Artistes de référence

Gérard Titus-Carmel


Gérard Titus Carmel

Né à Paris en 1942, Gérard Titus-Carmel, après ses études à l’école Boulle de paris, se passionne pour le surréalisme et la poésie.
Dès ses premières expositions, dans les années soixante, ses toiles et ses dessins, ses lithographies et ses gravures révèlent un goût puissant pour la littérature, comme en témoignent aussi les titres et les dédicaces de ses tableaux.
Il se met à illustrer des poètes qu’il aime, de Jacques Dupin à Philippe Jaccottet, avant de donner ses propres recueils de poèmes, qu’il enlumine souvent, en des livres rares, tout en publiant des réflexions sur la peinture (Elle bouge encore…, Actes Sud, 1992).
Gérad Titus-Carmel poursuit son œuvre de peintre et d’écrivain dans le silence d’une grande bâtisse qu’il habite depuis plus de 20 ans à Oulchy le Château (Aisne - France).

Gérard titus-Carmel est reconnu comme l’un des artistes les plus talentueux de sa génération.


Elle bouge encore
de Gérard Titus-Carmel

Quand un peintre se prend à écrire, le plus fascinant n'est pas tant l'éclairage qu'il apporte à son oeuvre que le " récit ", à sa manière, de son combat avec l'ange. Et chez Titus-Carmel c'est en particulier le défi que toujours se lancent sur la toile le commencement et l'achèvement. Dans les pages très denses de ce carnet, la fièvre est continue de celui qui, d'entrée de jeu, se pose la question de la sortie, et à la sortie celle de l'autorité qu'en route le tableau a prise sur le geste. Ou encore qui, tout au long de l'aventure, demeure attentif aux pulsations des couleurs successives sous celles qui prétendent être les dernières. Un texte à méditer pour participer à l'aventure d'un peintre dont les interrogations rejoignent souvent celles de l'écrivain.

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Gérard Titus-Carmel :la perte des repères

par Jean-Paul Gavard-Perret

Gérard Titus Carmel, œuvres récentes, Château de Compiègne (2008), Collèges des Bernardins (2009).

Ce qui compte ce n’est pas le modèle mais sa perte. Ne plus savoir à quel « saint » ( d’autant qu’il n’y a jamais eu de « saints » en peinture et même si pour son exposition du Collège des Bernardins, l’artiste revisite la Crucifixion ) se vouer par un mouvement de déplacement et d’épure.

Pour Titus-Carmel le lieu d’investigation est donc celui où la référence s’entaille, fait défaut ou est prise à défaut, se vide de son sens. Pourtant l’artiste sait qu’il convient de se maintenir toujours sur un fil ténu dans un travail dialectique entre la nature et la réalité et les manières dont elles ont été représentées à travers l’art et son histoire. Il faut toujours comprendre comment cela joue et a joué. Mais dans ce grincement des gonds, dans cet interstice il s’agit de perturber toute tangibilité afin de créer une tension, une attention nouvelles (sans forcément huiler pour que disparaissent les grincements antérieurs).

Dans le déchiffrement de ce double jeu, Titus-Carmel fait de chacune de ses oeuvres une « épreuve » exemplaire, afin justement de créer cette nouvelle charnière qu’il nomme « point d’ouverture » et discerner comment ça passe - ou ne passe pas. Donner une réalité à ce qui ne sera toujours qu’une trace, donner une réalité à son dess(e)in : rien qu’à cela - mais ce rien est un tout – tel est l’enjeu de l’art. Pour y parvenir, le créateur ne cherche pas l’effet d’usage mais d’usure - et il a souvent insisté sur ce point. Il ne ve pas à la rencontre d’une manipulation qui clôt mais de celle qui, à l’inverse, fait saillie, pénètre, rompt avec l’imitation et la ressemblance.

Cependant, il y a (encore) plus. Pour Titus-Carmel, ce qui compte ce ne sont pas ces fantasmes conscients ou inconscients que contient toute image mais le travail qui l’engendre. Telle est la nature de l’activité qui s’exerce sur, dans, à travers cette image : un travail à la fois d’harcèlement et d’usure (Titus-Carmel évoque pour le peintre la corrélation avec le tanneur), mais aussi de transparence et de suture. Répétons le il n’est plus question de retrouver (singer) un modèle mais d’oeuvrer par le temps à une reconnaissance primitive, à une autre présence qui ne chercher pas à reproduire une antériorité mais à prédire l’avenir. Car si le terrain est vite connu, c’est le seuil qui n’est pas évident à saisir. Ce qui intéresse le peintre est le seuil ou encore l’épiderme (pas l’épissure) d’un corps-image qu’il convient de perforer, de mettre en pièce non pour en compter les abattis (autopsie) mais, par les interstices opérés, d’en préserver le vivant. Epure après épure, il faut dériver, accepter la débâcle contre la glaciation tout autant de l’être que de l’image. Dessin après dessin, il est nécessaire de toucher le fond, comme l’ artiste le précise, “ par transparence ” et ne pas venir y recoller rejets et déjections. On sort ainsi de la quadrature de la représentation. Contre l’harmonie (toujours imitative), cette suite de secondes et de tierces, cette nécessaire dérive. Il s’agit «Embrasser » du regard un lieu inconnu lorsque le paysage bascule : c’est pour l’artiste le seul ancrage sûr. Se mettre à la lisière : c’est ici que la peinture peut commencer, qu’elle a quelque chose d’intéressant à dire et à montrer : « non pas sur le motif, mais bien le motif », dedans. (Les citations de G. Titus-Carmel sont extraites de « Notes d’atelier et autres textes de la contre-allée » (Paris, Plon, coll. « Carnets »).

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.