Artistes de référence

Corinne Vallière

Corinne Vallière
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Mirondella
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Expositions trimestrielles

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Contrats du monde de l'art
de Véronique Chambaud

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière : contrat d'exposition, de commande, de projet artistique, accord de dépôt-vente, bail d'atelier, mandat d'agent d'art, cession de droits de reproduction, etc.
Après avoir précisé le cadre juridique des droits de l'artiste sur ses œuvres, les règles de rédaction et négociation des contrats du monde de l'art, il propose des modèles de contrats expliqués et adaptés aux exigences actuelles du marché de l'art.
Pour chaque contrat, l'auteur étudie le contexte légal et jurisprudentiel, donne un commentaire pratique sur les différentes clauses proposées et fournit un mémo de négociation, pour savoir le négocier et pouvoir l'adapter.
A la fois théorique et pratique, l'ouvrage offre aux artistes, aux professionnels du marché de l'art et à leurs conseils un support de réflexion et une aide à la rédaction des contrats indispensables à la sécurisation des relations sur le marché de l'art et la défense des créations artistiques.



CORINNE VALLIERE : L’ETRE ET SON DOUBLE
par Jean-Paul Gavard-Perret

 

©Corinne Vallière : l'oeil est dans le nombril (avec l'aimable permission de l'artiste)
corinne vallièreIl faut du travail et de la méditation c’est-à-dire beaucoup de temps afin d'atteindre le centre, le nœud de la sculpture en sa matière vivante. Corinne Vallière  y est parvenue (et bien sûr y poursuit sa quête) par une longue patience. C’est sans doute pourquoi son œuvre fascine et emporte. La forme féminine y demeure majeure même si des volumes plus contondants lui apportent une complétude pour mieux brouiller nos pistes et nos balises de repérages. Mais la force de la créatrice tient aussi à son regard sinon vierge du moins toujours renouvelé pour trouver chaque fois de nouvelles occurrences à ses approches. Plus que quiconque l’artiste sait que seule la poésie des formes permet de prévenir la destruction imminente. C'est pourquoi son œuvre garde une visée rédemptrice. Formellement accomplie elle nous hisse  hors du rien qui était là avant elle et hors de celui qui pourrait lui succéder.
Le potentiel mimétique des objets que construit Corinne Vallière fait partie de ce qui l'intéresse depuis le départ. En une sculpture du corps à corps l'éloquence visuelle prend des formes particulières. Elles tiennent autant au langage lui-même de l’artiste qu’à son imagerie. Tout un jeu entre la forme vulvaire et des directions plus érectrices crée une vulnérabilité paradoxale car dominatrice. Une telle approche où la dureté est liée à  la souplesse et la légèreté détourne autant de la statuaire classique aussi monolithique que glacé que d’une postmodernité encline à ne développer en sculpture que le mou ou le détritique. Mais le recours à la matière n'est pas là non plus pour offrir une version post-pop du fétichisme de l'objet. Ce que l'artiste recherche est avant tout une économie symbolique particulière. Ce qui ne l’empêche pas lorsque le besoin d’en faire sentir de développer un langage figuratif.
Corinne Vallière sait jouer avec les dures contingences d'une matière qui ne se laisse pas travailler facilement pour aller à l'essentiel. Très éloignées de la simple compréhension formelle du principe moderniste de la vérité des matériaux elle se rapproche davantage des bases d'un minimalisme mais qui soignerait le " fini " des réalisations. Il existe dans le travail de l’artiste un goût clinique du travail bien fait, achevé, bref un goût d’une perfection formelle. Cette dernière participe à l’aboutissement de ce qui n’est plus qu'un rappel mais une métamorphose. 
On peut avoir envie soudain de toucher de telles œuvres. Elles donnent une conscience aiguë du fait que la sculpture travaille autant avec les volumes qu’avec l’imagerie qu’ils re-présentent. Chaque pièce  est un vestige et un état naissant. Souvent à tous les sens du terme et selon une bisexualité qui déplace les lignes de fracture et de reconnaissance et en une dimension à la fois heuristique et technique. Corinne Vallière offre en conséquence une nouvelle lecture du monde. Une lecture visuelle et tactile, productrice d'une connaissance plus intime, plus profonde qui atteint jusqu’au ventre. Deux solutions s'imposent alors à celui ou celle qui contemple les oeuvres. Ou bien il choisit une position plutôt "objective", d’ensemble et il s'en éloigne. Ou bien il cherche une connaissance plus charnelle et l'objet de la vision devient aussi celui du toucher.
En avançant dans son travail l’artiste en apprend autant sur les volumes qu'elle travaille que sur son propre corps qui est aussi le nôtre. Entre lui et l'espace, la sculpture devient un porte-empreinte du monde en devenir et un champ de fouille du destin.  Elle joue entre le passé dont l’artiste reprend les techniques et le futur dont elle esquisse les structures d’un possible essor. C’est pourquoi l’œuvre reste toujours aussi pénétrante que perturbante. Elle rappelle un passé mais n’a cesse de le dépasser en devenant -par ses formes violentes et subtiles - une icône primitive du futur. Et ce non selon un jeu de la métaphore mais de pièces qui dans leur réduction ou leur agrandissement deviennent forcément "sauvages".

On est souvent proche de cas limite d'un presque déjà vu mais aussi d'un pas encore advenu.  Et si - forcément - l’œuvre possède la pesanteur liée à sa matière même, cette pesanteur est ailée. Elle suscite ainsi une suite d’interrogations. En ce sens elle répond à la définition de l’art du mal aimé Cocteau :  « une belle œuvre d’art est celle qui sème à foison les points d'interrogation ». Des esquisses jusqu'aux sculptures se construisent bien plus que de simples reliefs. Et l’artiste crée une érotique féminine très particulière aussi violente que maternelle  animée d’une pulsion cosmique qui lie l’être au ciel comme à la mer par le medium de la terre où la sculpture se modèle. De la sorte l’artiste engage vers des plaisirs sublimés et des cérémonies secrètes afin que les yeux de l'être s'ouvrent jusqu’à son double. S'ils s'ouvrent c'est la fascination offerte par des créations qui maternent et pulsent à la fois.  Reste à savoir ce qui surgit - en dehors de l’oiseau symbolique ou d’un étrange dauphin... Reste à savoir ce qui advient. La réponse  est ici synthétique. Ce que le regard retient face à de telles œuvres c'est l’existence et sa sidération hors artefact puisque tout est savamment créé pour procurer une émotion vitale.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.