Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Weng Fen


Weng Fen
(Weng Peijun)

weng fen
Chinese Contemporary Art News (n°9 - 2005)

Né en 1961 dans la province de Hainan en Chine. Ecole des Beaux-Arts de Guanzhou. Vit et travaille toujours dans le Hainan.

 

Zhou Tiehai est né en 1966 à Shanghaï, ville où il a fait ses études à l'Ecole des Beaux Arts et où il vit et travaille encore aujourd'hui.

Zhou Tiehai est internationalement reconnu et exposé dans de nombreux lieux prestigieux.



C'est son formidable dynamisme qui caractérise l'art contemporain chinois et aussi sa jeunesse, son énergie, sa vitalité, son humour. Cette scène peu et mal connue, Michel Nuridsany nous la fait découvrir dans des textes alertes et complices, informés aux meilleures sources : les artistes eux-mêmes. La Chine, il y va depuis 1996, visitant les ateliers, fréquentant les artistes dont beaucoup sont devenus des amis, assistant aux biennales et aux évènements les plus considérables de ces dernières années, spectateur privilégié des transformations qui ont propulsé cet art au premier rang sur la scène internationale. En parfait accord, Marc Domage a photographié les œuvres, les artistes, mais aussi les ateliers, les appartements, (environnement les vernissages, les galeries, les musées, les rues, les gens. Bref, voici la scène artistique chinoise comme si vous y étiez. Vous découvrirez ici l'effervescence de la fin des années 1970 avec le groupe des Étoiles, le Pop Politique et Cynique des années 1980 et 1990, le Gaudy Art et l'émergence ironique et heureuse de la toute jeune génération qui s'exprime à travers la performance, la vidéo et les jeux vidéo. En 30 artistes, 30 ans d'art contemporain chinois.

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Weng Fen ou la pluralité des mondes.

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Weng Fen
Ffamily aspirations: white collar job, 2002

Courtoisie : galerie Marella Beijing
weng fenPour Weng Fen , l’art, et en particulier l’art contemporain, c’est-à-dire l’art en train de se faire, n’a pas de connotation ni par rapport à la localisation spatiale, ni par rapport à la race ou la sexualité. Pour lui en effet n’est pas convenable d’ériger des limites à l’art. Fasciné par les grands ensembles urbains d’aujourd’hui et de demain l’artiste en propose une critique particulière qui repose sur le choix des matière. A Lucerne il a créé avec des oeufs un immense et fantastique  paysage urbain intitulé « Time is money ». Ses créations oscillent entre l'installation d’étrange machine à rêves ou a cauchemars et la photographie. Ses projets comme  témoignent de l'éclectisme de son travail. Photos, vidéo et installations sont les moyens qu'il utilise pour mettre en scène   le  quotidien, la violence, le déracinement intérieur.  Pour lui le vrai problème reste la pauvreté au moment où tant de chinois s’enrichissent sur le dos des plus faibles  et qui vivent sous le seuil de pauvreté.Inspiré par diverses cultures : à l'art musulman et plus particulièrement au style  Koufi géométrique il emprunte u les verticales et les horizontales. Ce style d'écriture très architectural, influencé d’ailleurs par des artistes minimalistes tel que Sol Lewitt, crée un sentiment tragiquement émouvant. Détourner des objets qui deviennent langage sert au combat que l’artiste à engager. Et dans le cas des œufs cités plus haut c’est un moyen aussi de souligner la fragilité du monde qui se développe sous ses yeux. A partir de ces objets un univers de formes emmène le spectateur vers un questionnement  esthétique même si l’oeuvre reste aussi une manifestation de l'état de répression dans lequel on vit actuellement.

Toutefois Weng Fen ne cherche pas à choquer. Il sait que lorsqu’on cherche à provoquer, on n'y parvient jamais : on accumule les clichés . En revanche, à chaque fois  qu’il  crée une pièce, il s'inspire d'un vécu personnel. C’est pourquoi  ses oeuvres  touchent les gens là ou finalement ils ne s'attendent pas à l’être.  En ce sens son travail est surtout politique, car pour lui la politique passe d'abord par la culture. De plus l’artiste est  attiré par l’idée de se situer  entre deux mondes, deux sexes, deux identités. C’est pour lui une manière de stigmatiser les phobies du monde pré bourgeois qui naît en Chine sous ses yeux. Et  s'il a parfois et en dépit de sa notoriété du mal à imposer ses projets à des galeristes le créateur ne lâche rien. Et ce qui est considéré comme de l’éphémère « part » parfois à des prix astronomiques.  A son corps défendant Weng Fen est devenu - spéculation oblige - une valeur marchande que  les galeries du monde entier s’arrachent.

En alternant  ses différents genres ou en les mixant l’artiste  visualise les liens et ruptures entre les modes de vie et ne cesse de créer  un constat ethnologique et l'approche sensible des êtres humains. Ces types de  « correspondances » déploient toujours des visions violentes mais surtout  subtiles et émouvantes et ouvrent des questions liées au déracinement ou à la quête de valeurs ancestrales,  ainsi qu’à  l'identité ou l'aliénation culturelle.  Mais ce qui touche  dans de telles oeuvres reste avant tout - plus que le message politique - leur geste d'offrande. Ce don de l'image traverse ses installations (d’om leur succès). Ainsi , le fameux « punctum » de Barthes  (sorte de hors-champ subtil, comme si l'image lançait le désir au-delà de ce qu'elle donne à voir : pas seulement vers " le reste " de la nudité, pas seulement vers le fantasme d'une pratique, mais vers l'excellence absolue d'un être, âme et corps mêlés. " in La Chambre claire) se retrouve au travers de détails visuels qui envahissent l'image. Pour Weng Fen l’art reste donc un moyen de créer du lien mais aussi de vivre avec sa mémoire tout en évitant le repli identitaire. A ce titre son oeuvre possède comme peu d’autres un caractère « mondialiste » qui est le meilleur moyen de lutter contre l’équivoque rouleau compresseur économique de la « mondialisation ». Certes le chemin n’est pas simple. Mais tous les espoirs sont permis à celui qui nous étonne par sa maturité artistique et existentielle.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.