LES IMAGES PAÏENNES DE ROBERT VARLEZ
par Jean-Paul Gavard-Perret
Nous voici, par franchissements de seuils, en marche vers le dénouement, vers le dénuement au sein de paradoxaux « Fiat Lux in Tenebris » et afin de sortir de l’Abyme des images trop bien assorties. Robert Varlez sait mettre le paquet. Son travail est fortement marqué d’une sorte de mystique érotique mais aussi d’une forme de littéralité. Il délivre un océan graphique païen. En ses écrasements lumineux et chargés de couleurs et en divers montages et glissements, l’artiste désigne un chemin qui se perd. La lumière y crisse, bouge, va du ciel à la terre, de l’homme à la femme, de l'apparence à une autre à travers divers types de leurres en une suite de tempêtes. Divers rayonnements irradient la nuit de l’être. Des vibrations lumineuses effacent les pensées de néant. S’introduit un rapport perpétuel à la transgression. Elle viole le noir, elle le tord pour qu’il parle, pour qu’il devienne à son tour force d'existence dans une atmosphère félinienne.
Dans une telle recherche la matière et la présence s'effacent pour ne laisser que son empreinte et son illusion afin que l’être se retrouve à l'arrivée comme au départ : pris dans des images. Les œuvres de Robert Varlez nous arrache hors de tout point d'appui, même si ses montages ne font que passer, comme s'ils ne permettaient que d'entrevoir l'essentiel, comme si aucune vérité ne pouvait être fixée. Ce qui paraît roc se creuse, se volatilise pour laisser place à la crue d'un fleuve intempestif. Emerge une émotion où le désir sensuel brille en plein jour et par éclatement. C’est pourquoi chez Varlez la lumière n'est pas sans rappeler ce que Plotin appelle “ hypostase ” : une réalité à la fois concrète et intelligible, impalpable mais sensible. En tombant en rafale elle étend la trace par scintillements. Le corps - pas seulement le regard - est pénétré par le poids de l'image là où la femme émerge par-delà la frayeur des ténèbres en une fronde convulsive. Les images de l’artiste nous guettent par morsures. Sous le ciel de bitume les lunes cillent en décades. L'origine est ici : mondes plantés de retours, par-dessus bord, à l'assaut des solitudes et de la mort. Surgissent des clartés en polyphonie dans la chambre du noir. On ne plus plus vaquer au seul risque de s'ensevelir. On franchit d'étranges passages. Nulle fin et nulle entrée. Passage, que passage. Dérive nécessaire dérive. Et, soudain, s'ajoute aux rires d'ébonites ce seul et unique espoir : franchir le seuil pour sortir de nos propres obstacles.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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