Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

de Van Dyck à Bellotto

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up



Van Dyck
de Katlijne Van Der Stighelen

Figure majeure du Siècle d'Or flamand, Anton Van Dyck (1599-1641) fait son apprentissage chez le peintre Hendrik van Balen avant d'être reçu maître à la guilde de Saint-Luc, à Anvers, à dix-neuf ans. Durant cette même période, il travaille avec Rubens, de vingt ans son aîné, comme assistant et non comme élève. Cette collaboration enrichira l'art du jeune prodige, dont le talent est déjà éclatant. Après un court séjour en Angleterre et un intermède anversois, il part pour l'Italie et visite de nombreuses villes, dont Gênes, Rome et Venise. Il y étudiera les grands maîtres de la Renaissance, notamment Titien. Lorsqu'il quitte l'Italie, en 1627, il laisse de nombreux portraits, immortalisant ainsi le visage de l'aristocratie génoise. S'ensuit une période anversoise durant laquelle il reçoit, pendant cinq ans, des commandes très importantes de tableaux historiques, tout en continuant à réaliser des portraits. En 1629, il peint Renaud et Arrmide, tableau mythologique destiné à Charles Ier, roi d'Angleterre. Cette œuvre assure à Van Dyck la gloire au sein d'une cour dont il deviendra le portraitiste favori. C'est alors que l'artiste s'installe à Londres. Il produira quelque quatre cents tableaux en Angleterre, parmi lesquels on compte le célèbre portrait du roi Charles Ier à la chasse. L'influence des portraits de Van Dyck se fera sentir dans toute l'Europe du XVIIe siècle, se prolongeant jusqu'au XVIIIe siècle.

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De Van Dyck à Bellotto

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

« De Van Dyck à Bellotto »,
Palais des Beaux Arts de Bruxelles,
jusqu’au 24 mai 2009

 

Fondée au XIème siècle la Maison de Savoie non seulement a donné à l’Italie unifiée son premier roi (Victor Emmanuel II), mais depuis sa création elle n’a cessé d’amasser une vaste collection d’œuvres d’art. Cent vingt sont présentées à Bruxelles et couvrent la période du XVème au XVIII ème. Y sont associés flamands et italiens. L’exposition recèle quelques chefs d’œuvres d’exception où l’on peut voir comment les deux plus grandes terres d’élection de la peinture classique ont transformé grâce aux artistes qu’elles ont enfantés notre perception du monde. Bruegel ou Mantegna font du corps en jachère une sorte de calice qui échappe à celui qui le « porte ». Le mouvement qui l’entraîne vers un Dieu, suivant chaque peintre et suivant les scènes de genre, n’a pas la même puissance, souffrance ou joie et offre des représentations du territoire terrestre bien différentes.

Toutefois entre le Nord et le Sud la ligne de frontière n’est pas aussi évidente qu’on pourrait le penser. Dans la peintures classiques les cieux flamands sont proches des toscans. Partout émerge la torpeur de l’éphémère et la nostalgie d’un ailleurs. A voir cette exposition on comprend combien la peinture avait dans les temps plus anciens une unité, une cohérence. Sans doute sa fonction sacrée et ceux qui la commanditaient n’y sont pas pour rien. Des œuvres exposées à Bruxelles surgit un dénominateur commun : l’attente d’un autre monde s’impose, mais l’attente étrangère à toute impatience. Un corps lourd d’une montagne, la chaleur intense mais bienfaisant  du drapé d’un tissu ne sont que des espaces d’attente de ce qui s’espère non ici-bas mais plus « haut ». 


Chaque artiste à sa manière montrait combien nous sommes égarés à nous-mêmes. Et cela vaut aussi pour les mécènes qui pouvaient grâce à de telles œuvres se satisfaire de leur univers séculier.

Une telle exposition permet de comprendre comment nos images classiques nous travaillent de l'intérieur et de si loin.  Finalement elles gardent pour nous et presque inconsciemment une proximité.  Elles ont encore la force de nous faire entrer dans l'inconnu pour secouer le silence. Van Dyck, Bellotto et les autres permettent de rejoindre nos propres images. Ce qui compte ce sont ces bouts de chemins que les artistes ont livrés en sentinelles. Leurs œuvres révèlent aussi  le sens de la lumière en art. Parfois elle creuse un foyer d'une chaleur immobile. Parfois elle se déploie de manière plus ostensible jusqu’à ce que l'éclat du visible se mette à trembler.  Une telle exposition nous fait toucher à l’essentiel d’une culture qu’on nommera européenne. Entre la Toscane et la Flandre il n’y a plus qu'une trame : la trace irréductible pour rentrer dans la vie, se reconnaître et s'accepter. D’un pays à l’autre tout est presque idem et rappelle un  lied de  Schubert :


"Nuages, que nuages passant dans le ciel
Lorsque l'horizon pâlit;
Où le cri d'un oiseau sommeille
Parmi les ombres appesanties"

 

  Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.