Mademoiselle de Gascogne qui était venue créer à Troyes une ronde nocturne. Toutes deux sont comparables tant elles sont liées par un signe qui ne trompe pas : la présence d’un globe aphrodisiaque, sorte de réplique d’une poupée gigogne ? Titi comme la demoiselle de Gascognese croit dépositaire d'une boule de voyante qui commande à tous les oiseaux du ciel. Jean-Luc aussi, toute jeune déjà, aimait les boules, les lentilles, les ventres, les mappemondes. Et ce au nom d’un désir qu’il ignorait encore et qui lui permit de devenir à son tour voyant. Renouant les fils ésotériques qui relient l’enseignement de la cabale à l’enseignement des sciences occultes et au christianisme, il découvrit à travers cette forme parfaite et terrestre le ciel sur la terre. En se penchant avec émotion sur les boules, Titi et Jean Luc tendent la main à l’ange de lumière qui se cache dans cette partie obscure de nous-mêmes, cette grotte noire où est lové le diamant incrusté dans quelque paroi de charbon. Ils sont les dépositaires d'un secret qu'ils cachent parfois sous le voile de Tanit - décrit si bien par Flaubert, dans Salammbô - voile des inscriptions sur lequel s’inscrivent le sacré et les amours des êtres et des pierres.

Petite, Titi entendait son prénom comme un désir de tenir à un voile et de se dévoiler. Et c’est du voile qu'elle a sorti ses premières boules du grenier vide d’une maison à colombages. Un grenier où pourrait se cacher un homme d’aujourd’hui qui peut la voir et l’observer. Les boules sont donc dans leur matière frustre de réelles pièces d'or mais il n'est pas besoin de les protéger du viol en les entourant de grillages. Le long des murs et devant les portes du demeure du couple elles s'entassent menaçant parfois un très joli rosier qui donne ses dernières roses. Ces boules, le soir, parce qu'elles sont des yeux, regardent le ciel qui rougit, jusqu’à devenir d’un beau grenat sombre de velours parsemé d’étoiles. Elles parlent longuement entre elles mais nul ne peut dire leur secret.. Parfois elles se retrouvent dans des lieux d'exposition mais n'en cherchent pas pour autant à jouer les plus belles filles du monde. On croit qu'on les contemple, mais ce sont elles qui nous dévisagent et soudain tout ce qui les entoure semble en résidence forcée jusqu'à une pelouse déserte parsemée de vieux arbres. Titi, un peu confuse de les avoir confinées là, se souvient alors de Mademoiselle de Gascogne qui avait, le jour des masques, dansé une farandole étirée dans les sentiers obscurs de ce jardin qui entourait des propriétés adjacentes comme un anneau. Près des taillis et des arbres, elle passait dans les mains fines et parfumées des bourgeois et aristocrates poudrés de la ville. La sachant de langue d’Oc, certains lui susurraient à l’oreille des invitations à se rendre de nuit dans les carrières où se tenaient des étreintes polissonnes.

Mais Titi n'est pas de celle qui relèvent gaiement ses jupons, même au temps de la fête des masques. Elle ne s’arrête jamais sur l’un des petits ponts, pliée en deux sur la balustrade de fer forgé, essoufflée et riant, se moquant avec un galant de l’appel rauque d’un crapaud sonnant au ventre jaune orangé. Elle reste immobile, étourdie par la danse des boules bien rondes qu'elle imagine dans la main de Jean-Luc. C’est lui le forgeron ou le mitron qui les façonne en forme de grêlon. Et c'est ainsi que tout fonctionne, tout tourne rond, loin des ébats voluptueux, au bas des murailles d'un châteaux, parmi les orangers et les citronniers juteux,. Le couple attend le tonnerre et l’orage et les javelots enflammés lancés par les dieux susceptibles d’ouvrir sur des apparitions. Ces dernières sont des yeux, sont des boules prometteuses d’extase et le couple se souvient alors d’un vieux refrain : « Réjouissons-nous, Pucelettes, Voici la fin de nos douleurs; faisons bouquets de violettes...». Et soudain Titi s’imagine aussi telle la jeune fille aux yeux bleus que Cagliostro avait choisie pour accomplir ses rites divinatoires et qui s’était agenouillée devant les statuettes égyptiennes et les fioles remplies d’eau lustrale, puis s’était roulée par terre en convulsions, jouant son rôle de voyante à la perfection. Rousseau l’aurait traité de folle mais il l’aurait tirée à lui. Mais Titi se serait dégagée du corps des nymphes en chemise. Elle aurait pu sentir à l’intérieur de sa poitrine, rouler la joie comme roule ses boules de deux et trois livres qui se bousculent les unes les autres jusque dans le clapotement de l’eau des pertuis à l’époque du frai. A chaque instant, pour Jean-Luc aussi les boules prêtées lui manque, comme lui a manqué pendant les mois et les années, le corps chaud et doux de Titi. Mais il cache son besoin de croire à l’amour de Titi comme un enfant à sa mère et il débonde parfois en de grandes colères lorsqu’il est déçu par une de ses créations. Titi alors le console dans son atelier où il se traite de vieux con même s'il avance jusqu’à l'angle où croupit une terre glaise dont il retire quelques arpents puis s'essuie les mains avec une serpillière, accrochée au plafond.

Qui sont ces boules sinon Titi et Jean Luc, sinon leurs amis Jeanne, Claire, Sylvie, Aurélia, Aurélie, Anne, Michel, Jean-Louis, Bernard, Jean. Certains déjà leur manque pour la vie, car le temps passe. ? Ils se souviennent parfois du temps où certains envahissaient la maison, s'installaient dans une chambre au premier étage, martelaient le sol à l’aube en criant à tue-tête: «La reine de Saba! La reine de Saba!». Titi, en chemise, montait en tremblant, grimpait (et Jean-Luc la suivait) dans leur lit, le lit des rois, et ils écoutaient les histoires d’un perroquet multicolore et versatile et d’une jument verte qui voyageaient dans les pays les plus exotiques. C'est parce que tous deux savent que leurs ancêtres ne se sont jamais débarrassés de leurs monstres qu'au lieu de fréquenter ceux qui les hantent ils ont fabriqué ces boules illuminées par la lune et sur lesquelles avancent des rois mages. Mais quand la terre de ces boules se fend, dans cet interstice des diables de toutes les couleurs et entassés les uns sur les autres, les tirent par les pieds, pour les dévorer ou les piquer avec leurs fourches. Titi et Jean-Luc aiment aussi regarder les livres. Longtemps ils ont rêvé de devenir bibliothécaires. Ils savent, par exemple, que l’abbé Grégoire, a écrit des libelles pour protester contre le vandalisme de la révolution. Et lorsqu'ils se plongent dans de tels livres d'histoires ils collent à leurs personnages, avec eux ils grimpent sur les boules comme s'il s'agissait d'yeux noirs et Jean-Luc entonne : « Beréchit Rabbâ». Et en le prononçant il pense barâ, c’est - à -dire créer. Titi reste fascinée. C’est pourquoi si l’éternel dieu créa le ciel et la terre, mais aussi le néant, Jean-Luc créa les boules. Et Titi le voit comme un convulsionnaire, déchiré entre la tradition qui l’a formé et le monde nouveau qui s’ouvre à lui, qu’il cherche à ouvrir aux autres. Elle ne le juge pas car elle sait que le miracle de la boule comme celui de la vue sont réversibles. Elle devine que c’est vers le néant divin et vers la fin d’un monde d’épreuves et de péchés que Jean-Luc est tourné. Elle sait que son défricheur du monde nouveau a éprouvé une forte sympathie pour les marranes et sabbatéistes et qu'il se sent solidaire des athées comme des «croyants». Il est habité par une idée forte et brûlante de la liberté, même s’il sait que l’idée même de la liberté est une croyance. Cependant il jubile lorsqu’il écoute Titi chanter le cantique en hébreu que Moïse Einsheim avait composé sur l’air de la Marseillaise.

N'est- ce pas de toujours de se pencher sur les livres, sur les textes et de les voir infiniment bouger et bruire que les boules des Parant se sont créés ? Elles sont comme les feuilles multiples des arbres des forêts du monde, toujours en mouvement, cherchant quelquefois d'elles-mêmes l’espace de leur rêve d'une matrice abandonnée. Rien n'est donc plus proche de l'écriture que ces boules. Elles sont l’origine, avant le livre, l’organisation primaire du langage et avec lui de l’écriture. N’ont-ils pas tous deux imaginé les hommes, encore proches des animaux en leurs premiers cris, comme ces objets ronds en pensant à leurs premiers balbutiements ? Tous deux attendent ainsi avec ces boules rêvées que retentissent dans la nuit les premières notes graves de ce très beau chant russe: « Viétchiérniï zvon...» ou bien que coure dans la neige, pour se précipiter entre les bras d’Andreï Roublev, l’adolescent fondeur de cloche, brisé par l’émotion parce qu’il était pour tout un peuple : la voix de la foi, la foi qui pour ce peuple était la vie. Comme le son de cloche les boules des Parant lèvent l’interdit, rendent la parole à l’homme et ouvrent l’Abîme à la fournaise.

Titi et Jean-Luc quoique profondément terrestres et telluriques ont souvent des intuitions, comme s'ils avaient eu plusieurs vies et ils comprennent ceux qui croient à la métempsycose ou à la voyance. Pragmatiques, leurs boules sont devenues des noms, des milliers de noms et d'yeux, plus ou moins bien écrits par des greffiers enthousiastes ou au contraire, récalcitrants. D'où leur amour des chiffres. Voici qu’apparaissent 345 bûcherons, 8 bergers et 6 pâtres, 24 tisserands, 87 forgerons, 456 laboureurs, chacun ayant des titres de propriété ou de baille. Mais depuis quelques années Titi et Jean-Luc cèdent de moins en moins à des sollicitations. Ils retrouvent sinon une virginité, un l’horizon. Il n’y a que les personnes qu’ils aiment près d'eux. Titi se promène dans son jardin, avec dans les bras, un gros baigneur qui était arrivé par la poste le visage en porcelaine fracassé. Elle le cache sous des langes pour qu’on ne le voit pas, mais qui pourrait le voir sinon Jean Luc ? Qui peut voir Titi, enroulée dans des châles très épais et très larges, attachés dans le dos avec une épingle à nourrice ? Pour contrarier, ce désir de s’envelopper, de s’emmitoufler, elle court, se blesse les genoux, ou bien se brûle les jambes contre le poêle allumé. Pendant ce temps Jean-Luc range beaucoup de livres. D’une pile cachée sous de vieux magazines, il extrait des livres rouges à la tranche dorée, illustrés, imprimés par Mame et fils, à Tours. Il en ouvre un. Avec stupéfaction, il lit le titre d’un conte «merveilleux» « La main coupée ». Il frémit. L’image atroce d’un rêve lui revient. Celle d’une séance d’analyse, où il avait posé sur le bord du bureau de son analyste, avant d’aller s’allonger sur le divan, ses deux mains coupées. Ensuite, Jean-Luc avait péniblement expliqué, que ses moignons sanglants, il les fourrait dans sa poche, mais qu’il les sortait pour écrire avec son sang, sur les murs.

Les Parant sont heureux car libres. Ils savent certes qu'il y a toujours des corbeaux qui nous attendent au tournant pour nous faire la peau. Mais ils les oublient vite. Ils se connaissent bien, ils sont forts. Parce qu’ils lisent, créent; fabriquent, écrivent depuis qu’ils se sont rencontrés, parce que Titi lit pour elle-même comme pour Jean Luc. Elle a toujours l’impression de lire pour la première fois. Pourquoi ces mots, ces lettres, cette flamme ? Que faisons-nous ? L’amour ? La pensée est si rapide, tout à coup. Un fleuve d’idées la traverse, le traverse. Leur maison a une âme. Il est sur la terrasse et elle, dans la cuisine. Titi va vers lui, il la prend dans ses bras. L'instinct maternel l’envahit, elle pose sa main protectrice sur sa tête, comme une prêtresse, pour qu’il ne se brise pas dans ce moment étrange, qui semble être celui d’une volonté bien supérieure à la leur.. Elle est la Pietà qui doucement le caresse, le pacifie, le fait accéder en lui-même à ce silence profond qui évide la solitude tout doucement. Certes, le temps fuit et file, boule du rêve il disparaît et revient, boule de mystérieuse et intime liberté. Titi pourrait se lever et, debout sous la lumière blanche de la lune, dégrafer sa robe, la laisser choir à ses pieds, se tenir nue et blanche, Vénus sortie de l’onde de la nuit, au milieu de tous. Mais elle n’a pas besoin de le faire pour affirmer sa vérité. Son amour la rend nue. Elle est la Liberté et la Nudité dans sa robe de reine. Plus tard c'est avec plaisir que Jean-Luc relit «Le visible et l’invisible» de Merleau-Ponty. Il trouve ces lignes qui le touchent particulièrement, mettant en résonances ses préoccupations les plus intimes :. «Claudel dit à peu près qu’un certain bleu de la mer est si bleu qu’il n’y a que le sang qui soit plus rouge.... A plus forte raison, la robe rouge tient-elle de toutes ses fibres au tissu du visible, et, par lui, à un tissu d’être invisible. Ponctuation dans le champ des choses rouges, qui comprend les tuiles des toits, le drapeau des gardes-barrières et de la révolution, certains terrains près d’Aix ou à Madagascar. Ce rouge, à la lettre, n’est pas le même, selon qu’il paraît dans une constellation ou dans une autre, selon que précipite en lui la pure essence de la révolution, ou celle de l’éternel féminin, ou celle de l’accusateur public, ou celle des Tziganes, vêtus à la hussarde, qui régnaient il y a vingt-cinq ans sur une brasserie des Champs-Elysées». Et les voici ramenés presque malgré eux à un espace de la déposition. Le corps objet de perte et de résurrection pose la question de l’identité. La boule reste ce point de démarcation d’un état de vision et d’un état d’oubli, d’une état de vie et d’un état forcément fantomatique. C’est donc à travers elle que s’opère la fascination. Comment dès lors ne pas voir ou entrevoir la graphie de leur corps ? Ils ne savent pas s'il y aura d'autres lieux, car dans la boule, l’horizontalité répond la verticalité. Elle leur a fait franchir la frontière du corps, de ses lieux, de ses temps. Elle permet de toucher au plaisir, à la jouissance. A l’incertitude aussi. Celle de la vie. Titi et Jean Luc sont liés à elle. Cela suffit à leur joie et leurs peines.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.