Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Cy Twombly

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création. Cette 4e édition, entièrement actualisée, apporte des réponses claires et documentées aux questions juridiques, fiscales ou sociales que se posent les artistes pour : s'installer (statut juridique, choix d'un atelier, aides, obligations, statut social, impositions) ; vendre (détermination du prix, facturation, recours en cas d'impayé, vente en galeries, en salles des ventes, sur lnternet) ; tirer parti de la législation en matière d'oeuvres d'art (mécénat d'entreprise, dation, exonérations fiscales, TVA) ; s'entourer de professionnels (contrats avec les galeries, agents d'art, attachés de presse, relations avec les commissaires-priseurs) ; se protéger (droits de l'artiste, assurances, protection des oeuvres).

»  disponible sur Amazon




CY TWOMBLY : (A)BATTEMENTS

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

La nudité spécifique de la peinture de Cy Twombly tient à la façon dont l’artiste anime la surface et l’espace de ses tableaux. En émane un acharnement (parfois global mais le plus souvent local) sur la matière. Elle est explicitement exhibée à travers les tracés qui détruisent le recouvrement pictural traditionnel. La peinture devient une cruche formelle. A la fois elle déborde  son contenu,  la noie par son dehors, la fait imploser par son dedans et l’envahit d’un mouvement partiellement destructeur.  Ni métaphore, ni miroir, la peinture incarne une négativité, un en-moins qui touche à ce que Lucian Freud nomme l’ « arrière-fond sensuel des formes ».

Chez Twombly l’élément « lexical » est minimal et rebelle à toute « figuration ». C’est une forme sans forme, illisible comme forme de quelque chose. Il s’agit plutôt de biffures jalonnant le support. A la différence du tracé « abstrait » statique celui de l’artiste ne prétend rien signifier sinon un refus.  Ni vraiment informe ni géométrique, le « dessin » est à la fois offert et nié. Il semble être dessein de quelque chose à l’état naissant. Du coup, le peintre américain questionne les forces qui s’investissent dans sa ponctuation du vide et du silence au moyen  d’un presque, d’un pas encore ou d’un déjà plus.

 Celui qui regarde respire dans l’interstice qui bée, juste avant ou juste en dessous de la fixation.  Il touche le fond loin de l’adhérence identifiante dans laquelle trop souvent la peinture ploie et se perd. Ici  le pictural ne propose que des articulations incertaines et indéterminées. Mais leurs potentialités fascinent. Elles focalisent une tension, mobilisent une attente flottante. Twombly propose donc l’invention aléatoire de formes sans nom qui dégagent leur profusion pulsionnelle.

L’  « objet » de la peinture de Twombly n’est donc pas de faire surgir la forme en tant qu’objet du désir mais de souligner le vide entre les formes. Celui-ci est habité, animé de l’infinité de la pulsion des graffitis.  Ce qui retient dans la toile reste  son rebord dans l’espace, la rature dans le vide du support. La peinture devient alors le jeu panique d’infinies ratures où le désir ruse avec ce qui est présenté en cet à-plat où surgit paradoxalement une invincible profondeur, traçant des formes allusives qui suggèrent l’implicite tout en disant que l’implicite n’est rien.

Ce qui biffe démunit l’excès de toutes « figures », les excède d’un tremblement sans nom. Ce tremblement fixe une sorte de stupeur enfiévrée, une dispersion jouissive. Si la peinture de Twombly ne figure rien elle présente beaucoup. Ses biffures restent le signe d’aucun objet ni d’un concept déterminés. Elle ne  symbolise rien. Ni simple substitut d’un objet, ni simple concentration d’une explosion, elle  s’inscrit en faux contre un vouloir-figurer et une figure aléatoire d’un scénario de rêve. Elle dénonce le formalisme saturé de référents potentiels. Elle dévide sa complexité, exhibe son clivage. Ce qui fait jouissance et beauté chez Twombly n’a sans doute pas d’autre cause.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.