JACQUES VIEILLE L’ÉGARÉ DES VIVANTS DES PILIERS
par Jean-Paul Gavard-PerretSans titre, Sion, Eglise des Jésuites, 1987.
Linoléum, tubes carton.
Jacques Vieille est à la fois architecte, paysagiste, décorateur, horticulteur. Mais contrairement à d’autres artistes intéressés par les mêmes domaines - Jérôme Boutterin par exemple – il s’est intéressé d’abord à l’architecture avant de se préoccuper de jardins et de paysages. La question du paysage est d’ailleurs centrale dans une œuvre où aux colonnes de l’architecture répond celles de la nature. Pensionnaire de la Villa Médicis pendant deux ans au tout début de sa carrière, l’artiste y a approfondi ses recherches déjà axées sur une relation spécifique au site et au bâti. Il n’a cessé de les pousser plus loin.
L ‘articulation de l’art et du paysage est chez lui aussi savante, ironique que poétique. Nature et culture, art et artifice, organique et mécanique jouent selon divers mouvement d’échanges ou d’oppositions dans lesquels toutefois la verticalité a tendance à dominer. Aux armes de la nature (arbres) répondent celles de « sculptures » afin qu’elles interfèrent – sans pour autant guerroyer - avec les premières selon des principes et expérimentations propres à réinterpréter l’espace.
Le comble de l'artificiel, la sophistication créent un questionnement de plus en plus poussé, critique mais aussi ironique sur le paysage du quotidien. L’art devient pour Jacques Vieille le moyen de transformer l'espace, de l'irradier de divers éléments parfois drôles parfois, plus sérieux. Le paysage se divise, se rompt afin de se recomposer selon divers couloirs où des colonnes érigées, couchées ou penchées sont autant de sentinelles égarées. Elles deviennent autant de temples ou de ponts. Ces éléments hétérogènes "creusent" le paysage. Il prend ainsi une autre image dans ce qui tient souvent. à des puits de lumière unitaires.
Il y a donc un rapport qui unit deux "volumes" si bien que ce qui pourrait être considéré comme marges devient central. La raison "raisonnante" ne compte plus. Néanmoins par elle l'imaginaire de Jacques Vieilles doit tenir. L'artiste invente ainsi des traces à l'endroit du partage. Et ce que l'œuvre troue devient la traversée de nouveaux paliers.
Les divers types de colonnes créent de plus et à la fois des ressacs et des bancs. Ils jouent sur le proche et la distance. Quelque chose voudrait éclater là où surgissent des lignes aussi simples qu'indéchiffrables. Le corps de la nature sculpte donc par retour ce qui est incisé, modelé afin que perdure son mystère. Celui de l'art aussi. Présenté chaque fois comme un « inachèvable » (Blanchot) intelligemment programmé.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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