Artistes de référence

Alexandre Voisard

Mirondella
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Exposition permanente

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Contrats du monde de l'art
de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière : contrat d'exposition, de commande, de projet artistique, accord de dépôt-vente, bail d'atelier, mandat d'agent d'art, cession de droits de reproduction, etc.

A la fois théorique et pratique, l'ouvrage offre aux artistes, aux professionnels du marché de l'art et à leurs conseils un support de réflexion et une aide à la rédaction des contrats indispensables à la sécurisation des relations sur le marché de l'art et la défense des créations artistiques.

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ALEXANDRE VOISARD OU LES ETRANGES HISTOIRES D'AQUARELLES

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Alexandre Voisard, Rétrospective, hiver 2010-2011, Musée Jurasien des Arts, Moutier (Suisse).

Né en 1930, d’un père instituteur et d’une mère franc-montagnarde, Alexandre Voisard, après des études vagabondes et quelques squats (même si on ne les appelait pas encore ainsi) genevois, a pratiqué divers métiers. Ils le menèrent du théâtre à la Poste Helvétique, de l’industrie à la librairie. Il a même effectué un pas (non négligeable pour ses concitoyens) en politique en tant que délégué aux Affaires culturelles de la République et Canton du Jura et vice-président de la Fondation Pro Helvetia. Il s’est retiré à Courtelevant - village natal de sa compagne – en France mais à deux pas de la frontière suisse.

On n’a souvent parlé du poète qu’en adjoignant à ce titre des étiquettes. Elles en diminuent le sens. Poète oui, on lui accordait ce titre mais seulement agrémenté d’épithètes : politique (ce qui n’est pas faux), naturaliste,  amoureux (ce qui ne l’est pas non plus). Bref de quoi décourager de le lire en le limitant à rester uni dimensionnellement politique ou courtoisement poète. C’est pourquoi Voisard a horreur des adjectifs même s’il accepte (euphémisme) qu’on le dise appartenir aux «poètes de la libération» du Jura ou qu’on le nomme (sous son injonction ironique) «premier poète écologiste après saint François d’Assise». De telles définitions plus complètes changent la donne et offrent à ses poèmes ( « Liberté à l’aube », « La Claire Voyante » , « Une enfance de fond en comble » ) ou à ses proses (« Un train peut en cacher un autre » ou « Maîtres et valets entre deux orages »)  une autre perspective.

Enfant Voisard rêvait de devenir musicien. Mais de fait – et à côté de son œuvre écrite – un autre art s’est emparé de lui : le dessin à l’aquarelle. Il en crée depuis près de cinquante ans sous la dimension de formats d'une page de petits cahiers. Ils constituent une dimension « matérielle », concrète à partir de laquelle le poète tisse une trame textuelle en complément ou comme interprétation. Il s’agit aussi et comme il le dit « d’un devoir de vivant ». Il le pratique souvent lorsqu’il vient de « poser sa plume toute chaude » et pour « reconnaître que la vérité s'apprend de même que l'algèbre avec une même crédulité, qu'elle ne tombe pas des cieux et ne trône pas dans l'aura des livres ». Goutte à goutte en l'imminence des couleurs et des traits l’aquarelle fait son chemin de connaissance sur la page vierge afin d’y insérer d’étranges « corps » quelles qu’en soient la nature et la matière.

Le dessin à l'aquarelle demeure pour Voisard une technique sans technique. Son liquide embue les figures du dehors, en consume le vernis jusqu’à la transparence. Cet art subtil reflète le monde à l’envers par les « flaques » et des lignes qui deviennent autant de no man’s land mais où bien des choses ou des êtres s’animent entre abstraction et figuration.  Une telle approche ne laisse rien perdre de l’absence qu’elle retient. L'aquarelle permet d’en faire renaître une présence. Bref elle recrée un lieu  au moment où le poète y retrouve « l’altérité d’un regard sans défense ».

Plus qu’une autre technique l'aquarelle avale l’ombre et "creuse" le papier. A travers ce qui s’étend, l’âme liquide se déploie dans une forme d'abstraction « imageante » sur laquelle le regard s’arrête. L’aquarelle est donc par excellence la taiseuse, l’intruse qui sait que les mots ne résolvent rien. Elle fait ce qu’ils ne font pas. Elle montre leur envers et en scanne la pénombre. Et lorsque la feuille absorbe la matière et en devient son passager (plus que son support)  sa vie ressemble à  un voyage. Elle  permet aussi de repérer les paysages les plus insondables, les plus retirés. C'est une bouée de corps mort qui nous tient en ses touches d’ultimes clartés. Le monde du poète devient alors ce qu'il est au plus profond : une sorte de lieu du songe où toutes les âmes ayant perdu leur nuit ne sont plus grises comme des chats nocturnes. A l’inverse elles retrouvent  leur blondeur d’épi  de seigle des monts jurassiens.

Voisard le charmeur en poésie et en prose trouve donc dans le dessin une force supérieure et musicale. Surgissent une mélodie, une douce euphorie loin de toutes vaillantes allégories. L’icône – à son corps défendant - d’une culture en rébellion se fait sinon moine du moins homme. Il casse sans le vouloir  les formes plastiques de manière la plus naturelle et viscérale. Plus que l’écriture et par son caractère pulsionnel ses dessins sont devenus comme il le dit « la remise en question des certitudes». Au moment où l’on accorde enfin à cet écrivain autant Suisse que Jurassien sa juste place et sa reconnaissance, son art « naïf » prend aussi toute son importance.

A travers ces centaines de dessins leur créateur a trouvé selon ses propres aveux « une respiration, un divertissement, mais qui me met en jeu.» Quelques-uns d’entre eux éclairent d’ailleurs la couverture des huit volumes de ses Œuvres complètes, publiées par Bernard Campiche. Preuve que pour Voisard l’art et la poésie se fertilisent mutuellement. Et celui qui se définit comme un père «trop distrait pour ces (trop) nombreux enfants » et qui se reproche lui-même de ne pas s’être réconcilié avec son propre père tente aussi bien dans sa dernière «lettre au père» ( bilan destiné à ses enfants) que dans ses aquarelles de quitter l’ailleurs pour la présence.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.