Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Annie Tremsal Garillon

Annie Tremsal Garillon

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ANNIE  TREMSAL GARILLON : LA PEINTURE OCEANE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Annie Tremsal Garillon - En eau douce
Comme à fleur d’eau et à  lumière rase, Annie Tremsal Garillon  rend la peinture à sa dimension de formes ouvertes loin de tout savoir thématisé. L’artiste ne finit jamais de poser la question du seuil. Mettant à nu les apparences, par son abstraction elle fait jaillir un amont. Le bleu est autant celui du ciel que celui d’une étrange intimité océanique. Surgissent des schèmes sub-spatiaux. Ils deviennent des ouvertures au monde et les émergences des profondeurs  qui retrouvent une éclaircie première.

L’artiste propose un voyage dans le temps et en des paysages premiers. Elle nous apprend le ici et le là-bas bref ce qu’exister veut dire. Pour autant ses œuvres ne sont pas des expositions ou des étalages mais des avancées créées par un langage original. Annie Tremsal Guerillon a renoncé aux systèmes, aux grilles, aux codes qui subordonnent la peinture à une géométrie simpliste de l’espace. Sa peinture par ses rythmes révèle une géographie intime dont la genèse est une avec son apparaître.

La dimension première de l’être, le creux d’où il sort sont révélés par le pouvoir des glacis colorés. L’artiste les impose à l’espace afin que se transmette le déploiement de surfaces intérieures par des successions de paliers. Elles prennent une valeur d’aura. Que voyons nous en effet sinon d'étranges plages ?  Une poésie s'y déploie en absence de repères. Toutefois cette absence n’est pas une privation. Elle surgit lumineusement comme invention d’un lieu et de son fantôme. Cette lumière heurte le doute. L'artiste la porte loin de la nostalgie puisque s’il s’agit certes d’une absence celle-ci non seulement est questionnée mais  la peinture lui donne un « ça voir ».

Emerge une géologie. Elle fait et défait le corps en son rapport à lui-même, en son rapport à l’autre et au monde. L'artiste donne à ce dernier une nouvelle profondeur. Il devient un espace intérieur  et atteint « cette goutte de néant qui manque à la mer » ( Mallarmé). Les apparences se diluent dans le courant de la rencontre entre la source et l’océan, entre ce qui en coulant retient mais aussi pousse vers le large par un mouvement double et contraire. La créatrice retourne donc l'image contre elle-même. Elle touche la limite qui  peut soudain se franchir en rendant possibles  des formes de présence encore ignorées.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.