Artistes de référence

Van Gogh

Lettres de Vincent Van Gogh
à son frère Théo

de Vincent Van Gogh et Théo Van Gogh

Traduit du néerlandais par Louis Roëdlant Introduction et chronologie par Pascal Bonafoux La première lettre de Vincent Van Gogh à son frère Théo, datée d'août 1872, est envoyée de La Haye. Il a dix-neuf ans. Il ne sait pas qu'il va peindre. La dernière lettre, inachevée, Théo la trouve dans la poche de Vincent qui s'est tiré une balle dans la poitrine le 27 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise. Des dizaines de toiles encombrent sa chambre. Presque quotidiennement, dix-huit ans, Vincent a écrit à Thëo. Et Vincent écrit à propos de tout à Théo comme il lui envoie toutes ses toiles. Il lui montre ce qu'il peint comme ce qu'il est. Ces lettres incomparables - des récits, des aveux, des appels - sont nécessaires pour découvrir le vrai Van Gogh devenu mythe... Il n'est pas un peintre fou. Au contraire, solitaire, déchiré, malade, affamé, il ne cesse d'écrire, lucide, comme il traque la lumière.

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VINCENT ET THEO
par Jean-Paul Gavard-Perret

VINCENT ET THEO

I

Peindre et correspondre. Correspondre et peindre. Mises en actes et conduites forcées. Dans l’axe des solitudes, dans les fièvres de la soif et de la fin. Apprendre à aller à la faim. Et dans la terreur d’être au monde, se demander ce qu’on y fout encore. Alors fabriquer de l’écart dans les heures indivisibles pour avancer (un peu) le temps. Vers l’éblouissement. Jusqu’à l’épuisement.

II

Proximité assaillante des peintures et des lettres. Prolixité qui n’élucide pas le secret mais accentue l’énigme l’axant vers l’autre. Peindre : une manière de parler dans le silence, écrire un sursaut de ténèbres agglutinées à la lumière. Ce qui entre et sort dans un même désordre, une même force, une même foi pour répondre du rien et du tout. Parce que. Mais jusqu’où ?

III

Ecriture et peinture. L’une n’allant pas sans l’autre. La seconde passant par la première. Survivre dit-il.  Ecrire fait exister l’art et le contrarie aussi. Ecrire fait vivre ? Peindre fait mourir à petit feu ? A la fin une joie profonde et grave. Tirer de son trou, escorter dans la mansarde. Le jour, la nuit. La nuit le jour. Le temps absorbé dans la hantise de l’air : son bleu est absorbé. Ne reste que le vaste éclat jaune d’or de la douleur.

IV

Périmètre du tableau et celui de la lettre. Chacun conduit à l’ivresse d’un rectangle de ciel possible. Famille du frère, forfait de la palette. Les mains tremblent à force d’errer pour revenir au monde par le cœur et contre le peu qu’il est. Tableau et lettre : les précipitations offertes. Pour se priver de la faim pour dévorer ciel, terre, exil (provisoire ou de toujours).

V

Chez Vincent, chez Théo instinct de l’élan où tout se forge autour de l’usure et de la foi. Chacun porte la sienne, porte sa croix. Brûlures et plaies, excentricités et lois. Obssession jusqu’à aliéner  le raison. Noble déraison venant ficher un coup à l’ « ergo sum ». Le remplacer par un « que veux-tu ?».

VI

Sous les pleines étoiles le plein midi. Enfer sans mesure en abrupt du paradis du ciel. Dans le multitudes des lettres et des tableaux un seul aveu : celui de la misère. De tout cela seul restera les objets toujours en vue (toujours en vie ?).  Prenant la place du cœur. Y lire, y voir la chair qui flambe. La regarder sans compassion. Sans assistance à personne en danger – ce qui hélas en fait peu ou prou le succès.

VII

Pauvreté de l’un. De l’autre. Pauvreté qui ne lâche jamais le désir. Que le désir tient. Jusqu’à la faillite de l’extase où il et elle puise. JAMAIS NE SERA LACHEE LA MAIN DU FRERE. Chacun dans le souci de l’autre. Théo le cobalt, Vincent l’or d’Auvers. De deux royaumes l’un. Communiant la souveraine dévastation de l’homme. A la lettre, au tableau l’éclat. Arrière fond minant le fond, dégueulant son désert. C’est un cri . Ou une effusion de prière. Vacarme de la douleur que le rectangle habite. Vincent ne cesse en peignant d’écrire les commencements de l’ultime remerciement.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.