ROBERT VENEZIA : PEAUX , MUES, MUTATION
par Jean-Paul Gavard-Perret
Il existe une façon particulière d’entrer dans l’art (en l’occurrence ici la photographie et ses prolongements) : celui d’un artisanat bien compris. Bref en « faiseur d’image » qui n’a rien à prouver et cultive un dilettantisme très particulier. Il n’est pas pur détachement ou facile jemenfoutisme mais attente, composition avec le temps. Robert Venezia est de cette lignée.
Se souvenant sans cesse de la fameuse phrase de Valéry : "ce qui est le plus profond en l'Homme c'est sa peau" il ne cesse quand le cœur lui en dit de la saisir. A l’image par exemple de celle de sa « femme au briquet ». Elle ne met pas forcément le feu uniquement à sa cigarette… Sous un feston ou un ourlet la peau se laisse à peine prendre. Mais on devine son épaisse bruyère où se cache l’amour. Venezia est donc capable de découvrir la beauté où elle est pour engendrer un univers beaucoup plus neuf qu’il n’y paraît. Il se crée sans volonté mais par la volonté et aussi de façon instinctive.
En blanc et noir ou couleurs les photographies de l’artiste restent des vibrations et des transformations liées à la vie à la fois fragile, fugace et palpable, semblable à une mue. D'où les différents rituels de transmutations, les effets d'ombre et (surtout) de lumière que l’artiste « dégagé » opère à différents niveaux.
Son œuvre appelle toujours à l'aurore de la vie dans une démarche où l'image ne cherche pas à donner à voir aussi crûment que possible mais à scruter ce qui se passe entre délitement et jouissance. Rien n'est donc donné ou joué d'avance en ce théâtre de la douceur qui s'élève contre la société du spectacle. C'est ainsi que l'artiste déstabilise simplement, sans vouloir rien bouger parce que son art est lié au métier de vivre, pas à pas, au fil des jours.
Existe une étroite relation en effet entre ce que l’artiste vit et ce qu’il crée. Dans ses œuvres il relie un dedans et un dehors souvent inconnus et crée une métamorphose d'images perçues avec l'œil et les sens. Bref il photographie pour inscrire des états de processus de vie, des empreintes du moment magique et rare où se produisent la rencontre d’un lieu ou d’un être et l'accord juste et rare pour la prise.La photographie est donc pour Venezia ce qu'elle devrait toujours être essentiellement : une activité créatrice de formes fabricatrices d'existences vitales.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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